Mardi 28 juillet, la DARES et France Travail ont publié les chiffres des inscrits du deuxième trimestre 2026. En quelques heures, les titres sont tombés : « le chômage repart à la hausse », « plus de 5,8 millions d'inscrits ».
Les chiffres cités sont exacts. La lecture, elle, mérite d'être reprise — pour trois raisons.
La première, c'est que la même publication contient une seconde série, presque jamais citée, qui raconte un trimestre différent. La deuxième, c'est qu'un des titres les plus repris parle de « taux de chômage » alors qu'il s'agit d'autre chose. Et la troisième, la plus importante si vous vivez ici : la Nouvelle-Aquitaine décroche deux fois plus vite que la moyenne nationale — et ça, aucun titre national ne le dit.
Le nombre de demandeurs d'emploi en catégorie A augmente de 0,8 % au 2e trimestre 2026 (+27 900), à 3 323 000 personnes en moyenne sur le trimestre. Mais la DARES publie aussi une série qui neutralise les inscriptions automatiques de nouveaux publics (loi pour le plein emploi) : sur ce champ, la catégorie A est quasiment stable (−0,1 %), et même en légère baisse (−0,2 %) une fois corrigée des effets du décret sanction. Deux nuances essentielles, cependant : la hausse est bien réelle pour les jeunes (+5,9 % sur un an), tandis que les 50 ans et plus sont la seule tranche en baisse ; et en Nouvelle-Aquitaine, la catégorie A progresse de +1,7 % sur le trimestre, soit plus du double du national — avec la Vienne en tête des hausses annuelles régionales (+8,8 %).
Cet article a été publié le 30 juillet. Il annonçait alors que le vrai taux de chômage sortirait le 7 août. Il est sorti : 8,3 % de la population active, soit 2 677 000 personnes (Insee, Informations Rapides n° 192, 7 août 2026). C'est bien son plus haut niveau depuis le 3e trimestre 2020. Trois choses que les titres n'ont pas dites : la hausse trimestrielle (+0,2 point) est à l'intérieur de la marge d'erreur que l'Insee annonce lui-même (± 0,3 point) ; par rapport à fin 2019, avant le Covid, l'écart n'est que de +0,1 point, et les jeunes comme les seniors sont sous leur niveau d'alors ; et l'Insee publie sa propre version de la série neutralisée, qui confirme ce que disait cet article. Le détail est en section 7.
- Les chiffres officiels, sans habillage
- La série que personne n'a citée
- « Taux de chômage » : le mot est faux
- La Nouvelle-Aquitaine décroche
- Le chiffre qui va contre l'intuition : les seniors
- Ce que ça change concrètement pour vous
- Le vrai taux est sorti — mise à jour du 8 août
- Questions fréquentes
1. Les chiffres officiels, sans habillage
Voici ce que dit la publication de la DARES (Dares Indicateurs n°33, juillet 2026), en moyenne sur le 2e trimestre 2026, France hors Mayotte :
| Indicateur | Effectif moyen T2 2026 | Sur le trimestre | Sur un an |
|---|---|---|---|
| Catégorie A — sans aucun emploi | 3 323 000 | +0,8 % (+27 900) | +3,1 % |
| Catégories A, B, C — tenus de rechercher un emploi | 5 801 500 | +1,3 % (+73 500) | +3,2 % |
| dont catégorie B (activité réduite courte) | 877 800 | — | — |
| dont catégorie C (activité réduite longue) | 1 600 700 | — | — |
| Catégories A à E (hors attente d'orientation) | 6 532 400 | +1,1 % (+72 000) | +2,6 % |
Le « 5,8 millions » des titres, c'est la ligne A+B+C : les personnes inscrites et tenues de chercher un emploi, qu'elles travaillent un peu ou pas du tout. Ce ne sont pas 5,8 millions de personnes sans activité : celles-là, ce sont les 3 323 000 de la catégorie A. La nuance n'est pas cosmétique — 2 478 600 personnes travaillent tout en restant inscrites.
