Il y avait, dans la vie d'un salarié, un rendez-vous obligatoire tous les deux ans. Mal aimé, souvent expédié en vingt minutes, parfois oublié — mais obligatoire. C'était le moment où quelqu'un, dans l'entreprise, devait vous demander où vous en étiez et ce que vous vouliez faire ensuite.
Ce rendez-vous existe toujours. Il a changé de nom, de contenu, et surtout de rythme : il revient désormais tous les quatre ans.
Deux ans, ce n'est pas long. Quatre ans, c'est un projet de reconversion entier. C'est aussi le temps qu'il faut à un métier pour se transformer sous l'effet d'une réorganisation ou d'un outil nouveau. La branche de la banque vient d'en tirer les conséquences par accord, le 20 juillet 2026. Pour les autres, le 1ᵉʳ octobre 2026 est la date à laquelle la loi s'applique à leurs accords, qu'elles les aient renégociés ou non.
Votre trajectoire tient-elle quatre ans sans être réexaminée ? Faire mon bilan gratuit · 3 min — c'est exactement le point que l'entretien ne fera plus à votre place.
- Entretien de parcours professionnel : ce qui a changé
- La banque vient de montrer le calendrier
- Ce que l'allongement change pour vous
- Ce que je vous conseille de faire maintenant
- Ce que cette page ne vous dira pas
- FAQ
- Pour aller plus loin
Entretien de parcours professionnel : ce qui a changé
L'article 3 de la loi n° 2025-989 du 24 octobre 2025 réécrit l'essentiel de l'article L. 6315-1 du code du travail, en vigueur depuis le 26 octobre 2025. C'est le même texte qui, par son article 11, a supprimé la Pro-A au 1ᵉʳ janvier 2026 et créé la période de reconversion — un dispositif qui, selon le ministère du Travail, se substitue aussi aux Transitions collectives, que la loi ne nomme pas. Ce qui les remplace est détaillé ici.
Comparaison entre l'entretien professionnel et l'entretien de parcours professionnel qui lui succède.
| Entretien professionnel (jusqu'au 25/10/2025) | Entretien de parcours professionnel (depuis le 26/10/2025) | |
|---|---|---|
| Premier entretien | Information à l'embauche, premier entretien dans les deux ans | Dans l'année suivant l'embauche |
| Périodicité | Tous les 2 ans | Tous les 4 ans |
| État des lieux récapitulatif | Tous les 6 ans | Tous les 8 ans (le premier peut être fait sept ans après le premier entretien) |
| Contenu | Perspectives d'évolution, formation | Compétences, parcours, besoins de formation, souhaits d'évolution ; ouverture explicite vers reconversion, transition professionnelle, bilan de compétences, VAE ; CPF et conseil en évolution professionnelle |
| Rendez-vous à date fixe | — | Mi-carrière (dans les deux mois suivant la visite médicale : usure professionnelle, aménagement du poste) et avant 60 ans (fin de carrière) |
| Accords collectifs existants | Périodicité aménageable | Négociation à ouvrir si l'accord dépasse quatre ans ; loi applicable aux accords en cours au 01/10/2026 |
| Obligation | Toutes entreprises, tous salariés | Inchangée |
Le point le plus commenté est la périodicité. Le point le plus utile est ailleurs : le contenu. L'entretien doit porter sur vos compétences, votre parcours, vos besoins de formation et vos souhaits d'évolution — et le texte dit explicitement qu'il « peut ouvrir la voie à une reconversion interne ou externe, à un projet de transition professionnelle, à un bilan de compétences ou à une validation des acquis de l'expérience ». Autrement dit, le sujet que beaucoup de salariés n'osaient pas mettre sur la table est inscrit dans le cadre légal de la conversation. Vous n'avez plus à demander la permission d'en parler : c'est l'ordre du jour.
L'usure professionnelle, elle, entre par une autre porte : l'entretien de mi-carrière, organisé dans les deux mois qui suivent la visite médicale de mi-carrière, où l'aménagement du poste, la prévention de l'usure et les souhaits de mobilité ou de reconversion sont abordés « s'il y a lieu ». Ce n'est pas un thème de chaque entretien ; c'est un rendez-vous à part, et il vaut la peine de le connaître à l'avance.
La banque vient de montrer le calendrier
Le 20 juillet 2026, l'Association Française des Banques et quatre organisations syndicales — CFDT, CFTC, FO, SNB-CFE/CGC — ont signé un nouvel accord de branche sur la formation professionnelle. Il remplace les accords de 2020 et de 2022 et transpose la loi d'octobre 2025 au secteur bancaire.
Quatre choses méritent d'être retenues, et elles dépassent largement la banque.
Un. L'accord décline la période de reconversion dans la branche — reconversion interne comme externe — et se substitue à l'accord Pro-A de juin 2022, la Pro-A ayant disparu au 1ᵉʳ janvier 2026. Rien d'inattendu : c'est la déclinaison sectorielle de la période de reconversion.
