En octobre 2026, France Travail Nouvelle-Aquitaine a publié quatre pages de chiffres sur le secteur de la construction. Cap Métiers les a relayées le 29 octobre sous un titre simple : 9 % de l'emploi salarié de la région. Le chiffre qui m'a arrêté se trouve ailleurs, à la deuxième page. Le secteur perd des salariés, et il embauche toujours autant.
Moins de salariés, autant de recrutements
Fin 2025, la construction comptait 21 000 établissements et 137 300 salariés en Nouvelle-Aquitaine. C'est 2,1 % de moins qu'en 2024, quand l'ensemble des secteurs ne perdait que 0,7 %. L'intérim recule plus vite encore : 11 900 emplois intérimaires, en baisse de 10,8 % sur un an, contre 3,0 % pour l'ensemble de l'intérim.
Les embauches, elles, tiennent. Entre septembre 2025 et août 2026, les entreprises du secteur ont réalisé 49 700 recrutements hors intérim, 0,3 % de plus qu'un an plus tôt. Sur la même période, France Travail a enregistré 44 600 offres d'emploi dans les métiers de la construction, en hausse de 1,7 %, alors que l'ensemble des offres reculait de 7,9 %. La construction représente ainsi 13 % des offres collectées par France Travail dans la région.
| Évolution sur un an | Construction | Ensemble des secteurs |
|---|---|---|
| Salariés (fin 2025) | −2,1 % | −0,7 % |
| Emploi intérimaire | −10,8 % | −3,0 % |
| Recrutements hors intérim (sept. 2025 à août 2026) | +0,3 % | +4,5 % |
| Offres d'emploi enregistrées par France Travail (même période) | +1,7 % | −7,9 % |
Source : France Travail Nouvelle-Aquitaine, « Les chiffres clés du secteur de la construction en Nouvelle-Aquitaine », octobre 2026, d'après l'Acoss, la DREETS et France Travail [consultée le 2026-11-03].
Le tableau se lit dans les deux sens. Le secteur embauche moins vite que le reste de l'économie régionale, dont les recrutements progressent de 4,5 %. Mais ses offres résistent quand celles des autres secteurs reculent. 49 700 embauches pour un secteur qui ne grandit pas, c'est beaucoup de mouvement : une bonne part des recrutements remplace des départs. La note ne détaille pas ces départs. Elle montre seulement que la porte d'entrée reste ouverte.
Les cinq métiers que cherchent les employeurs
Sur les douze derniers mois, cinq métiers concentrent un tiers des offres de la construction. Le maçon arrive en tête, avec 10 % des offres à lui seul. J'ai rapproché chacun d'eux du titre professionnel qui y prépare, et du salaire médian que publie la Dares pour la famille de métiers la plus proche.
| Métier recherché | Part des offres | Titre professionnel (niveau 3, actif) | Salaire mensuel net médian |
|---|---|---|---|
| Maçon | 10 % | TP Maçon | 1 994 € (maçons qualifiés) |
| Manœuvre du bâtiment et des travaux publics | 7 % | Aucun titre exigé à l'entrée | 1 737 € (maçons peu qualifiés), 1 780 € (ouvriers peu qualifiés des travaux publics) |
| Électricien du bâtiment | 7 % | TP Électricien d'équipement du bâtiment | 1 984 € (ouvriers qualifiés en électricité du bâtiment) |
| Conducteur d'engins de chantier | 5 % | TP Conducteur d'engins de chantiers urbains ou de grands terrassements | 2 050 € (conducteurs d'engins du BTP) |
| Couvreur | 4 % | TP Couvreur-zingueur | 2 000 € (couvreurs) |
Sources : part des offres enregistrées par France Travail entre septembre 2025 et août 2026, note d'octobre 2026 ; titres professionnels relus sur les fiches de France compétences, tous actifs et de niveau 3 [consultées le 2026-11-03] ; salaires : Dares, Portrait statistique des métiers, salaire mensuel net médian des salariés à temps complet, niveau national, moyenne 2023-2025 [consulté le 2026-11-03]. Un salaire médian n'est pas un salaire d'embauche : la moitié des salariés du métier gagnent moins, l'autre moitié plus, tous âges confondus.
Ce tableau dit une chose simple. Le métier le plus demandé a deux visages. Maçon peu qualifié, il se paie 1 737 € net par mois en médiane ; maçon qualifié, 1 994 €. L'écart entre les deux groupes, 257 € par mois, ne mesure pas à lui seul ce que vaut un titre, puisque l'âge et l'ancienneté jouent aussi. Il dit pourtant dans quel sens va le marché : 62 % des offres de la construction visent un poste d'ouvrier qualifié.
Un autre argument mérite d'être posé à côté. Dans le classement de l'Organisation internationale du travail publié en mai 2025, les professions les plus proches de ces cinq métiers (maçons, électriciens du bâtiment, couvreurs, conducteurs d'engins de terrassement, manœuvres du bâtiment) figurent toutes dans la catégorie « non exposée » à l'IA générative. J'ai détaillé ce classement dans ma page sur l'IA et la reconversion, et ce qu'il change pour choisir un métier dans le guide des métiers qui résisteront à l'IA.
Intérim, CDI, petites entreprises : comment on y entre
Une embauche sur deux se fait en CDI. 71 % des recrutements portent sur un emploi de plus de six mois, CDI et CDD longs réunis.
