FINANCEMENT · DISPOSITIF 2026

Se reconvertir sans démissionner

La période de reconversion, créée en 2026 : ce qu'elle permet vraiment, et ce qu'elle ne permet pas.

En clair —

Depuis 2026, un dispositif remplace la Pro-A : la période de reconversion. Elle s'adresse à tout salarié, sans condition d'âge, d'ancienneté ni de diplôme, et finance 150 à 450 heures de formation sur douze mois. Deux formes : interne, votre contrat et votre salaire ne bougent pas ; externe, votre contrat est suspendu et vous signez avec une autre entreprise. Le point à comprendre avant tout le reste : elle suppose l'accord de votre employeur. Sans cet accord, c'est le projet de transition professionnelle qu'il faut regarder — pas celui-ci.

Ce que c'est, et ce qu'elle remplace

La période de reconversion est née de l'article 11 de la loi n° 2025-989 du 24 octobre 2025, qui remplace purement et simplement, dans le code du travail, le chapitre « Reconversion ou promotion par alternance » — la fameuse Pro-A — par un chapitre « Période de reconversion ». Le volet législatif s'applique depuis le 1er janvier 2026, le volet réglementaire depuis le 1er février 2026, avec le décret n° 2026-39 du 28 janvier 2026.

Une précision utile si vous aviez un dossier en cours : les avenants Pro-A signés avant le 1er janvier 2026 restent régis par les anciennes règles. Le législateur a prévu la transition, il n'y a pas eu de vide.

On lit souvent que ce dispositif remplace « la Pro-A et Transitions collectives ». C'est vrai dans les faits, mais pas de la même façon : la Pro-A est abrogée par un texte, tandis que Transco n'a jamais été inscrit dans le code du travail — c'était un dispositif porté par instruction ministérielle, qui s'éteint sans qu'aucun texte ne l'abroge. La nuance compte si vous cherchez une base légale à opposer à quelqu'un.

Qui peut en bénéficier

Le texte est large, et c'est sa principale qualité. L'article L. 6324-1 vise « tout salarié souhaitant bénéficier d'une mobilité professionnelle interne ou externe à l'entreprise ». Pas de condition d'âge. Pas d'ancienneté minimale. Pas de niveau de diplôme requis.

Concrètement, cela ouvre la porte à des profils que les autres dispositifs filtrent : le salarié de 45 ans arrivé sans diplôme, celui qui vient d'être embauché et découvre que le métier ne lui convient pas, celui dont le poste va disparaître et qui le sait avant tout le monde. Si vous vous reconnaissez, les pages reconversion à 40 ans, à 50 ans et sans diplôme précisent ce que ça change dans la construction du projet.

Il y a en revanche une condition que le texte ne dit pas en ces termes, et qui décide de tout : l'accord de votre employeur. La période de reconversion se formalise par un accord écrit entre vous et lui. Ce n'est pas un droit que vous exercez seul.

Interne ou externe : deux réalités sous un même nom

Le même dispositif recouvre deux situations qui n'ont presque rien à voir. C'est le point que je vois le plus mal compris.

Comparaison des deux formes de période de reconversion : interne et externe.
Reconversion interneReconversion externe
Votre contratMaintenu chez votre employeurSuspendu
Votre salaireInchangéCelui du nouveau contrat
Où vous travaillezDans votre entreprise, sur un autre métierDans une entreprise d'accueil
Le contrat d'accueilCDI, ou CDD d'au moins six mois, avec période d'essai
Votre CPF, si vous le mobilisezAu plus la moitié de vos droitsNon plafonné

La forme interne sert une mobilité dans la même maison : on vous forme à un autre métier, vous restez salarié, rien ne change financièrement pendant la formation. La forme externe est un vrai changement d'employeur, avec la sécurité d'un contrat d'origine simplement suspendu — et donc un filet si l'essai ne se transforme pas.

Combien de temps

Entre 150 et 450 heures, réparties sur douze mois maximum (article L. 6324-4). Un accord d'entreprise ou de branche peut allonger : jusqu'à 2 100 heures sur trente-six mois.

Ce format n'est pas anodin. 450 heures, c'est l'ordre de grandeur d'un titre professionnel court ou d'un bloc de compétences — pas d'une formation d'appoint de trois jours. La période de reconversion vise l'acquisition d'une qualification ou d'un ou plusieurs blocs de compétences, ce qui suppose un projet déjà cadré. C'est exactement le travail à faire avant de demander quoi que ce soit à son employeur.

Ce que ça coûte, et qui paie

Les frais pédagogiques sont pris en charge par l'OPCO de votre entreprise. Le montant dépend de ce que votre branche professionnelle a fixé. Si elle n'a rien fixé, un forfait supplétif s'applique : 9,15 € de l'heure (article D. 6332-90). Sur 450 heures, cela représente un peu plus de 4 100 € — mais seulement en l'absence de barème de branche.

Le chiffre de 5 000 € qui circule — attention —

Vous lirez que le dispositif est « financé 5 000 € en moyenne ». Ce n'est pas un droit, et ce n'est pas un plafond par dossier. Le décret fixe à chaque OPCO un montant moyen de prise en charge de 5 000 € à tenir sur l'ensemble de son portefeuille de périodes de reconversion. Autrement dit : c'est une contrainte de gestion imposée à l'organisme financeur, pas une somme qui vous serait due. Votre dossier peut valoir bien moins — ou bien plus.

