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Chômage : ce que le chiffre dit vraiment

+0,8 % de demandeurs d'emploi en catégorie A au 2e trimestre 2026. France Travail publie aussi une série corrigée, quasi stable. Et la Nouvelle-Aquitaine, elle, fait deux fois moins bien.

Chômage : ce que le chiffre dit vraiment

Mardi 28 juillet, la DARES et France Travail ont publié les chiffres des inscrits du deuxième trimestre 2026. En quelques heures, les titres sont tombés : « le chômage repart à la hausse », « plus de 5,8 millions d'inscrits ».

Les chiffres cités sont exacts. La lecture, elle, mérite d'être reprise — pour trois raisons.

La première, c'est que la même publication contient une seconde série, presque jamais citée, qui raconte un trimestre différent. La deuxième, c'est qu'un des titres les plus repris parle de « taux de chômage » alors qu'il s'agit d'autre chose. Et la troisième, la plus importante si vous vivez ici : la Nouvelle-Aquitaine décroche deux fois plus vite que la moyenne nationale — et ça, aucun titre national ne le dit.

En clair —

Le nombre de demandeurs d'emploi en catégorie A augmente de 0,8 % au 2e trimestre 2026 (+27 900), à 3 323 000 personnes en moyenne sur le trimestre. Mais la DARES publie aussi une série qui neutralise les inscriptions automatiques de nouveaux publics (loi pour le plein emploi) : sur ce champ, la catégorie A est quasiment stable (−0,1 %), et même en légère baisse (−0,2 %) une fois corrigée des effets du décret sanction. Deux nuances essentielles, cependant : la hausse est bien réelle pour les jeunes (+5,9 % sur un an), tandis que les 50 ans et plus sont la seule tranche en baisse ; et en Nouvelle-Aquitaine, la catégorie A progresse de +1,7 % sur le trimestre, soit plus du double du national — avec la Vienne en tête des hausses annuelles régionales (+8,8 %).

1. Les chiffres officiels, sans habillage

Voici ce que dit la publication de la DARES (Dares Indicateurs n°33, juillet 2026), en moyenne sur le 2e trimestre 2026, France hors Mayotte :

IndicateurEffectif moyen T2 2026Sur le trimestreSur un an
Catégorie A — sans aucun emploi3 323 000+0,8 % (+27 900)+3,1 %
Catégories A, B, C — tenus de rechercher un emploi5 801 500+1,3 % (+73 500)+3,2 %
dont catégorie B (activité réduite courte)877 800
dont catégorie C (activité réduite longue)1 600 700
Catégories A à E (hors attente d'orientation)6 532 400+1,1 % (+72 000)+2,6 %

Le « 5,8 millions » des titres, c'est la ligne A+B+C : les personnes inscrites et tenues de chercher un emploi, qu'elles travaillent un peu ou pas du tout. Ce ne sont pas 5,8 millions de personnes sans activité : celles-là, ce sont les 3 323 000 de la catégorie A. La nuance n'est pas cosmétique — 2 478 600 personnes travaillent tout en restant inscrites.

Un point de vocabulaire, aussi : ces effectifs sont des moyennes trimestrielles, pas des photos « à fin juin ». C'est ainsi que la DARES les publie.

2. La série que personne n'a citée

Depuis la loi pour le plein emploi, les bénéficiaires du RSA, les jeunes suivis par les missions locales et les personnes en situation de handicap accompagnées par Cap emploi sont inscrits automatiquement à France Travail. Ils n'étaient pas comptés auparavant. Ils le sont désormais — et ils gonflent mécaniquement les compteurs, sans qu'un seul emploi ait été détruit.

La DARES le sait, et publie donc des « séries complémentaires » qui neutralisent cet effet. Voici le même trimestre, lu à trois niveaux :

Catégorie A, 2e trimestre 2026 : trois lectures du même trimestre
Champ complet (les titres)+0,8 %
Hors inscriptions automatiques−0,1 %
+ corrigé du décret sanction−0,2 %

Source : DARES – France Travail, « Les inscrits à France Travail au 2e trimestre 2026 » (Dares Indicateurs n°33), publié le 28 juillet 2026 [consulté le 2026-07-30]. Séries complémentaires : hors bénéficiaires du RSA et jeunes en Pacea/CEJ/AIJ, la catégorie A est « quasiment stable (−0,1 %) » ; corrigée en outre des effets du décret relatif aux sanctions, l'évolution est de −0,2 % (−5 000 inscrits).

