IA et emploi : la baisse des offres est mesurée

Par Publié le 17 min de lecture

Bannière éditoriale : IA et emploi, la baisse des offres est mesurée. Une femme lit devant son ordinateur un document titré « Offres d'emploi, − 50 % depuis fin 2023 » ; sous-titre : « Ce que révèle l'étude sur les métiers les plus exposés à l'IA générative »

Mardi 22 septembre 2026, neuf heures, Station F. Deux ministres montent sur scène pour lancer « Impulsion IA 2027 », le plan du gouvernement pour l'intelligence artificielle au travail. Le même matin, Le Monde publie le compte rendu d'une étude qui, pour la première fois en France, mesure ce que l'IA générative fait aux offres d'emploi. Deux documents dans la même matinée : l'un promet, l'autre mesure.

Si vous préparez une formation vers l'informatique, la comptabilité, les ressources humaines ou la communication, vous vous posez sans doute la question depuis des mois : est-ce que ça vaut encore le coup ? Ce que je vous propose ici n'est ni un « tout va bien » ni un « tout est perdu ». C'est une lecture des chiffres, avec ce qu'ils disent, ce qu'ils ne disent pas, et trois vérifications à faire avant de signer.

En clair —

Une étude française mesure, pour la première fois, une chute de plus de 50 % des offres d'emploi dans les métiers les plus exposés à l'IA générative (informatique et TIC) entre fin 2023 et début 2026, par rapport aux métiers peu exposés. L'INSEE voyait déjà l'emploi du secteur reculer, surtout chez les moins de 30 ans. Le plan gouvernemental annoncé le même jour, « Impulsion IA 2027 », aligne douze mesures et plus de 80 millions d'euros pour l'année à venir ; pour une personne en reconversion, ses rendez-vous datés tombent en 2027 : une plateforme publique gratuite en janvier, l'IA parmi les priorités du CPF si le budget 2027 est voté, une certification d'État au printemps. Avant de choisir une formation : distinguer la tâche du métier, lire les offres de votre bassin, et choisir le côté du métier que l'IA amplifie.

Ce que l'étude mesure, et ce qu'elle ne dit pas

Les économistes Marie-Renée Andreescu et Éric Maurin ont comparé, sur le site de France Travail, les nouvelles offres publiées pour les métiers les plus exposés à l'IA générative, ceux de l'informatique et des technologies de l'information, avec celles des métiers peu exposés, jardiniers ou infirmiers par exemple. Entre 2015 et fin 2023, les deux courbes évoluent en parallèle. À partir du début 2024, juste après le lancement de Copilot et de ChatGPT Enterprise, elles se séparent. Début 2026, l'écart dépasse 50 %. Les embauches effectives reculent dans des proportions comparables, et le recul se retrouve à l'intérieur des grands secteurs, ce qui écarte un simple effet de conjoncture.

Les auteurs élargissent ensuite à 125 métiers exposés de façon moins directe, comptables, gestionnaires RH et assimilés. Ces métiers pèsent entre 15 % et 20 % de l'emploi et des offres. Là, la baisse relative atteint 25 % début 2026. En supposant tous les autres métiers épargnés, l'effet global serait d'environ 5 % de nouvelles offres en moins.

Offres d'emploi France Travail : baisse relative des métiers exposés à l'IA générative, fin 2023 → début 2026
Informatique et TIC (les plus exposés)− 50 % et plus
125 métiers exposés moins directement (comptabilité, RH…)− 25 %
Effet estimé sur l'ensemble des nouvelles offres− 5 % environ
Métiers peu exposés (jardiniers, infirmiers) — référence0

Source : étude de Marie-Renée Andreescu et Éric Maurin, telle que rapportée par Le Monde, « IA et emploi : la nouvelle étude qui légitime de s'inquiéter », 22 septembre 2026 [relevé le 2026-09-22]. Les écarts sont mesurés par rapport aux métiers peu exposés, pas dans l'absolu ; le « − 5 % » est une estimation des auteurs sous l'hypothèse que les autres métiers sont épargnés.

Trois précautions avant de retenir le chiffre. D'abord, c'est un écart relatif : « − 50 % » ne signifie pas que la moitié des postes d'informaticiens a disparu, mais que les offres de ces métiers ont décroché de moitié par rapport à celles des métiers peu exposés. Ensuite, une offre n'est pas un emploi : l'étude regarde le flux d'entrées, pas le stock de ceux qui sont en poste. C'est précisément ce qui la rend importante pour vous : quand les offres se ferment, ce sont les nouveaux entrants, débutants et personnes en reconversion, qui le sentent en premier. Enfin, je n'ai lu que le compte rendu du Monde, dont la seconde moitié est réservée aux abonnés ; je mettrai le lien vers l'étude elle-même dès qu'elle sera accessible.

