Le taux de chômage d'ensemble a fait les titres du mois d'août. Le chiffre qui compte pour qui entre sur le marché du travail est ailleurs, et il est bien plus brutal : 21,6 % chez les 15-24 ans, soit +2,5 points en un an. Cinq fois la hausse mesurée chez les 25-49 ans.
- En clair
- La hausse n'est pas partagée
- Ce que cinquante ans de série disent du 21,6 %
- L'alternance ne joue plus son rôle
- Où l'emploi se crée, où il se détruit
- Le rapport de force a changé de camp
- Moins de financement, autant de besoins
- Trois conséquences concrètes
- Deux précautions de lecture
- FAQ
En clair
Au deuxième trimestre 2026, le chômage des 15-24 ans atteint 21,6 %, en hausse de 2,5 points sur un an, quand celui des 25-49 ans ne progresse que de 0,5 point. Leur taux d'emploi recule à 33,8 %. Dans le même temps, le taux d'emploi en alternance descend à 2,3 % et les entreprises déclarent nettement moins de difficultés de recrutement qu'il y a un an. Autrement dit : ce n'est pas le marché du travail qui s'effondre, c'est sa porte d'entrée qui se referme.
Déclaration d'intérêt : je dirige un organisme de formation qui prépare des titres professionnels RNCP en formation continue, et qui ne fait pas d'alternance. Je n'ai donc aucun intérêt dans ce que devient l'apprentissage — et un intérêt déclaré dans ce qui vient après. Tous les chiffres de cet article sont sourcés, datés et vérifiables. Aucun n'est de moi.
Une scène, avant les chiffres
Il s'assoit, pose son CV sur la table et dit : « j'ai rien à mettre ». Bac obtenu, une année de fac abandonnée, deux missions d'intérim, et depuis, plus rien de vérifiable. Il a 26 ans. Il n'est ni paresseux ni perdu : il n'a simplement jamais réussi à entrer.
Ce profil-là, on le voit arriver de plus en plus souvent. Depuis le 7 août, on sait que ce n'est pas une histoire individuelle.
La hausse n'est pas partagée

| Tranche d'âge | T2 2025 | T2 2026 | Écart | Effectif T2 2026 |
|---|---|---|---|---|
| 15-24 ans | 19,1 % | 21,6 % | +2,5 pt | 740 000 |
| 25-49 ans | 7,0 % | 7,5 % | +0,5 pt | 1 381 000 |
| 50 ans ou plus | 4,8 % | 5,5 % | +0,7 pt | 555 000 |
| Ensemble | 7,6 % | 8,3 % | +0,7 pt | 2 677 000 |
Source : Insee, Informations Rapides n° 192 du 7 août 2026. Champ : France y compris Mayotte.
Cinq fois plus chez les jeunes que chez les 25-49 ans. Ce n'est pas une conjoncture qui pèse également sur tout le monde : c'est une conjoncture qui se referme d'abord sur ceux qui entrent.
Le mécanisme est connu. Quand un marché du travail se contracte, il ne licencie pas d'abord — il arrête de recruter. L'ajustement passe par le flux, pas par le stock. Et celui qui n'est pas encore dedans reste dehors.
Deux autres chiffres confirment le mouvement. Le taux d'emploi des 15-24 ans tombe à 33,8 %, en recul d'un point sur un an : il n'y a pas seulement plus de jeunes au chômage, il y a moins de jeunes qui travaillent. Et la part des NEET — ni en emploi, ni en études, ni en formation — chez les 15-29 ans reste à 13,3 %, stable sur le trimestre mais 0,9 point au-dessus de son niveau de 2019. Stable, ici, veut dire installé.
Pour la lecture d'ensemble du taux de chômage et ce qu'il cache, voir Chômage à 8,3 % : ce que le chiffre cache.
Ce que cinquante ans de série disent du 21,6 %
Il faut maintenant faire à ce chiffre ce que cet article fait aux autres : le remettre dans sa série. L'Insee publie l'historique trimestriel du chômage depuis 1975, rétropolé sur le champ France y compris Mayotte. Deux cent six trimestres. Le voici.
| Trimestre | 15-24 ans | Ensemble |
|---|---|---|
| T1 1975 | 7,0 % | 3,2 % |
| T1 1985 | 23,0 % | 9,2 % |
| T1 1997 | 24,0 % | 10,7 % |
| T4 2012 | 28,0 % | 10,2 % |
| T4 2019 | 21,9 % | 8,2 % |
| T4 2021 | 16,6 % | 7,5 % |
| T4 2025 | 21,6 % | 8,0 % |
| T2 2026 | 21,6 % | 8,3 % |
Source : Insee, séries longues du chômage au sens du BIT, 2e trimestre 2026, données CVS en moyenne trimestrielle, champ France y compris Mayotte, séries rétropolées [consulté le 2026-09-01].