Une hausse de 0,8 % d'un côté. Une quasi-stabilité de l'autre. Même trimestre, même organisme, même document. Ce n'est pas une manipulation : c'est une précision méthodologique que la DARES assume et documente noir sur blanc. Elle change simplement la conclusion qu'on peut tirer honnêtement d'un trimestre.

Et sur un an ? Là aussi, l'écart est spectaculaire : +3,1 % sur le champ complet, +1,3 % hors nouveaux publics, et −1,6 % une fois corrigé également du décret sanction. Trois chiffres, un seul indicateur.

Je ne choisis pas celui qui m'arrange. Je vous donne les trois, parce que c'est la seule façon honnête de le dire : une partie de ce qu'on présente comme une dégradation du marché est un changement de périmètre administratif — et personne ne peut affirmer sérieusement, à partir de ce seul trimestre, que la France a créé ou détruit du chômage.

3. « Taux de chômage » : le mot est faux

Un des titres les plus repris annonçait : « le taux de chômage augmente de 0,8 % au 2e trimestre ». Trois erreurs en une phrase.

  • Ce n'est pas un taux, c'est un nombre d'inscrits. Le taux de chômage au sens du BIT est calculé par l'INSEE à partir d'une enquête, selon une définition internationale (sans emploi, disponible, en recherche active). Le comptage France Travail est administratif : on peut être au chômage sans être inscrit, et inscrit sans être chômeur au sens du BIT.
  • Un taux ne varie pas en pourcentage, mais en points.
  • Le taux du 2e trimestre 2026 n'existait pas au moment de ces articles : l'INSEE l'a annoncé pour le 7 août 2026. Le dernier connu portait sur le 1er trimestre 2026 : 8,1 %, en hausse de 0,2 point sur le trimestre et de 0,7 point sur un an — son plus haut niveau depuis début 2021.

Autrement dit : le chiffre qui aurait justifié le mot « chômage » n'était pas encore publié, et celui qui l'était mesurait autre chose. Ce n'est pas un détail de puriste : c'est ce qui fait la différence entre s'informer et s'inquiéter à côté.

4. Le vrai sujet pour nous : la Nouvelle-Aquitaine décroche

C'est le point qu'aucun titre national ne pouvait donner, et c'est celui qui compte si vous vivez ici. La DARES publie le même jour une déclinaison régionale. Elle est nettement moins bonne que la moyenne :

Catégorie A, évolution sur le 2e trimestre 2026
Vienne (86)+3,7 %
Gironde (33)+2,1 %
Nouvelle-Aquitaine+1,7 %
France hors Mayotte+0,8 %
Charente-Maritime (17)+0,2 %

Source : DARES – France Travail, « Les inscrits à France Travail en Nouvelle-Aquitaine au 2e trimestre 2026 », publié le 28 juillet 2026, via la DREETS Nouvelle-Aquitaine [consulté le 2026-07-30]. Effectifs catégorie A en moyenne sur le trimestre : Nouvelle-Aquitaine 259 580 · Gironde 82 310 · Charente-Maritime 29 400 · Vienne 16 930.

En Nouvelle-Aquitaine, la catégorie A progresse de 1,7 % sur le trimestre (+4 380 personnes) et de 4,2 % sur un an — contre +0,8 % et +3,1 % au niveau national. Sur les quatre indicateurs (catégorie A et catégories A-B-C, trimestre et année), la région fait systématiquement moins bien que la France. Les catégories A, B, C réunies atteignent 502 730 personnes, en hausse de 2,1 % sur le trimestre.

Et puisque c'est mon terrain, je ne vais pas le contourner : la Vienne enregistre la plus forte hausse annuelle de toute la région, +8,8 % en catégorie A. La Gironde suit à +5,3 %, la Charente-Maritime à +7,5 % — cette dernière avec un profil curieux : quasi-stable ce trimestre (+0,2 %), mais son décrochage a eu lieu au trimestre précédent.

