Associations : 172 010 salariés, et des employeurs inquiets

Par Publié le 6 min de lecture

Bannière éditoriale : à gauche, une illustration de dix silhouettes stylisées dont une seule en cyan ; à droite, sur fond bleu nuit, le surtitre « Emploi · Nouvelle-Aquitaine » et le titre « Associations : 172 010 salariés, et des employeurs inquiets », avec « employeurs inquiets » en cyan.

En Nouvelle-Aquitaine, 172 010 personnes travaillent comme salariées d'une association. C'est 9,8 % de l'emploi du secteur privé de la région, un peu plus que la moyenne nationale (9 %). Le chiffre vient de la 19ᵉ édition des repères régionaux de Recherches & Solidarités, établie à partir des déclarations sociales des employeurs (URSSAF Caisse nationale et MSA, données 2025), publiée ce mois-ci et relayée par Cap Métiers le 19 octobre.

La même publication contient une autre information, moins visible : au printemps 2026, les associations qui emploient des salariés abordent l'avenir avec beaucoup plus d'inquiétude qu'un an plus tôt. Pour un adulte qui envisage d'y travailler, ces deux chiffres vont ensemble.

En clair
  • Près d'un emploi privé sur dix, en Nouvelle-Aquitaine, est associatif : 172 010 salariés dans 14 850 associations employeuses (données 2025).
  • Plus de la moitié de ces emplois (52 %) relève de l'action sociale et médico-sociale.
  • La moitié des associations employeuses ont moins de trois salariés.
  • Au plan national, 45 % des associations employeuses jugent leur situation difficile en 2026, contre 35 % en 2025.
  • Avant de signer, regardez d'où vient l'argent qui finance le poste.

Où sont les emplois

L'emploi associatif n'est pas un petit monde de bénévoles qui aurait quelques permanents. C'est un employeur de taille : 14 850 associations employeuses dans la région, 774 qui comptent plus de 50 salariés, et 4,4 milliards d'euros de masse salariale. À côté, environ 1,25 million de bénévoles, selon l'estimation prudente des auteurs.

Les postes ne sont pas répartis au hasard.

Salariés des associations en Nouvelle-Aquitaine, par secteur (2025)
Social et médico-social89 380
Autres activités (agriculture, emploi, tourisme…)23 540
Enseignement17 940
Non classées ailleurs13 870
Santé10 740
Sport9 620
Culture4 430
Loisirs2 490

Recherches & Solidarités, « Associations en région, repères et chiffres clés 2026 — Nouvelle-Aquitaine », p. 15, d'après URSSAF Caisse nationale et MSA, données 2025 [consulté le 2026-10-19]. Un salarié employé par deux associations y compte deux fois.

Le social domine : hébergement médico-social et action sociale sans hébergement, selon la nomenclature de l'Insee. C'est aussi là que se trouvent beaucoup de métiers de l'insertion et de l'accompagnement, ceux vers lesquels se tournent de nombreux adultes en quête de sens.

Un calcul simple donne un ordre de grandeur : 4,4 milliards d'euros pour 172 010 postes, cela fait environ 25 600 euros de masse salariale par poste et par an, primes comprises. Ce n'est pas un salaire. Les temps partiels y sont mélangés aux temps pleins, et un salarié de deux associations y figure deux fois. Mais c'est un rappel utile : le secteur paie en moyenne modestement, et beaucoup de postes ne sont pas à temps plein.

Dernier repère, la tendance. Les auteurs notent qu'après un rebond plus rapide que la moyenne nationale à la sortie de la crise sanitaire, l'emploi associatif régional « se stabilise » depuis 2023. Il ne recule pas. Il ne grandit plus.

Ce que disent les employeurs en 2026

Chaque printemps, Recherches & Solidarités interroge des responsables d'associations. L'enquête 2026 a été menée du 6 mai au 13 juin auprès de 1 785 dirigeants, dans toutes les régions. Ses résultats sont nationaux, pas régionaux : il faut les lire comme un contexte, pas comme une mesure de la Nouvelle-Aquitaine.