Un point de vocabulaire, aussi : ces effectifs sont des moyennes trimestrielles, pas des photos « à fin juin ». C'est ainsi que la DARES les publie.
2. La série que personne n'a citée
Depuis la loi pour le plein emploi, les bénéficiaires du RSA, les jeunes suivis par les missions locales et les personnes en situation de handicap accompagnées par Cap emploi sont inscrits automatiquement à France Travail. Ils n'étaient pas comptés auparavant. Ils le sont désormais — et ils gonflent mécaniquement les compteurs, sans qu'un seul emploi ait été détruit.
La DARES le sait, et publie donc des « séries complémentaires » qui neutralisent cet effet. Voici le même trimestre, lu à trois niveaux :
Source : DARES – France Travail, « Les inscrits à France Travail au 2e trimestre 2026 » (Dares Indicateurs n°33), publié le 28 juillet 2026 [consulté le 2026-07-30]. Séries complémentaires : hors bénéficiaires du RSA et jeunes en Pacea/CEJ/AIJ, la catégorie A est « quasiment stable (−0,1 %) » ; corrigée en outre des effets du décret relatif aux sanctions, l'évolution est de −0,2 % (−5 000 inscrits).
Une hausse de 0,8 % d'un côté. Une quasi-stabilité de l'autre. Même trimestre, même organisme, même document. Ce n'est pas une manipulation : c'est une précision méthodologique que la DARES assume et documente noir sur blanc. Elle change simplement la conclusion qu'on peut tirer honnêtement d'un trimestre.
Et sur un an ? Là aussi, l'écart est spectaculaire : +3,1 % sur le champ complet, +1,3 % hors nouveaux publics, et −1,6 % une fois corrigé également du décret sanction. Trois chiffres, un seul indicateur.
Je ne choisis pas celui qui m'arrange. Je vous donne les trois, parce que c'est la seule façon honnête de le dire : une partie de ce qu'on présente comme une dégradation du marché est un changement de périmètre administratif — et personne ne peut affirmer sérieusement, à partir de ce seul trimestre, que la France a créé ou détruit du chômage.
3. « Taux de chômage » : le mot est faux
Un des titres les plus repris annonçait : « le taux de chômage augmente de 0,8 % au 2e trimestre ». Trois erreurs en une phrase.
- Ce n'est pas un taux, c'est un nombre d'inscrits. Le taux de chômage au sens du BIT est calculé par l'INSEE à partir d'une enquête, selon une définition internationale (sans emploi, disponible, en recherche active). Le comptage France Travail est administratif : on peut être au chômage sans être inscrit, et inscrit sans être chômeur au sens du BIT.
- Un taux ne varie pas en pourcentage, mais en points.
- Le taux du 2e trimestre 2026 n'existait pas au moment de ces articles : l'INSEE ne l'a publié que le 7 août 2026. Le dernier connu alors portait sur le 1er trimestre : 8,1 %. Depuis, le vrai chiffre est tombé — 8,3 % — et je le traite en section 7.
Autrement dit : le chiffre qui aurait justifié le mot « chômage » n'était pas encore publié, et celui qui l'était mesurait autre chose. Ce n'est pas un détail de puriste : c'est ce qui fait la différence entre s'informer et s'inquiéter à côté.
4. Le vrai sujet pour nous : la Nouvelle-Aquitaine décroche
C'est le point qu'aucun titre national ne pouvait donner, et c'est celui qui compte si vous vivez ici. La DARES publie le même jour une déclinaison régionale. Elle est nettement moins bonne que la moyenne :
Source : DARES – France Travail, « Les inscrits à France Travail en Nouvelle-Aquitaine au 2e trimestre 2026 », publié le 28 juillet 2026, via la DREETS Nouvelle-Aquitaine [consulté le 2026-07-30]. Effectifs catégorie A en moyenne sur le trimestre : Nouvelle-Aquitaine 259 580 · Gironde 82 310 · Charente-Maritime 29 400 · Vienne 16 930.