Fin août, j'écrivais que le chiffre d'exposition à l'IA le plus cité en France avait quatre ans et mesurait le monde avec la règle de 2022. Cette étude change la nature du débat : on ne classe plus des tâches sur le papier, on observe ce que les employeurs publient. C'est plus étroit, et beaucoup plus solide.

Ce que l'INSEE voyait déjà en mars

Le signal n'est pas tombé du ciel. Dans sa Note de conjoncture du 24 mars 2026, l'INSEE consacrait un éclairage à l'investissement numérique et à l'emploi des activités informatiques, en France et aux États-Unis. Sa phrase est sans détour : entre le quatrième trimestre 2023 et le quatrième trimestre 2025, « l'emploi s'est contracté de 3,0 % dans l'information-communication ». Et le choc est concentré sur les plus jeunes : fin 2025, « l'emploi salarié des 15-29 ans (hors alternants) recule en glissement annuel de 7,4 % dans les activités informatiques », de 5,8 % dans l'édition et de 3,7 % dans le conseil en gestion.

Emploi salarié en recul dans les activités exposées — INSEE, Note de conjoncture, mars 2026
15-29 ans, activités informatiques, France (T4 2025, sur un an)− 7,4 %
15-29 ans, édition, France (T4 2025, sur un an)− 5,8 %
15-29 ans, conseil en gestion, France (T4 2025, sur un an)− 3,7 %
Information-communication, France (T4 2023 → T4 2025)− 3,0 %
Services de conception de systèmes informatiques, États-Unis (2025)− 1,6 %

Source : INSEE, Note de conjoncture de mars 2026, éclairage « Avec l'essor de l'intelligence artificielle générative, l'investissement numérique tire davantage la croissance aux États-Unis qu'en France, tandis que l'emploi recule dans les activités informatiques des deux côtés de l'Atlantique », parue le 24 mars 2026 [consulté le 2026-09-22]. Emploi salarié ; les 15-29 ans sont comptés hors alternants. Aux États-Unis, − 1,6 % en 2025 après − 1,2 % en 2024.

Les deux sources racontent la même histoire, à deux étages. Les offres décrochent d'abord, c'est ce que mesurent Andreescu et Maurin. Puis le stock d'emploi s'érode, lentement, et par les plus jeunes, c'est ce que voit l'INSEE. Le secteur ne s'effondre pas. C'est la porte d'entrée qui se referme, pour les débutants et pour ceux qui arrivent d'ailleurs. Autrement dit, pour beaucoup de lecteurs de ce site.

Impulsion IA 2027 : douze mesures, et ce qui vous concerne

Le plan présenté à Station F par Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail et des Solidarités, aux côtés de Roland Lescure, ministre de l'Économie, a été détaillé le jour même, dans une page du ministère et un dossier de presse de 57 pages. Douze mesures, en trois axes : acculturer et former les actifs, sensibiliser et accompagner les entreprises, soutenir le dialogue social. Le budget dépasse 80 millions d'euros « pour l'année à venir », et l'objectif affiché est de former ou d'acculturer plus de 30 millions de personnes. Un détail compte : pour décrire le marché, le ministère cite la même note de l'INSEE que plus haut, et écrit que l'emploi des activités informatiques « baisse depuis 2023, particulièrement pour les jeunes ».

Pour une personne en reconversion, voici ce qui est daté, dans l'ordre où cela arrive :

  • dès maintenant : un cours en ligne de l'Afpa, « L'IA décryptée », annoncé comme accessible depuis le 22 septembre, qui délivre un badge numérique du ministère ;
  • à partir de l'automne, pour les demandeurs d'emploi : des webinaires de France Travail, l'« Académie des chercheurs d'emploi », dont au moins un par semaine consacré à l'IA, en plus du test Pix Travail déjà proposé à l'inscription ;
  • en janvier 2027 : « Explore IA », une plateforme publique, gratuite et sans prérequis, construite par Pix, avec une attestation en fin de parcours ;
  • au 1er janvier 2027, si la loi de finances le confirme : l'IA parmi les priorités nationales du CPF, et davantage de cas où le cofinancement d'un employeur, d'une branche ou d'un OPCO dispense du reste à charge ;
  • fin du premier trimestre 2027 : le dépôt à France compétences d'une certification d'État, « Utiliser l'intelligence artificielle dans son activité professionnelle », conçue par l'Afpa avec l'ANSSI ; le dossier l'illustre par une formation de 50 heures finançable par le CPF.

