Il avait 49 ans. Vingt-deux ans dans la logistique, et un projet très concret : devenir conseiller en insertion professionnelle. Son dossier était prêt, la formation choisie, la date d'entrée fixée.
Le financement n'est jamais arrivé.
Son histoire pose une question plus large que son cas : que se passe-t-il quand le nombre d'organismes de formation explose, au moment précis où l'argent public se resserre ? J'ai ouvert les chiffres.

Après cinq ans d'expansion, l'apprentissage s'est retourné : 890 000 contrats commencés en 2024, 847 130 en 2025 (−4,8 %), et la baisse continue en 2026. Mais ce n'est pas une fin, c'est un déplacement : à fin mai 2026, les entrées progressent de 7,7 % dans le secondaire et chutent de 16,4 % dans le supérieur. Côté argent, les crédits d'État en faveur de l'alternance passent de 5 916 M€ exécutés en 2024 à 3 746 M€ proposés pour 2026. Conséquence pratique : l'improvisation coûte désormais très cher, et trois vérifications suffisent à l'éviter.

Je dirige moi-même un organisme de formation. Je fais donc partie du marché que j'analyse ici, et vous avez le droit d'en tenir compte. C'est pour cette raison que chaque chiffre de cet article renvoie à sa source publique, avec sa page quand elle existe. Ne me croyez pas sur parole : ouvrez les documents.
Vous préparez une formation et vous vous demandez si le financement suivra ? Faire mon bilan gratuit · 3 min : il pose le projet à plat avant de dépendre d'une aide.
- Le marché a grossi, mais par le bas
- Les CFA : un changement d'échelle
- La courbe s'est retournée
- Ce n'est pas une fin, c'est un déplacement
- Le signal budgétaire
- Les demandeurs d'emploi prennent le choc
- Ce resserrement n'est pas absurde
- Trois vérifications avant de signer
- Note de méthode
1. Le marché a grossi, mais par le bas

En 2024, 101 753 organismes de formation ont déposé un bilan pédagogique et financier avec un chiffre d'affaires non nul, contre 97 053 l'année précédente. Sur quinze ans, le nombre a presque doublé : ils étaient 55 300 en 2010.
Mais ce dernier bond doit se lire avec prudence, et le document officiel le dit lui-même. La hausse est « portée par l'augmentation du nombre de déclarations d'organismes individuels (+ 15 %), qui sont principalement sous-traitants », à la suite du décret 2023-1350 qui rend le dépôt d'un bilan obligatoire pour obtenir Qualiopi quand on sous-traite sur des actions financées par le CPF. Il y a une croissance réelle, et il y a aussi un effet administratif.
Le chiffre le plus parlant est ailleurs. Les organismes individuels représentent 44,8 % des structures, pour 3,4 % du chiffre d'affaires. Deux structures déclarées sur cinq pèsent trois centièmes du marché.
Et pendant que le nombre d'acteurs grimpe, l'argent qui les irrigue recule : le chiffre d'affaires global du secteur stagne à 29 Md€, mais les financements venus du secteur public reculent de 11 % en un an (−0,5 Md€). C'est le mouvement de fond de tout cet article : plus d'acteurs, moins d'argent public.
2. Les CFA : un changement d'échelle

Le changement le plus spectaculaire concerne l'apprentissage. Le Jaune budgétaire l'écrit ainsi : l'assouplissement de 2018 « s'est traduit par une forte expansion de l'offre de formation en apprentissage, passant de 954 CFA en activité avant la loi de 2018 à 3 945 CFA certifiés Qualiopi début octobre 2024 ».
Quatre fois plus en six ans. Je précise tout de suite ce que le document officiel, lui, ne précise pas : les deux périmètres ne sont pas identiques. Avant 2018, un CFA était créé par convention avec la Région — un statut rare et contingenté. Depuis, la loi a supprimé ce conventionnement, et l'on compte des organismes déclarant une activité d'apprentissage et certifiés Qualiopi. Ce n'est ni la même définition juridique, ni le même mode de comptage.
L'ordre de grandeur, en revanche, est solide et convergent : l'offre déclarée d'apprentissage a été multipliée par environ quatre depuis 2018. Quand autant d'acteurs entrent aussi vite sur un marché subventionné, la vraie question n'est pas combien vont entrer. C'est combien pourront rester.
3. La courbe s'est retournée