Deux, et c'est le vrai enseignement : l'accord dépasse le cadre légal. La loi encadre la période de reconversion entre 150 et 450 heures sur douze mois ; la branche bancaire porte ce plafond à 550 heures sur vingt-quatre mois pour trois publics — les salariés sortis de formation initiale depuis quinze ans ou visant une certification de deux niveaux supérieurs, les bénéficiaires de l'obligation d'emploi ou en affection de longue durée, les salariés dont le métier est en voie d'attrition —, l'Opco Atlas ne finançant que 450 heures. La loi fixe la fourchette. La branche fixe ce que vous obtiendrez réellement.
Trois. L'accord encadre les formations suivies en tout ou partie hors temps de travail dans le cadre du plan de développement des compétences, hors obligations réglementaires et hors adaptation au poste : 30 heures, ou 2 % du forfait, dans les entreprises de moins de 300 salariés — l'employeur devant alors limiter la part hors temps de travail à la moitié de l'action ou verser une indemnité de 50 % du salaire brut par heure —, 80 heures par an, ou 5 % du forfait, au-delà. C'est le sujet dont on ne parle jamais avant de signer, et qui décide de vos soirées pendant huit mois.
Quatre. Sur l'entretien lui-même, l'accord reprend la périodicité légale de quatre ans, rappelle que les entreprises peuvent prévoir moins par accord, et ajoute une phrase que j'aimerais lire dans toutes les conventions collectives : « le salarié qui le souhaite peut à tout moment demander à avoir un entretien avec un responsable de ressources humaines pour aborder sa situation professionnelle et son parcours de carrière ». Dans la banque, demander l'entretien n'est pas une faveur : c'est un droit écrit.
Retenez le mécanisme, il vaut pour vous quelle que soit votre convention collective : le droit du travail donne le socle, votre branche donne les conditions réelles. Deux salariés qui font le même métier dans deux branches différentes n'ont pas les mêmes droits à la formation. Ce n'est pas une injustice cachée, c'est le fonctionnement normal du système — mais personne ne vous le dit au moment où vous en auriez besoin.
Les chiffres de la branche en Nouvelle-Aquitaine
- 8 500 salariés exercent dans la branche bancaire en Nouvelle-Aquitaine, soit 4,9 % des effectifs nationaux.
- 62,6 % de femmes ; âge moyen élevé, la majorité des effectifs ayant 45 ans et plus.
- 58,7 % de cadres pour 41,3 % de techniciens — contre 74,7 % de cadres au niveau national. La page Cap Métiers annonce par erreur « 58,7 % de techniciens pour 41,3 % de techniciens » ; le rapport régional de l'Observatoire tranche.
- Embauches en CDI d'abord à bac+5 et plus (39,6 %), puis bac+3 (30 %) et bac+2 (23,7 %) — contre 53,4 % de bac+5 au niveau national.
- 3,2 % des embauches nationales de la branche se font en Nouvelle-Aquitaine.
Source : Observatoire des métiers de la banque, données de l'emploi — Nouvelle-Aquitaine, année 2025 (données statistiques AFB 2025), consulté le 2 septembre 2026 ; relais par Cap Métiers Nouvelle-Aquitaine le 31 août 2026.
Une région où l'on embauche moins à bac+5 qu'ailleurs, où la part de cadres est plus faible qu'au national et où la moitié des effectifs a plus de 45 ans : c'est une branche qui recrute peu par le bas et qui devra former ceux qui sont déjà dedans. C'est précisément ce que l'accord organise.
Ce que l'allongement change pour vous
Quatre ans entre deux entretiens, ce n'est pas quatre ans d'attente confortable. C'est quatre ans pendant lesquels personne, dans l'entreprise, n'a l'obligation de venir vous demander où vous en êtes.
Le calcul est simple, et il est le vôtre. Si vous attendez le rendez-vous obligatoire pour poser la question de votre évolution, vous venez de perdre deux ans de fenêtre. Si vous demandez un entretien de votre propre initiative — ce qu'aucun texte n'interdit, et que l'accord bancaire inscrit noir sur blanc —, vous arrivez avec une demande construite plutôt qu'avec un formulaire à remplir. Ce n'est pas la même conversation, et ce n'est pas le même résultat.
C'est la différence que je vois le plus nettement en rendez-vous : les personnes qui obtiennent quelque chose de leur employeur ne sont presque jamais celles qui ont le plus d'ancienneté ou le meilleur dossier. Ce sont celles qui arrivent avec un projet formulé, une certification identifiée et un calendrier. Les autres arrivent avec une gêne.
Ce que je vous conseille de faire maintenant
Un. Retrouvez la date de votre dernier entretien professionnel. Le délai de quatre ans court à partir de là, pas à partir de la loi. Si votre dernier entretien date de 2024, le suivant peut légalement tomber en 2028.
Deux. Cherchez votre convention collective et regardez ce que votre branche a signé. Au 1ᵉʳ octobre 2026, la loi s'applique à tous les accords en cours — certaines branches iront au-delà du minimum légal, comme la banque vient de le faire. C'est là que se trouvent vos volumes d'heures réels, pas dans le code du travail.