Une précision de méthode, parce qu'elle est importante : les séries corrigées dont je parlais plus haut n'existent qu'au niveau national. Les chiffres régionaux sont bruts — ils intègrent donc le même effet d'inscription automatique, sans qu'on puisse le chiffrer localement. La comparaison région/France reste valable (les deux sont bruts), mais méfiez-vous de qui vous annoncera « +8,8 % de chômage dans la Vienne » : c'est +8,8 % d'inscrits en catégorie A, effet de périmètre compris.

Un élément de contexte, qu'il faut manier avec précaution : le marché du travail régional n'a pas la même forme qu'ailleurs.

Part des recrutements saisonniers : 43,0 % en Nouvelle-Aquitaine contre 32,2 % en France entière, soit 10,8 points d'écart et environ 107 000 projets saisonniers

Dans l'enquête Besoins en main-d'œuvre 2026, 43 % des projets de recrutement régionaux sont saisonniers, contre 32,2 % pour la France entière (France Travail, BMO 2026). Une région où près d'un recrutement sur deux suit les vendanges et la saison touristique voit mécaniquement ses effectifs d'inscrits bouger davantage au fil de l'année. Ça n'explique pas à soi seul l'écart de ce trimestre — les données régionales ne permettent pas de le démontrer —, mais ça rappelle qu'ici, un chiffre trimestriel se lit toujours avec le calendrier des saisons à côté.

5. Le chiffre qui va contre l'intuition : les seniors

Voici le résultat que je n'attendais pas, et qui mérite d'être connu de tous ceux qui pensent qu'après cinquante ans, c'est fini :

Catégorie A : évolution sur un an, par tranche d'âge
Moins de 25 ans+5,9 %
25-49 ans+4,1 %
50 ans et plus−0,5 %

Source : DARES – France Travail, Dares Indicateurs n°33, tableau 2 [consulté le 2026-07-30]. Effectifs catégorie A : moins de 25 ans 540 000 (+1,2 % sur le trimestre) · 25-49 ans 1 919 500 (+1,3 %) · 50 ans et plus 863 500 (−0,3 %). Les 50 ans et plus sont la seule tranche d'âge en baisse, sur le trimestre comme sur un an.

Les 50 ans et plus sont la seule tranche d'âge en baisse — sur le trimestre (−0,3 %) comme sur un an (−0,5 %). Pendant que les moins de 25 ans encaissent +5,9 % sur un an.

Je ne vais pas transformer ça en promesse : une baisse du nombre d'inscrits peut aussi signifier des sorties de statistiques (retraite, découragement, radiation) autant que des retours à l'emploi. Mais quand on entend chaque semaine « à mon âge, personne ne veut de moi », il est utile de savoir que le seul groupe qui ne se dégrade pas dans ces statistiques, c'est justement le sien. La reconversion après 45 ans n'est pas le combat perdu qu'on décrit.

Au passage : un chiffre de « +9,5 % sur un an pour les moins de 25 ans » circule dans des résumés de seconde main. Il est faux. La valeur officielle est +6,3 % pour les catégories A, B, C réunies, et +5,9 % pour la catégorie A.

6. Ce que ça change concrètement pour vous

Un chiffre national ne dit rien de votre situation. Trois repères utiles, tirés des données que je suis chaque mois :

Le marché ne se dégrade pas partout de la même façon. Entre la Vienne (+3,7 % ce trimestre) et la Charente-Maritime (+0,2 %), il y a un facteur dix-huit. À l'intérieur d'une même région, les écarts entre bassins d'emploi sont plus grands que les variations trimestrielles nationales. Regarder « la France » pour décider de son avenir professionnel, c'est utiliser une carte du monde pour traverser sa ville.

Se former change les probabilités, nettement. En Nouvelle-Aquitaine, 64 % des demandeurs d'emploi sortis de formation retrouvent un emploi dans les six mois, contre 41 % pour ceux sans formation récente (France Travail & Acoss — Data Emploi Nouvelle-Aquitaine, sortants du 2e trimestre 2025). Vingt-trois points d'écart. Ce n'est pas une garantie, et une formation mal ciblée ne protège de rien — mais bien choisie, c'est le levier le plus documenté qui existe.

Quand le marché se tend, la précision devient un avantage.