Une mesure touche directement le choix d'une formation certifiante. Entre 2024 et 2026, 38 titres professionnels du ministère ont été révisés pour intégrer des compétences liées à l'IA, dont 18 dans le tertiaire ; 65 autres doivent être créés ou révisés en 2027 et 2028. Si vous visez un Titre Pro, demandez à l'organisme quelle version du référentiel prépare votre session : sous le même intitulé, il peut y avoir le titre d'avant et le titre d'après.

La promesse de juin n'était pas tout à fait celle-ci. Devant les DRH réunis à l'Université de l'ANDRH, le ministre annonçait un plan « pour former quinze millions de professionnels » à l'IA, prêt à la rentrée : c'est le titre de la dépêche AEF info du 12 juin 2026. Le dossier de presse remet ce chiffre à sa place : quinze millions de professionnels formés d'ici 2030, c'est l'objectif du plan « Osez l'IA » du ministère de l'Économie, lancé en juillet 2025. Le nouveau plan vise deux fois plus de monde, mais pour les « former ou acculturer ». Et le compte est vite fait : 80 millions d'euros rapportés à 30 millions de personnes, cela fait moins de 3 euros par tête. Ce budget ne paie donc pas des formations. Il finance des outils gratuits, une plateforme, des tests, des webinaires. La formation elle-même passera par vos droits CPF et par l'argent des entreprises et des branches, et le dossier l'écrit en toutes lettres : « sans créer un nouveau dispositif de financement ».

Ce que je retiens pour vous est plus simple. Quand un État annonce vouloir toucher trente millions de personnes, la question utile n'est pas « est-ce que ça arrivera ? », mais « qui finance, qui forme, et à quoi ? ». Une certification de cinquante heures aux usages de l'IA ne répond pas à la même question qu'une reconversion de neuf mois vers un métier dont les offres ont fondu. Les deux vont se présenter sous le même mot, et la première peut servir la seconde, à condition de ne jamais les confondre.

Trois vérifications avant de choisir une formation

Je ne vais pas vous dire de renoncer à l'informatique, ni de vous y précipiter. Je vais vous donner la grille que j'utilise en entretien, quand quelqu'un arrive avec une formation déjà choisie et un chiffre national dans la tête.

Deux personnes devant un ordinateur portable : un conseiller pointe au stylo une courbe descendante titrée « Offres d'emploi, métiers les plus exposés à l'IA générative », de 2023 à 2026, avec des exemples de métiers concernés (rédaction, support client, tâches administratives, traduction, analyse de données) ; la candidate tient une feuille « Formations » qui liste informatique, ressources humaines, communication, comptabilité et gestion de projet
La courbe nationale se lit à deux, métier par métier : une offre est un flux, pas un poste, et c'est votre bassin qui tranche.

1. Distinguer la tâche du métier

Les indices d'exposition à l'IA mesurent des tâches. Un métier est un paquet de tâches, plus une responsabilité, plus une relation. Le directeur de l'École centrale d'électronique, interrogé par AEF info en septembre 2026, le dit dans sa première phrase : « la vraie question est celle des compétences et de la transformation des métiers, plus que celle du nombre d'emplois ». Il distingue deux profils d'ingénieurs pour la suite, ceux que l'IA « amplifie » et ceux qui « créent ». Une école de journalisme et de communication, dans un contenu partenaire publié par L'Express le même mois, tient le même raisonnement pour ses métiers : ce que la machine absorbe, ce sont les tâches des juniors (transcription, déclinaison, premiers jets) ; ce qui reste, c'est la présence sur le terrain, la responsabilité de ce qu'on signe, et le tri dans l'abondance. C'est une école qui parle de son propre marché, il faut le lire comme tel. Mais le découpage est juste.

La question à vous poser : dans le métier que je vise, quelle part du quotidien est faite de tâches que l'IA fait déjà, et quelle part tient à ce qu'aucun outil ne porte, la responsabilité, la relation, le geste ? Le métier que vous visez a probablement déjà changé entre la fiche que vous avez lue et le poste que vous occuperez.

2. Lire les offres de votre bassin, pas la moyenne nationale

Un écart national de 50 % ne dit rien de ce qui se passe à quarante minutes de chez vous. Le panorama Data Emploi de France Travail descend au département et au métier ; les sites d'offres donnent la photographie du jour, à condition de dater le relevé et de ne jamais confondre des annonces affichées avec des postes. Je n'ai pas, aujourd'hui, de chiffre vérifié sur les offres informatiques du bassin de Poitiers ou de Bordeaux ; je ne vais pas en inventer un. Faites le relevé vous-même, sur deux semaines, pour le métier précis que vous visez. La méthode pour lire un marché local en une semaine est décrite ici, et les métiers accessibles en reconversion sont cartographiés là.