En Nouvelle-Aquitaine, la catégorie A progresse de 1,7 % sur le trimestre (+4 380 personnes) et de 4,2 % sur un an — contre +0,8 % et +3,1 % au niveau national. Sur les quatre indicateurs (catégorie A et catégories A-B-C, trimestre et année), la région fait systématiquement moins bien que la France. Les catégories A, B, C réunies atteignent 502 730 personnes, en hausse de 2,1 % sur le trimestre.
Et puisque c'est mon terrain, je ne vais pas le contourner : la Vienne enregistre la plus forte hausse annuelle de toute la région, +8,8 % en catégorie A. La Gironde suit à +5,3 %, la Charente-Maritime à +7,5 % — cette dernière avec un profil curieux : quasi-stable ce trimestre (+0,2 %), mais son décrochage a eu lieu au trimestre précédent.
Une précision de méthode, parce qu'elle est importante : les séries corrigées dont je parlais plus haut n'existent qu'au niveau national. Les chiffres régionaux sont bruts — ils intègrent donc le même effet d'inscription automatique, sans qu'on puisse le chiffrer localement. La comparaison région/France reste valable (les deux sont bruts), mais méfiez-vous de qui vous annoncera « +8,8 % de chômage dans la Vienne » : c'est +8,8 % d'inscrits en catégorie A, effet de périmètre compris.
Un élément de contexte, qu'il faut manier avec précaution : le marché du travail régional n'a pas la même forme qu'ailleurs.

Dans l'enquête Besoins en main-d'œuvre 2026, 43 % des projets de recrutement régionaux sont saisonniers, contre 32,2 % pour la France entière (France Travail, BMO 2026). Une région où près d'un recrutement sur deux suit les vendanges et la saison touristique voit mécaniquement ses effectifs d'inscrits bouger davantage au fil de l'année. Ça n'explique pas à soi seul l'écart de ce trimestre — les données régionales ne permettent pas de le démontrer —, mais ça rappelle qu'ici, un chiffre trimestriel se lit toujours avec le calendrier des saisons à côté.
5. Le chiffre qui va contre l'intuition : les seniors
Voici le résultat que je n'attendais pas, et qui mérite d'être connu de tous ceux qui pensent qu'après cinquante ans, c'est fini :
Source : DARES – France Travail, Dares Indicateurs n°33, tableau 2 [consulté le 2026-07-30]. Effectifs catégorie A : moins de 25 ans 540 000 (+1,2 % sur le trimestre) · 25-49 ans 1 919 500 (+1,3 %) · 50 ans et plus 863 500 (−0,3 %). Les 50 ans et plus sont la seule tranche d'âge en baisse, sur le trimestre comme sur un an.
Les 50 ans et plus sont la seule tranche d'âge en baisse — sur le trimestre (−0,3 %) comme sur un an (−0,5 %). Pendant que les moins de 25 ans encaissent +5,9 % sur un an.
Je ne vais pas transformer ça en promesse : une baisse du nombre d'inscrits peut aussi signifier des sorties de statistiques (retraite, découragement, radiation) autant que des retours à l'emploi. Mais quand on entend chaque semaine « à mon âge, personne ne veut de moi », il est utile de savoir que le seul groupe qui ne se dégrade pas dans ces statistiques, c'est justement le sien. La reconversion après 45 ans n'est pas le combat perdu qu'on décrit.
Au passage : un chiffre de « +9,5 % sur un an pour les moins de 25 ans » circule dans des résumés de seconde main. Il est faux. La valeur officielle est +6,3 % pour les catégories A, B, C réunies, et +5,9 % pour la catégorie A.
