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France 2035 : zéro fois le mot « emploi »

France 2035-2050 : le rapport ne dit jamais « emploi ». Ses scénarios sont pourtant des chantiers : 800 000 pompes à chaleur par an, rénovation, eau, agriculture, santé.

Bannière éditoriale : un installateur agenouillé règle une pompe à chaleur air-eau contre le mur d'une maison individuelle — le scénario du rapport France 2035 prévoit 800 000 logements ainsi équipés chaque année

J'ai lu les cinquante-deux pages ce matin, avec une habitude d'accompagnant : chercher, dans tout document qui parle d'avenir, l'endroit où il parle de travail. Le focus Environnement du rapport France 2035, France 2050, publié aujourd'hui par le Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan, est un texte sérieux, sourcé, parfois rude. Il décrit deux scénarios pour le pays, l'un où l'on subit, l'autre où l'on décide.

Puis j'ai fait ce que je fais toujours : une recherche plein texte. Le mot « emploi » n'y apparaît pas une seule fois. Le mot « métier » non plus. « Compétences » revient deux fois, pour parler des collectivités et des infrastructures gazières.

Ce n'est pas un reproche. Ce chapitre traite d'environnement ; les chapitres « Économie » et « Défense » sont annoncés à paraître. Mais c'est une lecture utile, parce que chaque ligne de ses scénarios est un chantier, et qu'un chantier se fait avec des mains. Cet article les compte à sa place.

En clair — Le Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan publie le 2 septembre 2026 le focus Environnement de son rapport France 2035, France 2050 : deux scénarios, tendanciel et souhaitable, sur la souveraineté énergétique, l'habitabilité du territoire et la cohésion nationale. Il ne compte aucun emploi. Il décrit pourtant, pour 2035, 800 000 logements équipés de pompes à chaleur chaque année, la sortie du fioul et l'éradication des passoires thermiques quasi achevées, la rénovation des réseaux d'eau, un renouvellement des générations agricoles, un système de santé qui passe du curatif à l'anticipatif. Et il chiffre ce que la chaleur coûte déjà au travail : 90 millions d'heures perdues en 2024, plus du double des années 1990. Pour quelqu'un qui choisit un métier aujourd'hui, la leçon du rapport vaut pour une carrière : préférer ce qui tient dans les deux scénarios.

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Ce que le rapport dit, en chiffres

Le chapitre est dirigé par Antoine Pellion, ancien secrétaire général à la planification écologique. Son point de départ est une hypothèse de précaution : le réchauffement suit la trajectoire de référence retenue par l'État pour l'adaptation, soit environ +4 °C en moyenne sur la France hexagonale à la fin du siècle. Sur cette base, il confronte un scénario tendanciel et un scénario souhaitable, à deux horizons.

Les chiffres du focus Environnement qui concernent directement le travail, avec la page du rapport.

Fait Chiffre Page
Baisse des émissions territoriales brutes entre 2017 et 2025 −23 % 6
Hydrocarbures importés 66 milliards d'euros en 2024, 70 en 2025 8
Heures de travail potentiel perdues en France à cause de la chaleur, en 2024 90 millions, soit +111 % par rapport à 1990-1999 12
Maisons individuelles exposées au retrait-gonflement des argiles 11 millions 11
Français recevant au moins une fois par an une eau non conforme en pesticides, en 2035 20 millions 10
Valeur ajoutée agricole menacée à politiques inchangées 35 à 40 %, soit 14 à 16 milliards par an 14
Scénario souhaitable 2035 : logements équipés de pompes à chaleur chaque année 800 000 43
Scénario souhaitable 2035 : sortie du fioul, éradication des passoires thermiques « quasi-achevées » 43
Électrification du transport routier de marchandises et de la chaleur industrielle basse température en 10 et 15 ans 43

Pas un de ces chiffres n'est un chiffre d'emploi. Tous en sont.

Chaque scénario est un chantier

Prenez la ligne des pompes à chaleur. Huit cent mille logements par an, ce sont des installateurs, des plombiers-chauffagistes, des électriciens, des frigoristes, des poseurs — et derrière eux des conducteurs de travaux, des diagnostiqueurs, des vendeurs qui comprennent ce qu'ils vendent. Le rapport écrit « équipés », au passif. Quelqu'un équipe.

Même lecture pour les passoires thermiques : les éradiquer, c'est isoler, poser des menuiseries, refaire des toitures, dans un pays où le rapport compte onze millions de maisons individuelles exposées au retrait-gonflement des argiles, c'est-à-dire onze millions de bâtis à surveiller et, souvent, à reprendre.