Si vous visez un titre informatique, technicien de proximité ou systèmes et réseaux, ne tranchez pas sur un chiffre de presse. Vérifiez trois choses : les offres locales datées, ce que fait réellement le poste (le terrain, les utilisateurs, la panne à huit heures du matin), et la place que la formation donne déjà aux outils d'IA. Un technicien qui dépanne des personnes n'est pas dans la même colonne qu'un développeur junior qui produit du code standard.

3. Choisir le côté que l'IA amplifie, et le prouver

Une formation ne vous protège pas parce qu'elle est longue ou certifiée. Elle vous protège si elle vous met du côté des compétences que l'IA renforce chez celui qui les possède : comprendre un besoin, arbitrer, répondre de ce qu'on livre. Regardez les métiers que l'IA valorise vraiment et, à l'inverse, ce que l'automatisation fait au métier de comptable : la saisie part, le conseil reste, à condition d'avoir été appris.

Et avant de financer quoi que ce soit, testez le métier. Une rencontre, une immersion, une grille de lecture. Un test qui dit non vous épargne une formation dont les offres se ferment ; un test qui dit oui vous donne la première preuve, celle que ni le chiffre national ni le plan gouvernemental ne peuvent produire à votre place.

Ce qui ne change pas

Les métiers que les auteurs ont pris comme référence, jardiniers, infirmiers, ne sont pas des métiers refuges par hasard. Ils tiennent à un corps, à un lieu, à une personne en face. Le soin, le geste qualifié, l'accompagnement, la formation d'adultes : ces métiers ne sont pas épargnés par l'IA, elle y entre comme outil, mais leur porte d'entrée ne se referme pas, parce que ce qu'on y achète n'est pas une tâche. Ce site en parle depuis longtemps, sans les présenter comme un repli. Ce sont des choix.

Nous vivons une période où le chiffre national fait peur et où la promesse politique rassure, et où aucun des deux ne décide à votre place. Ce qui décide, c'est ce que vous aurez vérifié, dans votre bassin, sur votre métier, avec vos preuves. On ne se reconstruit pas en attendant d'avoir confiance. On se reconstruit en produisant une première preuve.

FAQ

L'IA supprime-t-elle déjà des emplois en France en 2026 ?

Ce qui est mesuré, c'est un recul des nouvelles offres et des embauches dans les métiers les plus exposés, de plus de 50 % par rapport aux métiers peu exposés entre fin 2023 et début 2026, et une contraction de 3,0 % de l'emploi salarié de l'information-communication sur deux ans selon l'INSEE. Ce n'est pas une vague de licenciements ; c'est une porte d'entrée qui se rétrécit, surtout pour les moins de 30 ans.

Faut-il encore se former à l'informatique ?

Pas sur un chiffre national. Le mot « informatique » recouvre des postes très différents. Vérifiez les offres locales du métier précis, ce que fait le poste au quotidien, et la part d'IA déjà intégrée dans la formation. Un métier de proximité ou d'infrastructure ne se lit pas comme un poste de développement junior.

Que change le plan Impulsion IA 2027 pour une personne en reconversion ?

Peu de choses avant 2027. Tout de suite, un cours en ligne gratuit de l'Afpa et, pour les demandeurs d'emploi, des webinaires de France Travail à partir de l'automne. En janvier 2027, la plateforme gratuite « Explore IA » et, si la loi de finances le confirme, l'IA parmi les priorités du CPF, avec plus de cas de cofinancement sans reste à charge. Au printemps 2027, une certification d'État sur l'usage professionnel de l'IA. Aucune de ces mesures ne finance une reconversion longue : elles aident à se former aux usages de l'IA, pas à changer de métier. Le fil daté de l'actualité formation reprendra chaque texte à sa sortie.

Note de méthode

Les chiffres de l'INSEE ont été relus dans la note elle-même et cités mot pour mot. Les chiffres de l'étude Andreescu et Maurin viennent du compte rendu du Monde, dont la seconde moitié est réservée aux abonnés ; l'étude primaire sera ajoutée aux sources dès qu'elle sera accessible. La dépêche AEF sur l'École centrale d'électronique est également réservée aux abonnés : seule sa phrase d'ouverture, publique, est citée. Aucun chiffre local n'a été ajouté faute de relevé vérifié. Le dossier de presse d'Impulsion IA 2027 a été lu en entier le 23 septembre 2026 : les dates citées sont celles qu'il annonce, ce sont des objectifs du ministère et non des mesures en vigueur ; la réforme du CPF dépend du vote de la loi de finances pour 2027.

Sources

La méthode de sourçage appliquée sur ce site est décrite sur la page Sources et méthodologie.

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