Trois choses que ce tableau impose, et qui corrigent la première impression.
Le niveau n'a rien d'exceptionnel. Sur les 206 trimestres de la série, 87 ont été au moins aussi hauts que 21,6 % — soit 42 % de l'histoire mesurée. Le record est à 28,0 %, fin 2012. Qui présente le chiffre d'aujourd'hui comme un sommet ne connaît pas sa propre série.
Nous sommes même en dessous de 2019. À la fin 2019, avant la crise sanitaire, le chômage des jeunes était à 21,9 % — soit 0,3 point de plus qu'aujourd'hui. Le marché du travail des jeunes n'est pas en territoire inconnu ; il est revenu là où il était.
Le vrai fait est le retour, pas le niveau. Entre les deux, il y a eu une parenthèse : 16,6 % à la fin 2021, le point le plus bas depuis 1990. Depuis ce creux, le chômage des jeunes a repris 5,0 points. C'est cette remontée qui constitue le signal — pas la valeur absolue.
Et cette parenthèse a des précédents, tous instructifs. Depuis 1980, le chômage des jeunes n'est passé sous 17 % que sur vingt et un trimestres, regroupés en quatre fenêtres : 1980-1981, 1989-1990, 2000-2001, puis 2021-2023. Quatre périodes d'expansion ou de soutien massif. Aucune n'a duré.
Ce que cette parenthèse doit à quoi, prudemment
Le creux de 2021-2023 coïncide dans le temps avec la période où l'apprentissage a été massivement aidé, puis la remontée coïncide avec le retrait progressif de ces aides. La concordance est nette, et elle est cohérente avec le taux d'emploi en alternance qui recule aujourd'hui à 2,3 %.
Elle ne suffit pourtant pas à établir une causalité. D'autres facteurs jouent sur la même période : le rebond post-crise sanitaire, les tensions de recrutement exceptionnelles de 2022, puis leur reflux. L'Insee elle-même rappelle, à propos d'un autre effet de périmètre, que les contributions qu'elle publie sont comptables et non causales. La même prudence s'applique ici : on constate une concordance, on ne démontre pas un mécanisme.
Ce qui reste solide, en revanche, tient en une phrase. Le niveau structurel du chômage des jeunes en France tourne autour de 21 à 22 % depuis quarante ans, il est descendu à 16,6 % pendant une période de soutien public massif, et il y est remonté quand ce soutien s'est retiré. Ce qui protège un jeune sur ce marché-là n'est donc pas un dispositif conjoncturel, mais ce qui reste quand le dispositif s'arrête : une certification qui se capitalise, et des preuves vérifiables.
L'alternance ne joue plus son rôle
Voilà où la formation entre dans l'histoire. Le taux d'emploi en alternance chez les 15-64 ans est tombé à 2,3 %, en recul de 0,2 point sur un an.
C'est peu en apparence. En réalité, c'est la confirmation chiffrée de ce que montrait déjà le recul des contrats et des crédits d'État : l'apprentissage n'a pas seulement ralenti sa croissance, il recule.
Or l'alternance, depuis 2019, c'était l'amortisseur. Le dispositif qui transformait un jeune sans expérience en jeune avec un contrat, massivement financé, massivement utilisé. L'amortisseur se dégonfle, et pour l'instant rien n'a pris le relais.
Où l'emploi se crée, où il se détruit

| Secteur | Sur le trimestre | Sur un an | Niveau T2 2026 |
|---|---|---|---|
| Agriculture | −8 400 | −12 300 | 315 300 |
| Industrie | −2 600 | −15 100 | 3 240 600 |
| Construction | −6 700 | −21 600 | 1 519 400 |
| Tertiaire marchand hors intérim | −1 900 | −18 600 | 12 637 200 |
| Intérim | −6 700 | −12 400 | 699 500 |
| Tertiaire non marchand | +2 800 | +7 600 | 8 609 200 |
| Ensemble | −23 500 | −72 500 | 27 021 100 |
Source : Insee, Informations Rapides n° 214 du 28 août 2026, avec l'Urssaf et la Dares. Champ : France hors Mayotte.