Les frais annexes — hébergement, restauration, transport — et le maintien de la rémunération ne sont pris en charge que si un accord collectif ou une décision de votre employeur le prévoit (article L. 6332-14-1). En l'absence d'accord, l'OPCO ne finance que la formation elle-même. C'est la première question à poser, avant même de choisir un organisme.

Compléter avec son CPF

Le CPF peut cofinancer une période de reconversion, avec votre accord — l'employeur ne peut pas puiser dans votre compte sans vous (article L. 6324-10).

Deux règles, souvent mal rapportées. En reconversion interne, le montant mobilisé ne peut pas dépasser la moitié des droits inscrits sur votre compte. En externe, il n'est pas plafonné. Retenez bien que ce plafond porte sur vos droits acquis, pas sur le coût de la formation : si votre compte affiche 2 000 €, vous pouvez en mobiliser 1 000 en interne, quel que soit le prix de la formation.

Depuis le 2 avril 2026, la mobilisation du CPF suppose par ailleurs un reste à charge de 150 € (décret n° 2026-234 du 30 mars 2026). Il n'est dû ni par les demandeurs d'emploi, ni lorsque l'employeur abonde votre compte — ce qui, dans le cadre d'une période de reconversion, est précisément le cas de figure à négocier.

La démarche, étape par étape

  1. Cadrer le projet. Métier visé, certification, durée réaliste. Sans ça, l'entretien avec l'employeur tourne court.
  2. Obtenir l'accord écrit de l'employeur. Il précise les modalités d'organisation et la durée, et — point à ne pas oublier — la prise en charge éventuelle des frais annexes et de la rémunération.
  3. Déposer le formulaire Cerfa n° 17613*01 auprès de l'OPCO, dans sa version interne ou externe.
  4. Attendre la décision. L'OPCO dispose de vingt jours à compter de la réception du dossier complet pour se prononcer (article R. 6324-2).

Vingt jours, c'est court comparé aux calendriers de commission d'un PTP. C'est l'un des vrais avantages du dispositif — à condition que l'accord employeur soit déjà là.

En Nouvelle-Aquitaine et dans la Vienne

248 800 projets de recrutement en 2026 (−8 % sur un an)
Nouvelle-Aquitaine (régional)
16 090 projets de recrutement en 2026 dans la Vienne, dont 46,9 % jugés difficiles
Vienne (86)

Un mot sur la lecture de ces chiffres, parce qu'ils sont systématiquement mal repris. Un projet de recrutement est une intention d'embauche déclarée par un employeur — ni un poste ouvert, ni une embauche réalisée. Et « jugés difficiles » signifie difficiles selon l'employeur qui répond, pas objectivement en tension.

Cela dit, deux faits locaux méritent d'être connus avant de choisir un métier cible. D'abord, la Vienne recule beaucoup moins que sa région : −3 % de projets sur un an, contre −8 % en Nouvelle-Aquitaine. Ensuite, à l'intérieur du département, la difficulté n'est pas là où on l'imagine — Châtellerault déclare 57,8 % de projets difficiles contre 43,4 % à Poitiers. Quatorze points d'écart à quarante kilomètres : le bassin compte autant que le métier. C'est le sujet de la page les métiers qui recrutent autour de Poitiers.

Une mise en garde, enfin, sur un secteur qu'on cite trop vite. L'informatique n'est pas un secteur en tension dans la Vienne : les services aux entreprises y affichent le taux de difficulté le plus bas du département, et la DARES mesure au niveau national que c'est le domaine où la tension a le plus reculé. Cela n'enlève rien à l'intérêt des métiers du numérique — voyez le TIP — mais un projet ne se justifie pas par une tension qui n'existe pas. Les difficultés déclarées se concentrent ailleurs : construction, santé et social, industrie, hôtellerie-restauration.

Période de reconversion ou projet de transition professionnelle ?

Comparaison entre la période de reconversion et le projet de transition professionnelle.
Période de reconversionProjet de transition professionnelle
Qui décideAccord employeur indispensableÀ votre initiative
Ancienneté exigéeAucuneOui, conditions d'activité antérieure
Qui instruitVotre OPCOTransitions Pro Nouvelle-Aquitaine
Délai20 jours après dossier completCalendrier de commissions
Durée de formation150 à 450 h sur 12 moisJusqu'à 24 mois
Votre rémunérationMaintenue en interne ; contrat d'accueil en externeMaintenue, selon barème

La question se tranche donc sur un point unique : votre employeur est-il d'accord ? S'il l'est, la période de reconversion est plus simple, plus rapide, et ne consomme pas vos droits comme le ferait un PTP. S'il ne l'est pas — ou si votre projet le concerne peu, parce que vous voulez changer de secteur — le PTP instruit par Transitions Pro Nouvelle-Aquitaine reste la voie. Les deux se comparent dans le guide complet du financement, et le simulateur vous donne les dispositifs correspondant à votre statut.

Questions fréquentes

Sources

La méthode de sourçage appliquée sur ce site est décrite sur la page Sources et méthodologie.

Votre employeur dira oui si le projet tient debout

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