Nouvelle-Aquitaine, BMO 2026 : 248 800 projets de recrutement, en recul de 8 % sur un an et pour la troisième année consécutive — agriculture −17 %, construction −12,5 %, industrie +2,7 %

Les employeurs de la région déclarent 248 800 projets de recrutement pour 2026, en recul de 8 % sur un an — troisième année de baisse consécutive. Le marché reste volumineux, mais sa dynamique se contracte, et pas de façon uniforme : l'agriculture recule de 17 %, la construction de 12,5 %, quand l'industrie progresse encore de 2,7 %. Dans un marché qui recrute moins, les candidatures approximatives sont les premières écartées. Savoir précisément quel métier, sur quel bassin, avec quel type de contrat réel, c'est ce qui sépare une recherche qui aboutit d'une recherche qui s'épuise. C'est toute la différence entre un métier porteur et un métier juste en tension.

Ce que je retiens

Un chiffre en hausse de 0,8 %, dont une part mesure un changement de périmètre administratif plutôt qu'une dégradation. Une jeunesse qui encaisse vraiment. Des seniors qui, contre toute attente, sont le seul groupe qui ne se dégrade pas. Une région qui décroche plus vite que la moyenne, avec mon propre département en tête. Et le mot « taux de chômage » utilisé pour désigner autre chose, alors que le vrai taux sortira le 7 août.

Rien là-dedans ne justifie la panique. Rien ne justifie le déni non plus. Ça justifie de regarder les chiffres de plus près que les titres — et de décider à partir de ce qu'on voit vraiment, pas de ce qui fait le plus de bruit.

Si votre situation professionnelle est en jeu, la vraie question n'est pas « est-ce que le chômage monte ». C'est : qu'est-ce qui recrute, près de chez moi, durablement, et qu'est-ce que je peux viser avec ce que je sais déjà faire.

FAQ

Le chômage a-t-il augmenté au 2e trimestre 2026 ?

Le nombre de demandeurs d'emploi inscrits en catégorie A a augmenté de 0,8 % sur le trimestre (+27 900), à 3 323 000 personnes en moyenne. Mais sur le champ qui neutralise les inscriptions automatiques de nouveaux publics, la DARES indique une quasi-stabilité (−0,1 %), et même −0,2 % en corrigeant aussi des effets du décret sanction. La hausse est en revanche nette pour les moins de 25 ans (+5,9 % sur un an), et la Nouvelle-Aquitaine se dégrade plus vite que la moyenne nationale.

Pourquoi certains parlent de 5,8 millions et d'autres de 3,3 millions ?

Ce sont deux catégories différentes. La catégorie A (3 323 000) compte les inscrits sans aucun emploi. Les catégories A, B et C réunies (5 801 500) ajoutent les 2 478 600 personnes qui exercent une activité réduite tout en cherchant un autre emploi. Aucun des deux chiffres n'est faux : ils ne mesurent pas la même chose.

Quelle est la différence avec le « taux de chômage » ?

Le taux de chômage au sens du BIT est calculé par l'INSEE via une enquête, selon une définition internationale, et s'exprime en pourcentage de la population active — il varie en points. Les chiffres de la DARES et de France Travail sont un comptage administratif des personnes inscrites, et varient en pourcentage d'effectif. Le taux BIT du 2e trimestre 2026 était annoncé pour le 7 août 2026 ; le dernier connu à fin juillet était de 8,1 % au 1er trimestre 2026.

Le chômage augmente-t-il plus vite en Nouvelle-Aquitaine ?

Oui, sur ce trimestre : la catégorie A progresse de 1,7 % en Nouvelle-Aquitaine contre 0,8 % au niveau national, et de 4,2 % sur un an contre 3,1 %. Au niveau départemental, la Vienne enregistre la plus forte hausse annuelle de la région (+8,8 %), devant la Charente-Maritime (+7,5 %) et la Gironde (+5,3 %). Attention : ces chiffres régionaux sont bruts, ils intègrent l'effet des inscriptions automatiques.

Est-ce le bon moment pour se reconvertir ?

Il n'y a pas de réponse générale, et méfiez-vous de qui vous en donne une. Ce qui est documenté : la formation ciblée améliore nettement les chances de retour à l'emploi (64 % contre 41 % à six mois en Nouvelle-Aquitaine), et les écarts entre bassins et entre métiers sont bien plus grands que les variations trimestrielles nationales. C'est là que se joue votre décision — pas dans un chiffre national.

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