Quelques lectures utiles pour choisir une cible :
➡️ L'agriculture prend le choc le plus violent en relatif : −3,8 % sur un an, notamment sur les activités liées à la vigne. Signal territorial fort en Nouvelle-Aquitaine.
➡️ L'intérim continue de se vider : −9,9 % par rapport à fin 2019. C'est l'indicateur avancé classique du retournement, et il ne remonte pas.
➡️ Ce qui tient : la santé (+4 600 postes sur le trimestre) et l'hébergement-restauration (+4 400). Deux secteurs qui recrutent encore, et qui forment.
➡️ L'information-communication décroche : −16 100 postes sur un an, soit −1,8 %.
Le rapport de force a changé de camp
Pendant trois ans, on a répété aux candidats : « c'est votre marché ». Ce n'est plus vrai, et la Dares le mesure.
| Indicateur | Avril 2025 | Avril 2026 | Écart |
|---|---|---|---|
| Difficultés de recrutement — services | 34,3 % | 28,4 % | −5,9 pt |
| Difficultés de recrutement — industrie | 40,7 % | 34,2 % | −6,5 pt |
| Difficultés de recrutement — construction | 64,8 % | 61,3 % | −3,5 pt |
| Taux d'emplois vacants (T4 2025 → T1 2026) | 2,36 % | 2,17 % | −0,19 pt |
Source : Dares, situation du marché du travail, enquêtes Acemo, avril 2026 et T1 2026.
Les entreprises ont retrouvé du choix. Ça ne change pas seulement les salaires : ça change les exigences. Quand un recruteur a du choix, il redevient sélectif sur l'expérience — et il pénalise mécaniquement celui qui n'en a pas encore.
La question posée au candidat n'est donc plus « qu'est-ce que vous valez ». Elle est devenue : « qu'est-ce que vous pouvez montrer ».
Dernier signal, et c'est celui qu'on commente le moins : 671 000 personnes sont sans emploi et en recherchent un depuis au moins un an, soit 116 000 de plus qu'il y a un an. Le taux de chômage est un stock qui bouge ; le chômage de longue durée est un stock qui s'installe. On ne remet pas quelqu'un en mouvement après dix-huit mois comme après trois. Ça se fait — mais ça se prépare autrement, et plus tôt.
Moins de financement, autant de besoins
C'est la tenaille de 2026, et elle explique pourquoi l'amortisseur ne sera pas remplacé par un autre guichet.
D'un côté, l'argent se retire. Les formations financées par le compte personnel de formation tombent à 1 226 000 en 2025, en recul de 11 % sur un an — et la baisse est continue depuis 2021. Le nombre de personnes qui mobilisent leur CPF suit la même pente : 1 110 000, soit −10 %. Sur l'alternance, les crédits de l'État reculent de 36,7 % en deux ans. Et depuis avril 2026, un dossier CPF suppose un reste à charge forfaitaire de 150 €.
De l'autre, les besoins ne bougent pas. Les employeurs déclarent 2 279 500 projets de recrutement pour 2026, dont 43,8 % jugés difficiles à pourvoir. Ce ne sont pas des postes ouverts, ce sont des intentions déclarées — mais elles ne s'effondrent pas, et la difficulté reste largement au-dessus des niveaux des années 2010.
Sources : Dares, « Séries longues : le compte personnel de formation », 26 août 2026, source SI-CPF (Agora), extraction de mars 2026 — pour le CPF. Enquête Besoins en main-d'œuvre 2026, France Travail, France entière [relevé le 2026-09-01] — pour les projets de recrutement. Crédits d'alternance : Jaune budgétaire, détaillé dans l'article lié ci-dessus. Les barres marquent le sens et l'ampleur, elles ne comparent pas des grandeurs de même nature.
Ce que ça change concrètement. Quand l'argent était abondant, une formation qui ne débouchait pas coûtait du temps. Quand il se raréfie, elle coûte un droit qu'on ne rechargera pas de sitôt. Le critère de choix se déplace : il ne s'agit plus de trouver une formation finançable, mais celle dont la certification est reconnue et dont l'insertion se vérifie.
C'est très exactement ce que garantit — ou pas — l'inscription au répertoire national des certifications professionnelles. Un titre professionnel RNCP est adossé à un référentiel d'activités, découpé en blocs évaluables, et son organisme certificateur publie ses taux d'insertion. Une attestation de fin de formation, non. La différence était secondaire tant que le financement absorbait l'erreur ; elle devient décisive maintenant.
Deux repères pour trancher avant de signer : reconnaître une formation réellement inscrite au RNCP ou au RS et ce que Qualiopi garantit — et ce qu'il ne garantit pas.