6. Ce que ça change concrètement pour vous
Un chiffre national ne dit rien de votre situation. Trois repères utiles, tirés des données que je suis chaque mois :
Le marché ne se dégrade pas partout de la même façon. Entre la Vienne (+3,7 % ce trimestre) et la Charente-Maritime (+0,2 %), il y a un facteur dix-huit. À l'intérieur d'une même région, les écarts entre bassins d'emploi sont plus grands que les variations trimestrielles nationales. Regarder « la France » pour décider de son avenir professionnel, c'est utiliser une carte du monde pour traverser sa ville.
Se former change les probabilités, nettement. En Nouvelle-Aquitaine, 64 % des demandeurs d'emploi sortis de formation retrouvent un emploi dans les six mois, contre 41 % pour ceux sans formation récente (France Travail & Acoss — Data Emploi Nouvelle-Aquitaine, sortants du 2e trimestre 2025). Vingt-trois points d'écart. Ce n'est pas une garantie, et une formation mal ciblée ne protège de rien — mais bien choisie, c'est le levier le plus documenté qui existe.
Quand le marché se tend, la précision devient un avantage.

Les employeurs de la région déclarent 248 800 projets de recrutement pour 2026, en recul de 8 % sur un an — troisième année de baisse consécutive. Le marché reste volumineux, mais sa dynamique se contracte, et pas de façon uniforme : l'agriculture recule de 17 %, la construction de 12,5 %, quand l'industrie progresse encore de 2,7 %. Dans un marché qui recrute moins, les candidatures approximatives sont les premières écartées. Savoir précisément quel métier, sur quel bassin, avec quel type de contrat réel, c'est ce qui sépare une recherche qui aboutit d'une recherche qui s'épuise. C'est toute la différence entre un métier porteur et un métier juste en tension.
7. Le vrai taux est sorti, et il donne raison aux deux camps
Section ajoutée le 8 août 2026.
Le 7 août, l'INSEE a publié le chiffre que cet article annonçait comme manquant : le taux de chômage au sens du BIT du 2e trimestre 2026 s'établit à 8,3 % de la population active, soit 2 677 000 personnes (Informations Rapides n° 192). En hausse de 0,2 point sur le trimestre, de 0,7 point sur un an. Les titres ont retenu « plus haut niveau depuis 2020 ». C'est exact. Ce n'est pas suffisant.
Première chose à regarder : ce taux moyen recouvre trois situations qui n'ont presque rien à voir entre elles.
Source : INSEE, Informations Rapides n° 192, 7 août 2026, données CVS en moyenne trimestrielle, champ France, personnes de 15 ans ou plus vivant en logement ordinaire [consulté le 2026-08-08]. Effectifs : 740 000 · 1 381 000 · 555 000.
Un jeune actif sur cinq est au chômage. Un actif de plus de cinquante ans sur dix-huit. L'écart entre les deux est de seize points — davantage que tout ce qui sépare le meilleur et le pire trimestre français des vingt dernières années. Parler du « chômage » au singulier, à ce niveau d'écart, revient à donner la température moyenne d'un patient qui aurait un pied dans la glace et l'autre dans le feu.
La hausse du trimestre tient dans la marge d'erreur
L'INSEE écrit, sous ses propres graphiques : « Estimation à +/− 0,3 point près du niveau du taux de chômage et de son évolution d'un trimestre à l'autre. »
Le taux de chômage est mesuré par une enquête, pas par un comptage. Comme toute enquête, il a une marge d'incertitude, et l'INSEE la publie. Elle est de 0,3 point. La hausse du trimestre est de 0,2 point. Elle est donc, statistiquement, indistinguable de zéro — et l'organisme qui produit le chiffre est le premier à le dire.
Ça ne veut pas dire que rien ne bouge : l'évolution sur un an (+0,7 point) sort, elle, largement de la marge. Ça veut dire qu'un titre bâti sur le seul mouvement trimestriel repose sur un écart que son propre producteur ne garantit pas.
Par rapport à 2019, presque rien n'a bougé
C'est la colonne que personne n'a citée, et c'est la plus intéressante. L'INSEE publie systématiquement l'écart avec le 4e trimestre 2019 — le dernier trimestre avant le Covid, la meilleure référence disponible d'un marché du travail « normal ».