Source : France Travail Nouvelle-Aquitaine, octobre 2026, d'après l'Acoss : recrutements hors intérim, de septembre 2025 à août 2026 [consultée le 2026-11-03]. Les barres sont proportionnelles à la valeur sur 100 %.
Les offres racontent une autre histoire. 51 % des offres enregistrées par France Travail dans ces métiers sont des missions d'intérim, 44 % des contrats de plus de six mois, et 99 % sont à temps complet. Une offre sur deux passe donc par une agence d'intérim : c'est souvent la première porte qui s'ouvre. Elle ne garantit rien pour la suite, et l'emploi intérimaire du secteur a reculé de près de 11 % en un an.
Dernier trait, décisif pour qui cherche : 84 % des établissements emploient moins de 10 salariés, et 38 % des salariés du secteur y travaillent, contre 26 % tous secteurs confondus. Dans une structure de cette taille, c'est souvent le dirigeant qui recrute lui-même, et la preuve du geste y pèse plus qu'un CV.
Ce que ces chiffres disent à un adulte
Le portrait des recrutés est net : 90 % sont des hommes, et 38 % ont moins de 26 ans. Lu à l'envers, cela veut dire que six recrutés sur dix ont 26 ans ou plus. Le secteur n'embauche pas que des jeunes sortis d'un CAP ; un adulte en reconversion n'y fait pas figure d'exception. Une femme, en revanche, reste rare : une recrue sur dix.

Du côté des demandeurs d'emploi, 30 800 personnes étaient inscrites fin juin 2026 sur un métier de la construction, en catégories A, B et C. Elles sont plus souvent titulaires d'un CAP ou d'un BEP (43 %, contre 28 % pour l'ensemble des demandeurs d'emploi) et plus souvent qualifiées (56 %, contre 50 %). Autrement dit, des personnes formées cherchent du travail dans un secteur qui recrute. Le diplôme ne suffit donc pas. Ce qui fait la différence se joue ailleurs.
Un frein inattendu : le numérique
32 % de ces demandeurs d'emploi déclarent au moins un frein périphérique à l'emploi, contre 26 % pour l'ensemble. Le premier d'entre eux n'est ni la santé ni la mobilité. C'est l'exclusion numérique, déclarée par 23 % d'entre eux, contre 15 % en moyenne. La santé, elle, est citée moins souvent qu'ailleurs : 4 %, contre 6 %.

Ce chiffre est pour moi le plus parlant de la note. On imagine que tout se joue sur le chantier. Mais une candidature, une inscription en formation, un échange avec une agence d'intérim passent désormais par un écran. Un frein numérique ne se voit pas sur un CV, et il ferme pourtant l'accès aux offres. Si c'est votre cas, dites-le à votre conseiller : ce frein se travaille, comme un geste de métier.
Ce que je retiens pour une reconversion
Trois points, pour un adulte qui regarde le bâtiment.
- Visez le métier qualifié, pas seulement l'entrée rapide. Un poste de manœuvre s'obtient vite, mais 62 % des offres demandent un ouvrier qualifié, et c'est là que le salaire médian monte.
- Passez par un titre professionnel de niveau 3, et faites-le financer avant de vous engager. Demandez à l'organisme la durée, la part de pratique et la période en entreprise : elles varient d'un centre à l'autre. Les voies de financement sont détaillées dans la page sur le financement de la reconversion, et les portes d'entrée pour un adulte dans l'article sur l'apprentissage d'un métier du bâtiment.
- Traitez le numérique comme une compétence du métier. Savoir candidater en ligne, suivre un planning partagé ou répondre à une agence d'intérim fait partie de l'employabilité, au même titre que le geste.
Une précaution : ces chiffres valent pour toute la région. La note ne donne rien par département. Avant de vous décider, regardez les offres de votre bassin, puis parlez-en avec un conseiller.
Le bâtiment ne promet pas une reconversion facile. Il offre quelque chose de plus rare : des embauches réelles, pour qui accepte d'apprendre le geste et d'en faire la preuve.
Pour aller plus loin :
- Faire mon bilan gratuit · 3 min
- Les métiers qui recrutent et les métiers de reconversion
- Financer sa reconversion
- Bâtiment : apprendre un métier concret à l'âge adulte
- BTP et rénovation énergétique en Gironde : cinq métiers
- Transport et mobilités en Nouvelle-Aquitaine : 22 390 recrutements en 2026
Sources : France Travail Nouvelle-Aquitaine, « Les chiffres clés du secteur de la construction en Nouvelle-Aquitaine », octobre 2026, 4 pages, d'après l'Insee, l'Acoss, la DREETS et France Travail [consultée le 2026-11-03], relayée par Cap Métiers Nouvelle-Aquitaine le 29 octobre 2026 ; France compétences, fiches RNCP41907, RNCP37442, RNCP36101, RNCP42797 et RNCP42764 [consultées le 2026-11-03] ; Dares, Portrait statistique des métiers, salaire mensuel net médian, 2023-2025 [consulté le 2026-11-03] ; OIT, Generative AI and Jobs: A Refined Global Index of Occupational Exposure, Working Paper 140, mai 2025, tableau A1 (professions CITP 7112, 7411, 7121, 8342 et 9313) [consulté le 2026-11-03].