Une professionnelle casquée, agenouillée sous des combles, vérifie de la main la pose d'un isolant entre les chevrons, une gourde et des plaques d'isolant posées près d'elle.
Éradiquer les passoires thermiques, dans le scénario du rapport, c'est ce geste-là, répété des centaines de milliers de fois par an.

Pour l'eau : « la rénovation des réseaux et la réduction des pertes » (page 11) sont des canalisateurs et des techniciens de réseau. Pour l'agriculture : le scénario tendanciel constate que « le renouvellement des générations n'a été que partiel, augmentant les tensions de recrutement » (page 36), quand le scénario souhaitable parle d'« une nouvelle dynamique démographique agricole » (page 16). Pour la santé : le passage « d'une approche curative à une approche anticipative » (page 12) et « la formation des professionnels de santé » (page 33). Pour les collectivités, enfin, le rapport réclame des « moyens et compétences » d'ingénierie au niveau intercommunal (page 25) — un mot pour des postes.

Et il y a la phrase que je relis deux fois, page 18, à propos du scénario tendanciel : les débats sur « le devenir des compétences et infrastructures fossiles, comme le réseau de distribution de gaz, resteraient vifs ». Des compétences fossiles. Ce sont des personnes, qui ont un métier aujourd'hui, et qui en auront un autre demain ou n'en auront plus. C'est très exactement le sujet de ce site.

Ces métiers ne sont pas une promesse pour 2035 : ils manquent déjà. L'enquête Besoins en main-d'œuvre 2026 de France Travail, sur le bassin de Poitiers, compte 140 projets de recrutement de plombiers-chauffagistes, dont 78,6 % jugés difficiles par les employeurs, et 70 projets de maçons qualifiés, difficiles à 71,4 %. Au niveau national, les ouvriers qualifiés du gros œuvre sont à 72,7 % de projets difficiles, contre 43,8 % pour l'ensemble des projets.

Ce que les employeurs disent déjà de ces métiers — part des projets de recrutement jugés difficiles (BMO 2026)
Plombiers-chauffagistes, bassin de Poitiers78,6 %
Ouvriers qualifiés du gros œuvre, France72,7 %
Maçons qualifiés, bassin de Poitiers71,4 %
Ensemble des projets, France43,8 %

Source : enquête Besoins en main-d'œuvre 2026, France Travail, bassin de Poitiers et France entière [relevés le 2 septembre 2026]. Un projet « difficile » est une intention de recrutement que l'employeur déclare difficile à pourvoir, pas un poste vacant.

Autrement dit, le scénario souhaitable du rapport suppose de recruter massivement dans des métiers que les employeurs peinent déjà à pourvoir à petite échelle. Le rapport n'écrit pas ce problème. C'est pourtant le sien.

Le chiffre qui concerne ceux qui travaillent dehors

Le rapport cite le Lancet Countdown : 90 millions d'heures de travail potentiel perdues en France en 2024 à cause de la chaleur, plus du double de la moyenne des années 1990. Il ajoute, page 13, que « les entreprises et les travailleurs exposés à la chaleur ou aux intempéries » figurent parmi les plus vulnérables à ce qui vient.

Il faut mettre les deux phrases côte à côte. Les métiers dont les scénarios ont besoin — couvrir, isoler, poser, canaliser, cultiver, planter le milliard d'arbres promis d'ici 2030 — s'exercent dehors, ou dans des bâtiments qu'on rénove justement parce qu'ils sont invivables l'été. Recruter dans ces métiers en 2035 supposera d'avoir réglé, avant, la question des horaires décalés, des pauses, des chantiers arrêtés, de la rémunération des jours perdus. Un adulte qui s'y reconvertit aujourd'hui a le droit de poser ces questions à l'entretien, et de préférer l'employeur qui y a déjà répondu.

Ce n'est pas un argument contre ces métiers. C'est un argument pour les choisir en connaissance de cause, ce qui n'est jamais un mauvais point de départ.

Ce que ça change pour une reconversion

La conclusion du rapport tient en une idée que je trouve transposable presque mot pour mot à une carrière : passer « de l'optimisation à la robustesse » (page 26). Un monde sous contrainte, écrit-il, impose de préférer « la décision qui permet de tenir dans l'incertitude » à la moins coûteuse à court terme. La redondance « cesse d'être un gaspillage : elle devient une assurance ».

Appliqué à un projet professionnel, cela donne trois repères.

Un. Préférez un métier présent dans les deux scénarios. La rénovation, l'eau, la santé, l'entretien des réseaux, l'agriculture qui se recompose : ils sont dans la colonne tendancielle comme dans la colonne souhaitable, parfois pour des raisons opposées. C'est la définition d'un choix « sans regret », l'expression même du rapport pour la transition.