| Taux de chômage BIT | T1 2026 | T2 2026 | Sur le trimestre | Sur un an | Depuis fin 2019 |
|---|---|---|---|---|---|
| Ensemble | 8,1 % | 8,3 % | +0,2 pt | +0,7 pt | +0,1 pt |
| 15-24 ans | 21,2 % | 21,6 % | +0,4 pt | +2,5 pt | −0,3 pt |
| 25-49 ans | 7,3 % | 7,5 % | +0,2 pt | +0,5 pt | +0,2 pt |
| 50 ans ou plus | 5,2 % | 5,5 % | +0,3 pt | +0,7 pt | −0,3 pt |
| Hommes | 8,5 % | 8,5 % | 0,0 pt | +0,8 pt | +0,2 pt |
| Femmes | 7,8 % | 8,2 % | +0,4 pt | +0,8 pt | +0,1 pt |
| Chômage de longue durée | 2,0 % | 2,1 % | +0,1 pt | +0,4 pt | −0,2 pt |
Source : INSEE, Informations Rapides n° 192, 7 août 2026 [consulté le 2026-08-08].
Six ans et demi après, le taux de chômage français est 0,1 point au-dessus de son niveau d'avant-Covid. Les moins de 25 ans et les plus de 50 ans sont en dessous. Le chômage de longue durée aussi. « Au plus haut depuis 2020 » et « quasiment identique à 2019 » sont deux phrases vraies sur le même tableau — la première fait un titre, la seconde décrit le marché sur lequel vous allez chercher du travail.
Une autre ligne mérite d'être vue : sur le trimestre, le taux masculin ne bouge pas du tout (0,0 point) et toute la hausse vient des femmes (+0,4 point). Je n'ai pas d'explication solide à en donner, et je n'en inventerai pas — mais aucun des titres que j'ai lus ne le mentionne.
L'INSEE confirme ce que disait cet article — puis le corrige
L'article du 30 juillet soutenait qu'une partie de la hausse mesurait un changement de périmètre administratif plutôt qu'une dégradation. L'INSEE consacre justement un encadré à la question, et il est net : sur les six trimestres écoulés depuis fin 2024, le taux de chômage a augmenté de 0,98 point, dont 0,31 point attribuable aux bénéficiaires du RSA nouvellement inscrits et 0,11 point aux jeunes suivis en Mission locale. Soit, écrit l'INSEE, « +0,44 point sur +0,98 point au total » — près de la moitié de la hausse depuis fin 2024.
La thèse tient donc, et elle est désormais chiffrée par l'institut lui-même, sur une mesure d'enquête que le changement de règle d'inscription ne peut pas gonfler mécaniquement.
Mais il faut aussitôt en dire la limite, sinon je ferais exactement ce que je reproche aux autres : le taux d'emploi des 15-64 ans recule à 69,0 %, en baisse de 0,3 point sur le trimestre et de 0,5 point sur un an. Or un changement de règle d'inscription fait monter un compteur d'inscrits ; il ne fait pas baisser la part de la population qui travaille. Sur ce point, il n'y a pas d'artefact possible : une partie de la dégradation est réelle. La lecture honnête n'est donc pas « tout va bien, c'est administratif » — c'est « près de la moitié de la hausse récente est administrative, et le reste ne l'est pas ».
Les seniors : le chiffre tient, la conclusion se déplace
La section 5 relevait que les 50 ans et plus étaient la seule tranche en baisse dans le comptage des inscrits. Le taux BIT, lui, monte pour eux (+0,3 point sur le trimestre). Faut-il conclure que je me suis trompé ? Non — et la distinction vaut la peine d'être comprise, parce qu'elle change ce qu'il faut en faire.