En 2024, 890 000 contrats d'apprentissage ont commencé — 865 204 dans le privé, 24 796 dans le public. C'était un record, en hausse de 4,5 % sur un an.
En 2025 : 847 130. Soit −4,8 %, après +4,5 % l'année précédente. Le niveau est revenu tout près de celui de 2023 (851 750 contrats) — 4 620 de moins, à un demi-point près.
Et la tendance continue. À fin mai 2026, 79 900 contrats ont commencé depuis janvier, en baisse de 3,2 % sur un an. Le stock suit : 970 500 personnes en contrat d'apprentissage, soit −3,7 % — après 1 048 900 apprentis fin 2024 et 1 014 700 fin 2025.
La courbe ne s'est pas stabilisée. Elle s'est retournée.
4. Ce n'est pas une fin, c'est un déplacement

Le détail raconte quelque chose de plus intéressant que le total. À fin mai 2026, les entrées en enseignement secondaire progressent de 7,7 % (48 800 contrats), tandis que celles de l'enseignement supérieur chutent de 16,4 % (31 100 contrats).
Ce n'est donc pas la fin de l'apprentissage. C'est un déplacement — et il est délibéré, parce qu'on le retrouve à l'identique dans les aides à l'embauche. Pour une entreprise de moins de 250 salariés :
| Niveau préparé | Montant maximum | Fondement |
|---|---|---|
| Jusqu'au bac (niveaux 3 et 4) | 5 000 € | Aide unique — art. D. 6243-2 du code du travail |
| Bac + 2 (niveau 5) | 4 500 € | Aide exceptionnelle — décret n° 2026-168 du 6 mars 2026 |
| Licence, master (niveaux 6 et 7) | 2 000 € | Aide exceptionnelle — décret n° 2026-168 du 6 mars 2026 |
Les trois montants sont exacts, mais ils ne viennent pas du même texte. Les 5 000 € relèvent de l'aide unique (article D. 6243-2 du code du travail, en vigueur depuis le 1er novembre 2025), donc antérieure au 8 mars 2026. Les 4 500 € et 2 000 € relèvent de l'aide exceptionnelle créée par le décret n° 2026-168 du 6 mars 2026 (JORF du 7 mars), applicable aux contrats conclus à compter du 8 mars 2026 et jusqu'au 31 décembre 2026 — et non cumulable avec l'aide unique. Le montant est porté à 6 000 € pour un apprenti reconnu travailleur handicapé [consulté le 2026-08-24].
L'État ne ferme pas l'apprentissage. Il le hiérarchise.
5. Le signal budgétaire

Ces chiffres viennent du Jaune budgétaire — l'annexe que l'État publie chaque année avec le projet de loi de finances, et qui recense tout l'argent de la formation professionnelle, quel que soit celui qui le dépense. C'est un document public et gratuit.
Pour les dispositifs de l'État en faveur de l'alternance : 5 916 M€ exécutés en 2024, 4 989 M€ en loi de finances 2025, 3 746 M€ proposés au projet de budget 2026. Soit −36,7 % en deux ans.
Mais soyons rigoureux, parce que c'est exactement le genre de chiffre qu'on recopie sans le lire. On compare ici une exécution constatée, une loi de finances et un projet. Ce ne sont pas trois dépenses définitives comparables : c'est un signal de trajectoire, pas encore un bilan d'exécution 2026. Et le −36,7 % vaut en autorisations d'engagement ; en crédits de paiement, il tombe à −35,4 %.
Le retrait ne s'arrête pas à l'alternance. Sur le même tableau, la subvention de l'État à France compétences passe de 1 350 M€ (exécution 2024) à 613 M€ au projet 2026, le Plan d'investissement dans les compétences de 654 à 312 M€ en autorisations d'engagement, et la subvention au Centre Inffo — 4 M€ en 2024 — n'est pas reconduite. On en connaît la suite : le Centre Inffo a été liquidé le 16 juillet 2026, après cinquante ans d'existence.
6. Les demandeurs d'emploi prennent le choc

Pour les personnes en recherche d'emploi, nous disposons d'une comparaison homogène — deux exécutions constatées, sans le biais du paragraphe précédent.
La dépense nationale pour ce public passe de 9,6 Md€ à 8,8 Md€, soit −8,8 %. Les dépenses de France Travail en tant que financeur reculent de 11,8 %. Et les entrées en formation qu'il commande passent de 335 700 à 272 700 : −19 %.
63 000 entrées de moins. Pas nécessairement 63 000 refus — mais 63 000 formations qui n'ont pas commencé dans ce cadre. Derrière, il y a des projets reportés, abandonnés, ou financés autrement. C'est là que l'histoire du début de cet article prend son sens.
7. Ce resserrement n'est pas absurde