Trois. N'attendez pas d'être convoqué. Demandez l'entretien par écrit, en nommant les sujets que la loi inscrit désormais dans l'entretien : compétences, formation, souhaits d'évolution, reconversion — et, si vous êtes à mi-carrière, l'usure professionnelle. Un salarié qui cite le cadre est reçu autrement qu'un salarié qui demande un service.
Quatre. Préparez le fond avant la forme. Un entretien de parcours ne sert à rien si vous n'avez pas de trajectoire à y présenter — et une trajectoire, ce n'est pas un métier rêvé, c'est un métier vérifié, une certification identifiée et un financement plausible. C'est exactement le point de départ que pose le bilan Clarté Reconversion : savoir où vous en êtes avant d'y travailler.
Ce que cette page ne vous dira pas
Le contenu exact de votre accord de branche. Chaque branche négocie ses propres volumes, ses propres priorités et ses propres publics prioritaires. Aucune page générale ne peut vous dire ce à quoi vous avez droit : seule votre convention collective le peut, et elle est publique.
Les sanctions non plus. Le dispositif de sanction en cas de manquement de l'employeur existe et a été maintenu — un abondement correctif du compte personnel de formation, dans les entreprises d'au moins cinquante salariés —, mais il obéit à des conditions cumulatives précises qui relèvent du conseil juridique, pas d'un article de blog. Si vous êtes dans cette situation, parlez-en à un représentant du personnel ou à un avocat en droit du travail.
Transparence : je dirige un organisme de formation pour adultes. Cet article ne recommande aucune formation ni aucun organisme, et les liens qu'il contient renvoient à des sources publiques ou à des pages de méthode.
FAQ
L'entretien professionnel existe-t-il encore en 2026 ?
Il existe sous un nouveau nom : entretien de parcours professionnel, depuis la loi du 24 octobre 2025, en vigueur le 26 octobre. L'obligation n'a pas disparu, elle a changé de rythme et de contenu.
Tous les combien a lieu l'entretien de parcours professionnel ?
Une première fois dans l'année qui suit l'embauche, puis tous les quatre ans. Un état des lieux récapitulatif du parcours est réalisé tous les huit ans — le premier peut l'être sept ans après le premier entretien. Deux rendez-vous s'y ajoutent à date fixe : dans les deux mois suivant la visite médicale de mi-carrière, et dans les deux ans précédant les 60 ans.
Mon entreprise a un accord qui prévoit tous les deux ans, que se passe-t-il ?
Rien ne change pour le rythme : un accord qui prévoit un entretien tous les deux ans est plus favorable que la loi et continue de s'appliquer après le 1ᵉʳ octobre 2026 — la loi plafonne la périodicité conventionnelle à quatre ans, elle n'impose pas quatre ans. Seuls les accords prévoyant plus de quatre ans devaient être renégociés. En revanche, le contenu enrichi et les entretiens de mi-carrière et de fin de carrière s'imposent à tous, accord ou pas.
Puis-je demander un entretien avant l'échéance ?
Aucun texte ne l'interdit, et rien n'oblige non plus votre employeur à y faire droit : la loi fixe un rythme minimum, pas un droit de tirage. Certaines branches vont plus loin — l'accord bancaire de juillet 2026 écrit que le salarié peut « à tout moment » demander un entretien avec un responsable des ressources humaines. Regardez ce que dit la vôtre, et demandez par écrit.
Que puis-je aborder pendant cet entretien ?
Vos compétences, votre parcours, vos besoins de formation et vos souhaits d'évolution ; la loi précise que l'entretien peut ouvrir la voie à une reconversion, à un projet de transition professionnelle, à un bilan de compétences ou à une VAE, et qu'il aborde le compte personnel de formation et le conseil en évolution professionnelle. Un projet de reconversion est donc un sujet légitime de l'entretien, pas une confidence risquée.
Pour aller plus loin
- Pro-A supprimée : ce qui la remplace — le dispositif qui remplace, et ce que deviennent les avenants signés avant
- La période de reconversion en 2026 — conditions, durées, financement
- Financer sa reconversion — par statut
- Annoncer une reconversion à son employeur — préparer la conversation, pas seulement le dossier
- Formation en septembre : tout se joue maintenant — le calendrier réel des dossiers
Quatre ans, c'est le temps qu'on met à ne rien décider. Le prochain entretien ne viendra pas vous chercher : c'est vous qui fixerez la date.
Soyez libre de vos pensées et de vos décisions, toujours.
Sources : loi n° 2025-989 du 24 octobre 2025, articles 3 et 11 · code du travail, articles L. 6315-1 et L. 6315-2 · ministère du Travail — L'entretien de parcours professionnel et La période de reconversion · accord formation de la branche banque du 20 juillet 2026, texte intégral, articles 10.2, 12.1 et 15 · Cap Métiers Nouvelle-Aquitaine — nouvel accord formation de la branche banque, 31 août 2026 · Observatoire des métiers de la banque — données de l'emploi par région, Nouvelle-Aquitaine, 2025. Pages consultées le 2 septembre 2026.