Le 9 octobre 2026, Cap Métiers Nouvelle-Aquitaine a publié deux synthèses sur la filière des transports, de la logistique, des services de l'automobile et des mobilités. Un chiffre y paraît d'abord rassurant. Il mérite pourtant d'être lu de près.
Ce que la filière pèse en Nouvelle-Aquitaine
Selon la synthèse, la filière rassemble 206 500 professionnels, soit 8 % de l'emploi régional. Elle se répartit entre le transport (39 %), la logistique (36 %) et les services de l'automobile (24 %). Plus de 14 400 établissements en dépendent, dont une majorité de TPE et de PME : on parle donc de petites structures, plus que de grands groupes.
Les conditions d'emploi y sont plus stables que la moyenne régionale. 80 % des professionnels sont en CDI, contre 71 % tous métiers confondus, et 90 % travaillent à temps complet, contre 85 %. Les femmes y représentent 20 % des effectifs, contre 49 % dans la région, avec de fortes différences selon les métiers : 3 % chez les réparateurs de véhicules et les carrossiers, 60 % chez les responsables administratifs et commerciaux.
Source : Cap Métiers Nouvelle-Aquitaine, synthèse « Cap sur l'Essentiel » sur les métiers du transport, de la logistique, des services de l'automobile et des mobilités, publiée le 9 octobre 2026 [consultée le 2026-10-10]. Les barres sont proportionnelles à la valeur sur 100 %.
47 % de postes difficiles : moins que la moyenne
La synthèse recense 22 390 projets de recrutement pour 2026, soit 9 % de ceux de la région. Parmi eux, 47 % sont jugés difficiles à pourvoir. La moyenne régionale, tous métiers confondus, est de 50 %. La filière est donc un peu moins en tension que la région dans son ensemble. Le chiffre est utile, mais il ne dit pas tout.
Un « projet de recrutement » est une intention d'embauche déclarée par un employeur au moment de l'enquête. Ce n'est ni une offre publiée, ni un contrat signé. Un projet peut être abandonné, ou reformulé plus tard. Le chiffre mesure donc une demande exprimée, pas un nombre de places garanties pour celui qui cherche un emploi. Ce n'est pas un défaut de la synthèse : c'est ce que l'enquête mesure.
Le lieu compte aussi. La synthèse indique que 29 % des projets sont déclarés en Gironde, 12 % en Charente-Maritime et 11 % dans les Landes. Elle relie cette répartition à la densité économique, aux axes de circulation, à la présence de plateformes logistiques et aux bassins de consommation. La demande suit donc les flux : elle est plus concentrée là où il y a des entrepôts, des routes et des villes.
Les métiers où les employeurs peinent
Le chiffre global cache deux réalités opposées. D'un côté, les métiers les plus recherchés sont des postes peu qualifiés : la synthèse cite les manutentionnaires et déménageurs peu qualifiés, puis les magasiniers et préparateurs de commandes peu qualifiés. De l'autre, les métiers que les employeurs jugent les plus difficiles à pourvoir sont, pour une bonne part, qualifiés.
| Métier cité par la synthèse | Ce que la synthèse en dit | Diplôme ou formation cité |
|---|---|---|
| Manutentionnaires et déménageurs peu qualifiés | Parmi les plus recherchés | Poste peu qualifié, aucun diplôme cité |
| Magasiniers et préparateurs de commandes peu qualifiés | Parmi les plus recherchés | Poste peu qualifié, aucun diplôme cité |
| Carrossiers-peintres automobiles | Parmi les difficiles à pourvoir | CAP Carrossier-peintre automobile |
| Conducteurs de transport en commun sur route | Parmi les difficiles à pourvoir | TP Conducteur de transport en commun sur route |
| Cadres des transports et du tourisme | Parmi les difficiles à pourvoir | Non précisé dans la synthèse |
Ce tableau dit l'essentiel. Entrer par un poste peu qualifié est possible, et c'est là que la demande se voit le plus. Mais un poste de carrossier-peintre ou de conducteur de transport en commun passe par une formation précise, et c'est justement là que les employeurs peinent. Pour une reconversion, la bonne question n'est donc pas « est-ce que ça recrute ? », mais « qu'est-ce qu'il faut savoir faire pour être recruté là où ça recrute le plus difficilement ? ». J'ai posé le même raisonnement pour la logistique dans l'article sur la logistique comme passerelle de reconversion.
Un CAP suffit-il ? Ce que disent les chiffres
La synthèse donne une réponse partielle. 37 % des professionnels de la filière ont un niveau CAP, contre 23 % en moyenne régionale. Le CAP est donc une porte d'entrée fréquente, pas une exception. Les parcours sont nombreux : plus de 180 certifications mènent à ces métiers, du CAP au Bac+2, avec des accès par la voie scolaire, l'apprentissage, la formation continue et la reconversion.
Pour qui doit se former sans attendre, deux chiffres comptent. Plus de 6 100 demandeurs d'emploi sont entrés en formation financée par France Travail dans ces métiers. Et le programme régional de formation certifiante a vu près de 4 300 candidatures validées, avec un taux de candidatures retenues élevé, de 73 %. Ce sont des voies financées, mais une candidature validée n'est pas une place acquise : renseignez-vous auprès de votre conseiller France Travail sur les délais et les conditions.
Le chiffre d'insertion doit aussi être lu avec précaution. Six mois après la sortie de formation, 66 % des apprentis sont en emploi, contre 65 % toutes formations confondues, d'après les données Depp-Dares citées par la synthèse. Ce chiffre porte sur des jeunes en apprentissage. Il ne se transpose pas tel quel à un adulte en reconversion : il indique seulement que les formations de la filière mènent à l'emploi dans des proportions comparables à l'ensemble.
Ce que je retiens pour une reconversion
Trois points, pour un adulte qui hésite entre ces métiers.
- Lisez un projet de recrutement comme une intention, pas comme une place disponible. Le chiffre sert à repérer une tendance, il ne promet aucun emploi.
- Choisissez le métier selon l'entrée qu'il demande. Les postes peu qualifiés s'ouvrent vite, mais ils ne mènent pas toujours loin. Les postes qualifiés demandent un diplôme ou une formation, et c'est là que les employeurs peinent le plus.
- Demandez qui finance la formation avant de vous engager. France Travail, la Région ou un employeur : la synthèse montre que ces voies existent dans la filière.
La synthèse ne dit rien du salaire d'entrée de chaque métier, ni de la durée réelle d'un parcours. Ces deux points se vérifient sur la fiche de chaque métier, puis auprès d'un conseiller de votre bassin, avant toute décision.
Pour aller plus loin :
- Faire mon bilan gratuit · 3 min
- Les métiers qui recrutent et les métiers de reconversion
- Financer sa reconversion
- La logistique, vraie passerelle de reconversion
- Formation rémunérée en reconversion
- Les métiers qui recrutent en Nouvelle-Aquitaine (2025)
Source : Cap Métiers Nouvelle-Aquitaine, « Les métiers du transport, logistique, services automobiles et mobilités », publication du 9 octobre 2026, synthèse « Cap sur l'Essentiel » (4 pages) [consultée le 2026-10-10]. Les projets de recrutement proviennent de l'enquête Besoins en main-d'œuvre de France Travail, citée par la synthèse.