On me pose toujours la même question, et je n'ai jamais eu de bonne réponse à lui donner. Elle arrive vers la fin du premier entretien, quand la personne a fini de dérouler son projet et qu'elle reprend son souffle. « Et concrètement, ça marche, une formation ? »
Ce que j'avais à offrir jusqu'ici, c'étaient des taux d'insertion. Ceux des organismes de formation, publiés par les organismes de formation. Vous voyez le problème. Un chiffre produit par celui qui vous vend la chose ne vous apprend rien, sinon qu'il sait compter ses réussites.
Une étude parue cet été change un peu la donne. Pas parce qu'elle est neutre — elle ne l'est pas, et j'y reviens — mais parce qu'elle fait quelque chose que presque personne ne fait dans ce secteur : elle compare des gens qui se sont formés à des gens qui ne se sont pas formés.
- Ce que l'étude a mesuré, et comment
- Les écarts, chiffre par chiffre
- Quatre ans pour rembourser l'argent public
- Qui paie l'étude, et pourquoi ça compte
- Ce que l'étude ne dit pas
- Ce que ça change pour vous
Le Synofdes, syndicat qui réunit environ 10 000 organismes de formation de l'économie sociale, a fait réaliser par le cabinet Koreis une étude sur les effets de la formation professionnelle. Elle a été publiée le 22 juillet 2026 et relayée le 2 septembre par Cap Métiers Nouvelle-Aquitaine. Sa méthode compare des personnes sorties de formation en 2024 à un groupe témoin qui ne s'est pas formé. Les écarts sont nets. Ils sont aussi produits par une organisation qui défend les organismes de formation, et je dirige moi-même l'un d'eux : lisez la suite avec ça en tête.
Ce que l'étude a mesuré, et comment
Deux travaux distincts, qu'il faut séparer pour comprendre ce qu'on peut en tirer.
Le premier est une enquête par questionnaire. D'un côté, un échantillon de personnes sorties de formation professionnelle en 2024. De l'autre, un échantillon témoin de personnes qui n'ont suivi aucune formation au cours des deux dernières années. On pose les mêmes questions aux deux groupes, et on regarde l'écart. C'est cette comparaison qui fait tout l'intérêt du travail : un taux d'insertion tout seul ne dit rien, parce qu'on ignore ce qu'aurait fait la même personne sans la formation.
Le second est une analyse coûts-bénéfices pour les finances publiques. Elle ne repose pas sur des déclarations mais sur des données publiques — celles de la DARES et du Céreq — à partir desquelles le cabinet a modélisé les trajectoires d'insertion de personnes formées et de groupes témoins aux caractéristiques comparables, puis chiffré ce que ces trajectoires rapportent et coûtent à la puissance publique.
S'y ajoutent des entretiens qualitatifs, menés auprès de personnes formées et d'acteurs de terrain : chambres de métiers, missions locales, France Travail, un département, une région, une grande entreprise.
Les écarts, chiffre par chiffre
Voici ce que donne la comparaison entre les deux groupes. Chaque ligne est un écart entre des personnes formées et des personnes qui ne l'ont pas été, sur les deux dernières années.
| Ce qu'on mesure | Formés | Non-formés | Écart |
|---|---|---|---|
| Ont un projet professionnel défini | 74 % | 50 % | +24 points |
| Ont vu leurs revenus augmenter | 52 % | 30 % | +22 points |
| Trouvent leur travail excitant | 79 % | 62 % | +17 points |
| Se sentent capables de changer d'emploi | 71 % | 50 % | +21 points |
<p class="obs-table-note">Source : étude Synofdes × Koreis, juillet 2026, enquête auprès de personnes sorties de formation en 2024 et d'un groupe témoin. Chiffres tels que publiés par le Synofdes et repris par Cap Métiers Nouvelle-Aquitaine. Consulté le 3 septembre 2026.</p>
Deux autres chiffres, hors comparaison directe. Quatre-vingt-dix pour cent des formés estiment que la formation leur a permis de développer des compétences en lien avec le métier qu'ils exercent ou visent. Et quatre-vingt-huit pour cent de ceux qui ont trouvé un emploi estiment que leur formation y a contribué.
Sur l'alternance, l'étude mobilise les données du Céreq : dix-huit mois après leur sortie de formation, 81 % des apprentis sont en emploi, contre 71 % des jeunes issus de la voie scolaire. C'est un écart de dix points, sur une population comparable en âge et en niveau. Il rejoint ce que montrait la publication de l'Insee du deuxième trimestre, dont j'ai parlé dans l'article sur le chômage des jeunes : l'alternance amortit, et quand elle recule, ce sont les jeunes qui encaissent.
Quatre ans pour rembourser l'argent public
C'est la partie la plus intéressante, et la moins commentée.
Quand l'État finance la formation d'un demandeur d'emploi, il dépense. Mais si cette personne retrouve un emploi plus vite et plus durablement, elle paie de la TVA, des cotisations, de l'impôt, et elle cesse de percevoir des allocations. L'étude a chiffré ce solde.
Le résultat : pour un demandeur d'emploi, les retombées fiscales compensent le coût public de la formation environ quatre ans après son début. Pour un apprenti, comparé à un jeune passé par la voie scolaire, il faut environ cinq ans pour que le surcoût de l'apprentissage soit compensé.
Quatre ans, ce n'est ni court ni long — c'est simplement plus long qu'un exercice budgétaire. Et c'est là que le chiffre devient politique. Un budget se vote pour un an. Un investissement qui se rembourse en quatre ne rentre dans aucune case comptable annuelle, ce qui explique pourquoi on peut couper les crédits de formation sans que le coût de la coupe apparaisse nulle part avant longtemps. J'ai raconté ce mécanisme à propos de la suppression de places de formation en Nouvelle-Aquitaine.