Les deux séries ne mesurent pas le même objet : l'une compte des inscrits à France Travail, l'autre calcule une part des actifs de la tranche d'âge, à partir d'une enquête. Numérateurs différents, dénominateurs différents, unités différentes. Elles peuvent bouger en sens contraire sans qu'aucune ne soit fausse.
Ce qui reste, une fois les deux posées côte à côte, c'est ceci : à 5,5 %, les plus de 50 ans affichent le taux de chômage le plus bas de toutes les tranches d'âge, quatre fois inférieur à celui des jeunes, et inférieur de 0,3 point à leur niveau d'avant-Covid. Le problème des seniors sur le marché du travail français n'est pas le chômage. C'est la sortie précoce du marché : le ministère du Travail relève dans sa plaquette pédagogique de juillet 2026 qu'ils quittent l'activité plus tôt que dans la plupart des pays européens, ce qui pèse sur leur taux d'emploi bien plus que le chômage.
Et sur ce terrain-là, la même publication contient une nouvelle que je n'ai vue nulle part : le taux d'activité des 50-64 ans atteint 73,2 %, son plus haut niveau depuis que l'INSEE le mesure, c'est-à-dire depuis 1975. Chez les 60-64 ans, le taux d'emploi progresse de 1,2 point sur un an, à 45,8 % — la seule tranche en hausse ce trimestre.
Autrement dit : après cinquante ans, la difficulté n'est pas tant de retrouver un emploi que de rester dans le jeu. Et jamais, depuis un demi-siècle, autant de quinquagénaires et de sexagénaires n'y sont restés. Ce n'est pas la même conclusion que « après 50 ans c'est fini », et ce n'est pas la même stratégie.
Une précision de méthode, parce qu'elle compte
Cette publication de l'INSEE inaugure un changement de champ géographique : « À partir de cette publication, le champ des principaux indicateurs conjoncturels du marché du travail porte sur le champ "France", étendant ainsi le champ précédent "France hors Mayotte". » Les séries ont été rétropolées sur ce champ étendu, donc les comparaisons dans le temps restent valables à l'intérieur de la publication.
En revanche, les chiffres DARES cités plus haut dans cet article portent, eux, sur la France hors Mayotte. Ce n'est pas un problème tant qu'on ne mélange pas les deux dans une même phrase — mais il fallait le dire.
Et il faut aussitôt en donner la mesure, sinon je transformerais une précision en épouvantail : l'INSEE chiffre l'effet du changement de champ à 0,06 point sur le taux de ce trimestre, et précise que les évolutions trimestrielles sont identiques sur les deux champs. C'est cinq fois moins que sa propre marge d'erreur. Autrement dit : il fallait le signaler, il ne faut pas s'en servir pour disqualifier le chiffre. Ce qui sépare vraiment les deux sources, ce n'est pas Mayotte — ce sont 646 000 personnes d'écart de définition entre les 2 677 000 chômeurs au sens du BIT et les 3 323 000 inscrits en catégorie A.
Ce que je retiens
Un chiffre en hausse de 0,8 %, dont l'INSEE chiffre désormais qu'environ la moitié mesure un changement de périmètre administratif plutôt qu'une dégradation. Une jeunesse qui encaisse vraiment. Des seniors dont le taux de chômage reste le plus bas de toutes les tranches d'âge, et sous son niveau d'avant-Covid. Une région qui décroche plus vite que la moyenne, avec mon propre département en tête. Un taux de chômage à 8,3 %, présenté comme un record, qui se situe en réalité à 0,1 point de son niveau de fin 2019. Et un taux d'emploi qui recule, lui, sans qu'aucun effet de périmètre puisse l'expliquer.
Rien là-dedans ne justifie la panique. Rien ne justifie le déni non plus. Ça justifie de regarder les chiffres de plus près que les titres — et de décider à partir de ce qu'on voit vraiment, pas de ce qui fait le plus de bruit.
Si votre situation professionnelle est en jeu, la vraie question n'est pas « est-ce que le chômage monte ». C'est : qu'est-ce qui recrute, près de chez moi, durablement, et qu'est-ce que je peux viser avec ce que je sais déjà faire.