Je vais maintenant dire quelque chose qui ne sert pas mon intérêt.
Tout ce resserrement n'est pas absurde. L'apprentissage a parfois fonctionné comme une subvention générale à l'embauche, y compris sur des formations supérieures qui auraient probablement existé sans aide. Recentrer sur le CAP, le bac professionnel et le bac + 2 peut répondre à des besoins de recrutement plus immédiats.
Mais cette politique aura une conséquence, et elle est réelle : les CFA positionnés presque uniquement sur les bachelors et les masters vont devoir démontrer leur valeur beaucoup plus clairement. Certains n'y arriveront pas.
8. Trois vérifications avant de signer

Alors comment choisir sa formation dans ce paysage ? Trois questions, dans cet ordre.
1. L'organisme est-il certifié Qualiopi, pour la catégorie d'action concernée ? Qualiopi est nécessaire pour accéder aux financements publics ou mutualisés. Mais attention : elle certifie un processus qualité. Ce n'est pas une garantie d'emploi, et on la présente parfois comme telle.
2. La certification visée est-elle active ? Pour un titre professionnel, cherchez sa fiche RNCP, sa date d'échéance, et le nom des organismes habilités. Pour certaines compétences complémentaires, l'inscription peut être au Répertoire spécifique : le RNCP n'est pas la seule possibilité.
3. Quels sont les résultats de cette formation précise ? Taux de réussite, taux de rupture, poursuite d'études, emploi à 6 et 12 mois. Du CAP au BTS en apprentissage, ces résultats sont publics sur InserJeunes.
Et demandez toujours le nombre de personnes derrière le pourcentage. 90 % sur 10 répondants, ce n'est pas 90 % sur 500 diplômés.
Ce que je retiens

Un marché qui se contracte ne ferme pas toutes les trajectoires. Il élimine d'abord l'improvisation.
Il y aura probablement moins d'argent facile, plus de contrôles, et plus de sélection entre les organismes. Ce n'est pas une bonne nouvelle pour ceux qui vendaient du volume. Ce n'en est pas une mauvaise pour ceux qui savent où ils vont.
Alors ne commencez pas par choisir une formation. Commencez par vérifier la trajectoire : le métier visé, la certification, le financement, les résultats réels. Dans cet ordre — et le financement se prépare en amont, plus tôt qu'on ne l'imagine.
Note de méthode
Cet article accompagne le premier épisode de L'indice de la formation. Tous ses chiffres ont été repassés en source primaire avant publication ; voici les quatre points où la vidéo simplifie, et ce que disent exactement les documents.
1. Les entrées de 2019. La vidéo arrondit à 360 000. Sur le même champ que les chiffres 2024 et 2025 cités ici — France entière, secteurs privé et public — le total exact est de 366 818 contrats (dont 352 517 dans le privé). « Environ 360 000 » tombe entre les deux repères habituellement communiqués.
2. Le barème d'aide. Les trois montants sont exacts, mais ils ne relèvent pas du même texte : voir la précision en section 4.
3. Les 954 CFA. Le chiffre est verbatim du Jaune budgétaire, mais le document ne signale pas que les deux périmètres diffèrent. Cet article le signale.
4. Le nombre de prestataires. La donnée 2024 est provisoire et comporte une rupture de série (décret 2023-1350, déclaration désormais requise pour certains sous-traitants CPF). Le corps du texte du Jaune écrit « 101 750 » là où son propre tableau donne 101 753 : c'est la valeur du tableau qui est reprise ici. La série 2010-2014 provient des publications Dares Analyses 2012-070 et 2013-062.
Sources
- Annexe « Formation professionnelle » au projet de loi de finances 2026 (« Jaune » budgétaire), Assemblée nationale — tableau de crédits p. 28, dépense nationale p. 32-33, prestataires de formation cinquième partie p. 250-251, entrées commandées par France Travail p. 211-214 [consulté le 2026-08-24].
- Contrats d'apprentissage — tableau de bord PoEm, ministère du Travail, données Dares, synthèse mise à jour le 31 juillet 2026 (données à fin mai 2026) [consulté le 2026-08-24].
- Séries longues : le contrat d'apprentissage, Dares, mise à jour du 27 février 2026 [consulté le 2026-08-24].
- L'apprentissage en 2024, Dares Résultats n° 3, publié le 21 janvier 2026 [consulté le 2026-08-24].
- Décret n° 2026-168 du 6 mars 2026 relatif à l'aide exceptionnelle aux employeurs d'apprentis, Légifrance, JORF du 7 mars 2026 [consulté le 2026-08-24].
- Article D. 6243-2 du code du travail, Légifrance, en vigueur depuis le 1er novembre 2025 [consulté le 2026-08-24].
- Aides à l'embauche en contrat d'apprentissage, Entreprendre.Service-Public.gouv.fr [consulté le 2026-08-24].
La méthode de sourçage appliquée sur ce site est décrite sur la page Sources et méthodologie.
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