Quand on a un CDI et qu'on envisage une reconversion, on a plus d'options qu'on ne le croit, mais l'ordre dans lequel on les active change tout. Cinq dispositifs cumulables : CEP (gratuit, sans engagement), bilan de compétences, PTP (Projet de Transition Pro — maintien salaire), rupture conventionnelle (ouvre ARE), démission-reconversion (ouvre ARE sous conditions). Ce qu'il ne faut pas faire : démissionner d'abord et chercher après. La règle d'or : monter le projet AVANT de toucher au contrat.
Un CDI, c'est une sécurité. C'est aussi parfois un piège : on n'ose pas bouger de peur de perdre ce filet. Sur 15 ans d'accompagnement à l'IFPA Poitiers, le pattern que je vois le plus souvent, c'est la démission impulsive en pleine crise de sens — et 6 mois plus tard, des regrets côté financier, parfois côté projet. Ce guide remet l'ordre des choses.
Pourquoi l'ordre compte plus que le dispositif
Les dispositifs sont cumulables mais séquentiels. Si vous démissionnez d'abord et cherchez à mobiliser un PTP ensuite, c'est trop tard : le PTP exige un CDI actif. Si vous demandez une rupture conventionnelle sans avoir validé un projet, vous risquez de la voir refusée — ou pire, acceptée sans plan.
« Beaucoup de reconversions échouent non pas sur le métier visé, mais sur l'ordre des démarches. »
La bonne séquence : clarifier → cadrer → financer → bouger. Démissionner ou rompre, c'est toujours la dernière étape, pas la première.
Les 5 dispositifs en détail
1. Le Conseil en Évolution Professionnelle (CEP) — gratuit, sans engagement
Le CEP est accessible à tout actif — salarié inclus — sans aucune démarche auprès de l'employeur. Vous prenez RDV avec un opérateur CEP (APEC pour cadres, CIBC pour autres profils, France Travail si inscrit), vous discutez de votre projet, vous repartez avec une feuille de route. Confidentiel, gratuit, illimité.
C'est la première étape obligatoire pour qui ne sait pas encore quoi faire. Trop de personnes la sautent par méconnaissance.
Cadre officiel : mon-cep.org.
2. Le bilan de compétences
Si le CEP ne suffit pas à clarifier votre projet, le bilan de compétences est l'étape suivante. 24 heures réparties sur 2 à 4 mois, financé par le CPF, parfois complété par l'employeur dans le cadre du plan de développement des compétences.
Le bilan se fait sans informer l'employeur si on le souhaite (hors temps de travail) — c'est un droit. Si on choisit de le faire sur le temps de travail, il faut l'accord de l'employeur (autorisation d'absence).
Voir Bilan de compétences : guide complet et Trouver un coach pour bilan de compétences.
3. Le Projet de Transition Professionnelle (PTP) — la voie royale du salarié
Le PTP (ex-CIF) permet de suivre une formation longue tout en gardant son salaire. C'est le dispositif le plus puissant quand il est applicable :
- Conditions : 24 mois minimum d'ancienneté salariée (dont 12 chez l'employeur actuel pour les CDI).
- Avantages : maintien du salaire (jusqu'à 100 % selon votre niveau de rémunération), prise en charge des frais de formation, conservation du CDI à la sortie (vous revenez chez votre employeur, ou vous démissionnez ensuite).
- Modalités : dossier à monter avec Transitions Pro (ex-Fongecif) régional. 3 à 6 mois de délai entre dépôt du dossier et démarrage.
Le PTP est la première option à étudier pour tout CDI ancienneté ≥ 2 ans.
Cadre officiel : Transitions Pro — votre région.
4. La rupture conventionnelle
La rupture conventionnelle est un accord négocié entre vous et votre employeur pour mettre fin au CDI. Avantages :
- Indemnités spécifiques (au moins équivalentes à l'indemnité légale de licenciement).
- Droit à l'ARE (allocation chômage), à la différence de la démission classique.
- Délai court (1 à 2 mois entre demande et homologation).
Mais : votre employeur peut refuser. La négociation est libre. Un bon dossier (projet clair, alternative trouvée, motif compréhensible) facilite l'accord.
À cumuler avec comment financer sa reconversion en 2026 pour anticiper l'après.
5. La démission-reconversion (depuis 2019)
Dispositif spécifique : si vous démissionnez pour un projet de reconversion validé en amont, vous pouvez toucher l'ARE comme un licenciement classique.
Conditions strictes :
- 5 ans d'activité salariée dans les 60 mois précédant la démission.
- Projet validé par un opérateur CEP AVANT la démission (commission paritaire interprofessionnelle régionale).
- Démarrer effectivement le projet dans les 6 mois après démission, sinon perte de l'ARE.
Pour le détail des étapes : Démission-reconversion : guide complet et Démission-reconversion + CDI 24 mois + ARE.
Le bon ordre (à suivre)
Voici la séquence qui marche, dans tous les cas où c'est applicable :
- CEP gratuit (1 RDV) → clarifier le doute, vérifier que le projet tient debout.
- Bilan de compétences si nécessaire (2-4 mois) → préciser le métier et la formation cibles.
- Validation du projet auprès d'un opérateur CEP (si vous visez la démission-reconversion).
- Étude du financement :
- PTP si ancienneté ≥ 2 ans → prioritaire.
- Sinon : négocier rupture conventionnelle + AIF / CPF + ARE.
- Sinon : démission-reconversion (option de dernière ligne).
- Démarche formelle : dépôt PTP, ou négociation rupture, ou démission validée.