FAQ
Le chômage a-t-il augmenté au 2e trimestre 2026 ?
Le nombre de demandeurs d'emploi inscrits en catégorie A a augmenté de 0,8 % sur le trimestre (+27 900), à 3 323 000 personnes en moyenne. Mais sur le champ qui neutralise les inscriptions automatiques de nouveaux publics, la DARES indique une quasi-stabilité (−0,1 %), et même −0,2 % en corrigeant aussi des effets du décret sanction. La hausse est en revanche nette pour les moins de 25 ans (+5,9 % sur un an), et la Nouvelle-Aquitaine se dégrade plus vite que la moyenne nationale.
Pourquoi certains parlent de 5,8 millions et d'autres de 3,3 millions ?
Ce sont deux catégories différentes. La catégorie A (3 323 000) compte les inscrits sans aucun emploi. Les catégories A, B et C réunies (5 801 500) ajoutent les 2 478 600 personnes qui exercent une activité réduite tout en cherchant un autre emploi. Aucun des deux chiffres n'est faux : ils ne mesurent pas la même chose.
Quelle est la différence avec le « taux de chômage » ?
Le taux de chômage au sens du BIT est calculé par l'INSEE via une enquête, selon une définition internationale, et s'exprime en pourcentage de la population active — il varie en points. Les chiffres de la DARES et de France Travail sont un comptage administratif des personnes inscrites, et varient en pourcentage d'effectif. Publié le 7 août 2026, le taux BIT du 2e trimestre s'établit à 8,3 %, contre 8,1 % au trimestre précédent.
Le taux de chômage à 8,3 % est-il vraiment un record ?
Non, et c'est une question de point de comparaison. C'est bien le plus haut niveau depuis le 3e trimestre 2020, mais l'INSEE publie aussi l'écart avec le 4e trimestre 2019, avant le Covid : il n'est que de +0,1 point. Les moins de 25 ans, les 50 ans et plus et le chômage de longue durée sont même en dessous de leur niveau d'alors. Par ailleurs, la hausse du trimestre (+0,2 point) est inférieure à la marge d'incertitude que l'INSEE annonce lui-même sur cette mesure (± 0,3 point).
Après 50 ans, est-ce vraiment plus dur de retrouver un emploi ?
Les données disent l'inverse de l'intuition courante, au moins sur le chômage. Au 2e trimestre 2026, le taux de chômage des 50 ans ou plus est de 5,5 % — le plus bas de toutes les tranches d'âge, contre 21,6 % pour les 15-24 ans, et inférieur de 0,3 point à son niveau d'avant-Covid. La difficulté propre aux seniors se situe ailleurs : ils sortent du marché du travail plus tôt que dans la plupart des pays européens, ce qui pèse sur leur taux d'emploi. Le sujet n'est donc pas tant de retrouver un emploi que de rester en activité.
Le chômage augmente-t-il plus vite en Nouvelle-Aquitaine ?
Oui, sur ce trimestre : la catégorie A progresse de 1,7 % en Nouvelle-Aquitaine contre 0,8 % au niveau national, et de 4,2 % sur un an contre 3,1 %. Au niveau départemental, la Vienne enregistre la plus forte hausse annuelle de la région (+8,8 %), devant la Charente-Maritime (+7,5 %) et la Gironde (+5,3 %). Attention : ces chiffres régionaux sont bruts, ils intègrent l'effet des inscriptions automatiques.
Est-ce le bon moment pour se reconvertir ?
Il n'y a pas de réponse générale, et méfiez-vous de qui vous en donne une. Ce qui est documenté : la formation ciblée améliore nettement les chances de retour à l'emploi (64 % contre 41 % à six mois en Nouvelle-Aquitaine), et les écarts entre bassins et entre métiers sont bien plus grands que les variations trimestrielles nationales. C'est là que se joue votre décision — pas dans un chiffre national.
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