Deux. Vérifiez que la certification que vous visez se capitalise. Une transition qui s'accélère change les techniques ; ce qui survit, c'est un titre reconnu, découpé en blocs, que l'on complète plutôt que de repartir de zéro. Reconnaître une formation réellement inscrite au RNCP reste le premier geste, avant la plaquette et avant le financement.

Trois. Regardez la tension avant la tendance. Un métier « d'avenir » qui n'embauche personne aujourd'hui est une hypothèse ; un métier que les employeurs de votre bassin ne parviennent pas à pourvoir est un fait. La différence entre métier porteur et métier en tension décide de votre première année, et les 5 métiers de la rénovation énergétique en Gironde montrent à quoi ressemble la marche d'entrée.

Le reste est affaire de méthode : savoir où vous en êtes avant de choisir, puis financer le parcours selon votre statut. Le rapport, lui, fixe l'horizon ; il ne dit pas lequel de ces chantiers est le vôtre.

Ce que cette page ne vous dira pas

Le nombre d'emplois. Le focus Environnement n'en chiffre aucun, et je ne vais pas lui prêter des chiffres qu'il ne donne pas. D'autres travaux l'ont fait sur des périmètres différents — le Shift Project sur l'emploi d'une économie décarbonée, le Céreq sur les métiers de la transition écologique — et ils sont cités en sources ; leurs ordres de grandeur ne se comparent pas directement aux scénarios du Haut-Commissariat.

La suite du rapport. Ce focus « reproduit un chapitre » d'un rapport complet à paraître ; les chapitres « Économie » et « Défense et sécurité nationale » y sont renvoyés à plusieurs reprises. C'est là, sans doute, que le mot « emploi » apparaîtra. Je le lirai de la même façon.

Transparence : je dirige un organisme de formation pour adultes. Cet article ne recommande aucune formation ni aucun organisme ; les liens qu'il contient renvoient à des sources publiques ou à des pages de méthode.

FAQ

Que contient le rapport France 2035, France 2050 ?

Un rapport prospectif du Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan, sous la direction de Clément Beaune, publié par chapitres. Le focus Environnement du 2 septembre 2026 traite de souveraineté énergétique et matière, d'habitabilité du territoire et de cohésion nationale, à deux horizons, avec un scénario tendanciel et un scénario souhaitable.

Le rapport parle-t-il d'emploi ou de métiers ?

Non : le mot « emploi » n'y figure pas, « métier » non plus, et « compétences » deux fois seulement. Ce chapitre traite d'environnement ; le chapitre « Économie » est annoncé à paraître. Les scénarios impliquent pourtant des volumes de travail considérables, dans la rénovation, l'installation, les réseaux, l'agriculture et la santé.

Quels métiers les scénarios impliquent-ils ?

Ceux de la rénovation et de l'équipement des logements (plombiers-chauffagistes, électriciens, couvreurs, menuisiers, installateurs de pompes à chaleur), de l'eau (canalisateurs, techniciens de réseau), de l'agriculture en renouvellement, de la santé anticipative et de l'ingénierie des collectivités. Plusieurs sont déjà en forte tension dans l'enquête Besoins en main-d'œuvre 2026.

La chaleur pèse-t-elle déjà sur le travail ?

Oui : le rapport cite 90 millions d'heures de travail potentiel perdues en France en 2024 à cause de la chaleur, soit +111 % par rapport à la période 1990-1999, et range les travailleurs exposés à la chaleur ou aux intempéries parmi les plus vulnérables.

Faut-il se reconvertir vers un « métier de la transition » ?

Pas parce qu'il est étiqueté ainsi. Le bon critère est double : le métier est-il nécessaire dans les deux scénarios, et embauche-t-il déjà dans votre bassin ? Un métier qui coche les deux cases est un choix robuste, au sens que le rapport donne à ce mot.

Pour aller plus loin

Un rapport qui ne dit pas « emploi » vient de décrire dix ans de travail. À chacun de décider quelle part en sera la sienne.

Soyez libre de vos pensées et de vos décisions, toujours.

Sources : Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan, « Focus Environnement — Retrouver souveraineté, habitabilité et cohésion nationale, par la transition écologique », rapport France 2035, France 2050, sous la direction de Clément Beaune, chapitre dirigé par Antoine Pellion, rapporteurs Maxime Gérardin et Marc Fasan, septembre 2026 — PDF, 52 pages, pages citées dans le texte · France Travail, enquête Besoins en main-d'œuvre 2026, bassin de Poitiers et France entière · Lancet Countdown (2025), Data Sheet France, cité par le rapport page 12 · The Shift Project, emploi et transformation bas carbone, synthèse · Céreq, Essentiels n° 6, transition écologique. Pages consultées le 2 septembre 2026.