Qui paie l'étude, et pourquoi ça compte
Le Synofdes est un syndicat d'employeurs. Il représente environ 10 000 organismes de formation de l'économie sociale, qui emploient 111 000 salariés. Cette étude sert son plaidoyer : elle dit que ce que font ses adhérents est utile aux personnes et rentable pour l'État.
Ce n'est pas une raison de la jeter. C'est une raison de la lire autrement.
Une étude commanditée n'est pas une étude fausse. Elle est orientée par sa question : on a demandé à un cabinet de mesurer les impacts, pas de chercher les cas où la formation ne sert à rien. Vous ne trouverez donc dans ce travail aucune estimation du nombre de formations sans effet, aucun chiffre sur les abandons, aucune comparaison entre organismes. Ce n'était pas la commande.
Ce qui rend malgré tout ce travail utilisable, c'est sa méthode : le groupe témoin, et le recours à des données publiques indépendantes pour la partie économique. Un plaidoyer qui s'appuie sur les données de la DARES et du Céreq prend le risque d'être vérifié. C'est déjà beaucoup plus que la moyenne du secteur. Si vous voulez la méthode complète pour évaluer ce genre de publication, elle est dans l'article sur les sources statistiques fiables.
Ma propre position, puisqu'elle compte ici : je dirige un organisme de formation. Je fais partie du secteur dont cette étude dit du bien. C'est pour ça que je vous donne le nom du commanditaire avant les chiffres, et pas après.
Ce que l'étude ne dit pas
Trois limites, qu'aucune des reprises de presse ne mentionne.
Le groupe témoin n'est pas tiré au sort. Les personnes qui se forment ne sont pas identiques à celles qui ne se forment pas : elles sont souvent plus mobiles, mieux informées, plus décidées. Une partie de l'écart mesuré tient à ce qu'elles étaient déjà, pas à la formation. L'étude ne permet pas de dire quelle part.
Les réponses sont déclaratives. « J'ai vu mes revenus augmenter » n'est pas un bulletin de paie. « Je trouve mon travail excitant » est un ressenti, mesuré chez des gens qui viennent d'investir des mois dans un projet — et personne n'aime dire que ça n'a servi à rien.
Aucune distinction entre les formations. Un titre professionnel de neuf mois et un module de deux jours sont dans le même sac. Or c'est précisément la question que se pose la personne assise en face de moi : pas « la formation, ça marche ? », mais « celle-là, pour moi, maintenant ? ». Sur ce point, l'étude ne dit rien, et se tromper de formation reste le risque principal.
Ce que ça change pour vous
Trois choses concrètes, si vous hésitez à vous engager.
Le premier écart n'est pas l'emploi, c'est la clarté. Soixante-quatorze pour cent des formés déclarent avoir un projet professionnel défini, contre la moitié des non-formés. C'est l'écart le plus large du tableau, et c'est cohérent avec ce que je vois : les gens ne sortent pas de formation seulement avec une compétence, ils en sortent en sachant ce qu'ils veulent. Beaucoup ne le savaient pas en entrant. C'est d'ailleurs pour ça que je fais commencer par la clarté et pas par le catalogue.
Le revenu bouge, mais pas tout de suite. Un formé sur deux voit ses revenus augmenter sur deux ans, contre trois non-formés sur dix. C'est réel, et c'est lent. Si votre projet suppose une hausse de salaire dans les six mois, ce n'est pas ce que dit cette étude. Le panorama des dispositifs de formation professionnelle pour adultes vous dira ce qui est finançable, et la page sur le financement qui paie quoi selon votre statut — parce que la question du reste à vivre pendant la transition se règle avant, pas après.
L'argument public existe, servez-vous-en. Si vous montez un dossier auprès d'un financeur, vous pouvez désormais citer autre chose que votre motivation : une étude qui chiffre le retour sur investissement public à quatre ans. Ce n'est pas un argument décisif. C'en est un de plus, et il est vérifiable.
FAQ — Est-ce que se former en vaut la peine ?
Cette étude prouve-t-elle que la formation fait retrouver un emploi ? Non, et elle ne le prétend pas. Elle mesure des écarts entre deux groupes qui n'ont pas été tirés au sort. Elle montre une corrélation forte et documentée, pas une démonstration de cause à effet.
Pourquoi citer une étude commandée par un syndicat d'organismes de formation ? Parce que sa méthode est publiée et que sa partie économique s'appuie sur des données publiques vérifiables. Une source intéressée n'est pas disqualifiée si elle expose sa méthode — elle est simplement à lire en sachant qui parle.
Quatre ans pour rembourser, c'est bien ou mal ? C'est à comparer à d'autres dépenses publiques, pas dans l'absolu. Le point qui compte est ailleurs : un retour à quatre ans ne se voit pas dans un budget annuel, ce qui rend les coupes indolores à court terme et coûteuses ensuite.
Où trouver les chiffres d'origine ? Sur le site du <a href="https://synofdes.org/actualites/formation-professionnelle-notre-etude-inedite-rend-compte-de-ses-impacts-concrets-au-service-de-toutes-et-tous/" target="_blank" rel="noopener">Synofdes</a>, qui publie les enseignements clés, et dans la reprise de <a href="https://pro.cap-metiers.fr/formation-vae/etude-impact-formation-professionnelle/" target="_blank" rel="noopener">Cap Métiers Nouvelle-Aquitaine</a>. Les données publiques mobilisées viennent de la DARES et du Céreq.
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