- Inscription France Travail si rupture/démission → ARE + AIF possible.
- Démarrage formation (financée et sécurisée).
Le calendrier réaliste : 6 à 12 mois entre le premier RDV CEP et le démarrage de la formation. Pas 3 semaines.
Les 4 pièges classiques
Piège 1 — Démissionner sans avoir verrouillé le projet
Le plus fréquent. La frustration au bureau pousse à claquer la porte. 3 mois plus tard, on découvre que le métier visé exige une formation de 9 mois à 8 000 €, qu'on ne touche pas l'ARE, et que l'AIF est conditionnée à un projet validé qu'on n'a jamais fait valider. Crise financière garantie.
Piège 2 — Confondre rupture conventionnelle et licenciement à l'amiable
La rupture conventionnelle est un accord libre, négocié, formalisé. L'employeur peut refuser. Il n'y a pas de droit à l'obtenir. Préparez le dossier avant la conversation, anticipez le « non », ayez un plan B (PTP, démission-reconversion).
Piège 3 — Sous-estimer les délais administratifs
PTP : 3-6 mois entre dépôt et accord. Démission-reconversion : 4-8 semaines de validation projet + délai démission + délai inscription France Travail. Anticiper 6 à 9 mois entre le déclic et le démarrage effectif est réaliste.
Piège 4 — Oublier les contraintes périphériques
Logement, garde d'enfants, mobilité, mutuelle, prévoyance : tous ces volets dépendent du statut. Une rupture conventionnelle peut faire perdre la mutuelle employeur, augmenter le loyer relatif, modifier les APL. Faire une étude budgétaire complète avant de signer quoi que ce soit.
Deux cas concrets
Cas 1 — Marie, 38 ans, comptable depuis 12 ans en CDI
Constat : envie de devenir CIP (insertion professionnelle), 12 ans d'ancienneté.
Séquence : CEP gratuit (1 RDV, projet validé en 6 semaines) → PTP déposé à Transitions Pro Nouvelle-Aquitaine → accord PTP en 4 mois → formation Titre Pro CIP de 6 mois à l'IFPA Poitiers, maintien de 100 % du salaire. À la fin, démission propre, ARE de 2 mois pour transition, embauche en mission locale.
Coût personnel : 0 €. Durée totale : 13 mois.
Cas 2 — Paul, 45 ans, technicien industrie en CDI 8 ans
Constat : burn-out latent, envie de devenir formateur professionnel d'adultes (FPA).
Séquence : 2 mois de bilan de compétences (financé CPF) → demande rupture conventionnelle (acceptée après 6 semaines de négociation, indemnités de 12 000 € touchées) → inscription France Travail → AIF déposée (acceptée en 5 semaines) → formation FPA à l'IFPA (9 mois) → embauche dans un OPCO 4 mois après la fin de formation.
Coût personnel : 0 €, transition financée par indemnités + ARE. Durée totale : 18 mois.
Voir aussi Devenir formateur professionnel d'adultes.
FAQ — Reconversion en CDI
Peut-on faire une reconversion en gardant son CDI ?
Oui, via le PTP (Projet de Transition Professionnelle) : vous suivez la formation tout en gardant votre contrat. À la fin, vous pouvez retourner chez votre employeur ou démissionner pour aller vers le nouveau métier.
Comment quitter son CDI sans tout perdre ?
Trois options : rupture conventionnelle (négociation amiable, ARE), démission-reconversion (ARE sous conditions), ou PTP (vous gardez le CDI le temps de la formation). Choix selon votre ancienneté, votre relation à l'employeur et la nature de votre projet.
La démission donne-t-elle droit au chômage ?
Non en règle générale. Exceptions : démission pour suivre un conjoint, démission légitime (harcèlement, etc.), et démission-reconversion depuis 2019 (sous conditions strictes : projet validé, 5 ans d'activité, démarrage du projet sous 6 mois).
Combien de temps prend une reconversion depuis un CDI ?
6 à 18 mois entre le déclic et le démarrage effectif du nouveau métier, selon le dispositif choisi et la formation visée. Compter 3-6 mois pour clarifier + monter le financement, puis la durée de formation.
Faut-il informer son employeur dès le début ?
Non. Le bilan de compétences peut se faire hors temps de travail, sans information employeur. Le CEP est totalement confidentiel. On informe l'employeur uniquement au moment de demander un PTP (négociation calendrier) ou une rupture conventionnelle. Le bilan + le projet se construisent dans la confidentialité.
Ce qu'il faut retenir
Trois règles simples qui évitent 80 % des erreurs :
- Clarifier avant de bouger. CEP + bilan + projet validé AVANT de toucher au contrat.
- Étudier le PTP en premier si vous avez 2 ans d'ancienneté. C'est la voie royale, oubliée par beaucoup.
- Anticiper 6 à 12 mois entre la décision et la formation effective. Démissionner sur un coup de tête coûte cher.
Si vous êtes au début de la réflexion : Diagnostic Clarté Reconversion (3 min).
Si vous voulez en parler 30 min, sans engagement : calendly.com/benjamin-duplaa.
Pour aller plus loin
- Reconversion professionnelle — page hub principale
- Comment financer sa reconversion — tous les dispositifs
- Démission-reconversion : guide complet
- Démission-reconversion + CDI 24 mois + ARE
- Réussir sa reconversion en CDI : méthode
- Bilan de compétences : guide complet
- 9 erreurs à éviter en reconversion
Sources officielles : Service-public.fr — démission-reconversion, Transitions Pro, Mon CEP, Centre Inffo — Lexique formation pro. Pages consultées le 29 mai 2026.