C'est aussi ce qui replace la formation tout au long de la vie au centre. Non comme un slogan, mais comme la seule mécanique qui reste ouverte quand la porte d'entrée par l'alternance se referme : on se certifie par étapes, à n'importe quel âge, en capitalisant des blocs plutôt qu'en repartant de zéro.
Trois conséquences concrètes
1. Vous entrez sur le marché. La preuve compte plus que le diplôme, et elle compte plus qu'il y a deux ans. Un stage, une mission, un projet documenté, un portfolio : n'importe quoi de vérifiable. Le marché ne vous demande plus votre potentiel, il vous demande vos traces. Fabriquez-en une dans les trois semaines qui viennent, même petite.
2. Vous vous reconvertissez. La fenêtre ne s'est pas fermée, elle s'est déplacée. Santé et hébergement-restauration créent encore des postes ; agriculture, construction et intérim en détruisent. Choisir sa cible est devenu aussi déterminant que choisir sa formation — et ça se décide avant de s'inscrire quelque part, pas après.
3. Vous dirigez ou financez de la formation. Le modèle qui reposait sur le volume de places financées se referme, quel que soit le dispositif. Ce qui va tenir, c'est ce qui démontre une insertion réelle : une certification inscrite au RNCP, des blocs évaluables, et un taux de retour à l'emploi daté et vérifiable. Pas un taux de satisfaction.
Deux précautions de lecture
Millésimes différents. Les chiffres de chômage et d'emploi portent sur le deuxième trimestre 2026. Ceux de tension de recrutement et d'emplois vacants portent sur avril 2026 et le premier trimestre 2026. Un trimestre d'écart : c'est peu, mais ça se signale.
Champs géographiques différents. Depuis la publication du 7 août, l'Insee intègre Mayotte au champ du chômage et a rétropolé toutes ses séries. Les estimations d'emploi et les données Dares restent hors Mayotte. L'effet est faible — environ 0,06 point sur le taux de chômage — mais toute comparaison directe entre les deux doit le mentionner.
Enfin, l'Insee précise elle-même que les contributions des publics de la loi pour le plein emploi à la hausse du chômage sont comptables et non causales : elles ne permettent pas de distinguer l'effet de la loi de l'effet de conjoncture. Aucune conclusion politique n'est donc tirée ici.
Le prochain point est déjà daté
| Date | Publication | Ce qu'elle apporte |
|---|---|---|
| 30 octobre 2026, 8h45 | Insee — estimation flash | Premier chiffre d'emploi salarié du T3 |
| 10 novembre 2026, 7h30 | Insee — enquête Emploi | Chômage, emploi et activité au T3 |
| 27 novembre 2026, 8h45 | Insee — estimations détaillées | Emploi du T3 secteur par secteur |
FAQ
Pourquoi le chômage des jeunes est-il toujours plus élevé que la moyenne ? Parce qu'il mesure une population dont une grande partie est en train d'entrer sur le marché du travail, avec des contrats plus courts et moins d'ancienneté. Le niveau élevé est structurel ; c'est la variation — ici +2,5 points en un an — qui constitue le signal.
Le taux de 21,6 % signifie-t-il qu'un jeune sur cinq est au chômage ? Non. Il rapporte le nombre de jeunes chômeurs à la seule population active de cette tranche d'âge, c'est-à-dire hors étudiants qui ne cherchent pas d'emploi. Rapporté à l'ensemble des 15-24 ans, la proportion est nettement plus basse.
L'alternance reste-t-elle une bonne option en 2026 ? Oui, mais la sélection s'est durcie côté entreprises et le financement public a reculé. Le point de vigilance n'est plus « trouver une formation » mais « sécuriser l'entreprise d'accueil avant de s'engager ».
Si l'alternance recule, par où passer ? Par la formation professionnelle continue certifiante. Un titre professionnel inscrit au RNCP se prépare à tout âge, se découpe en blocs de compétences capitalisables, et n'exige pas de trouver une entreprise d'accueil avant de commencer. C'est la voie qui reste ouverte quand la porte d'entrée par le contrat se referme — et elle se vérifie, référentiel et taux d'insertion à l'appui.
Quels secteurs recrutent encore ? Sur le deuxième trimestre 2026, la santé et l'hébergement-restauration créent des postes. Agriculture, construction et intérim en détruisent.
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Quand le marché se referme, ce n'est pas le meilleur profil qui passe — c'est celui qui a des preuves.
Soyez libre de vos pensées et de vos décisions, toujours.