Associations employeuses (France)20252026
Situation générale difficile ou très difficile aujourd'hui35 %45 %
Pessimisme pour les mois à venir45 %58 %
Réduction des activités envisagée8 %12 %

Source : Recherches & Solidarités, baromètre d'opinion des responsables associatifs, enquête du 6 mai au 13 juin 2026, repris p. 27 de l'édition Nouvelle-Aquitaine [consultée le 2026-10-19].

Le détail est plus net encore. Seuls 40 % des employeurs associatifs jugent leur situation financière satisfaisante, contre 70 % des associations sans salariés. Leurs premières inquiétudes sont la situation financière (70 %) et l'évolution des politiques publiques (51 %).

Autrement dit, ce ne sont pas les bénévoles qui manquent le plus aux associations qui emploient. C'est l'argent, et la visibilité sur l'argent.

Ce que cela change selon votre situation

Vous visez un métier du social ou de l'insertion. Le secteur associatif est l'un de vos premiers employeurs possibles : plus d'un salarié associatif sur deux y travaille dans le social. Si le métier de conseiller en insertion professionnelle vous attire, regardez la page devenir conseiller en insertion professionnelle et les salaires réels du CIP en 2026 : la rémunération dépend beaucoup de l'employeur.

Vous quittez le privé lucratif pour trouver du sens. Le sens existe, la contrainte budgétaire aussi. J'ai écrit sur cet arbitrage dans sens, argent, équilibre : il vaut mieux le chiffrer avant qu'après. Le repère de 25 600 euros de masse salariale par poste ne vous dit pas votre futur salaire, mais il vous dit dans quel ordre de grandeur se situe le secteur.

Vous cherchez un emploi rapidement. La moitié des associations employeuses ont moins de trois salariés. Dans une petite structure, vous serez souvent seul ou presque sur votre fonction, avec un employeur qui est un bureau de bénévoles. Cela peut être formateur. Cela demande aussi d'être autonome dès le premier mois.

Ma lecture

En quinze ans d'accompagnement, j'ai vu beaucoup d'adultes arriver vers l'associatif avec une idée juste et une information incomplète. L'idée juste : on peut y faire un travail utile, au contact des gens, avec des valeurs claires. L'information incomplète : un poste associatif est souvent adossé à un financement, et ce financement a une durée.

Les chiffres de 2026 ne disent pas qu'il faut éviter le secteur. Ils disent que la question du financement n'est plus un détail administratif. Quand 58 % des employeurs associatifs se disent pessimistes pour les mois à venir, la personne qui signe un contrat a le droit, et même le devoir, de demander comment son poste est payé.

C'est une question qui gêne parfois en entretien. Elle ne devrait pas. Un bon employeur associatif sait y répondre, et le fait de la poser montre que vous avez compris le métier.

Côté territoire, l'édition régionale renvoie à des fiches départementales, « Les Essentiels de la vie associative en département », pour qui veut regarder la Vienne, la Gironde ou les Deux-Sèvres de plus près. Pour une vue d'ensemble des pistes de reconversion dans la région, la page reconversion professionnelle en Nouvelle-Aquitaine rassemble les repères utiles, et l'article sur les métiers de sens en Nouvelle-Aquitaine détaille huit métiers concrets. Le médiateur social en fait partie, et il s'exerce souvent en association.

Cinq questions avant de signer

Avant d'accepter un poste dans une association, voici les questions que je vous conseille de poser, calmement, en entretien ou au moment de l'offre.

  1. D'où vient le financement de ce poste ? Subvention publique, convention pluriannuelle, prestation vendue, fonds propres : la réponse vous dit beaucoup sur sa stabilité.
  2. Le financement a-t-il une échéance ? Si le poste dépend d'un appel à projets ou d'un dispositif daté, demandez ce qui est prévu après.
  3. Quelle convention collective s'applique ? Elle fixe la grille de salaire, l'ancienneté et les congés. Elle figure sur le contrat et sur le bulletin de paie.
  4. Qui encadre au quotidien ? Dans une petite association, l'employeur est souvent un bureau de bénévoles. Savoir qui valide votre travail évite bien des malentendus.
  5. Le temps de travail est-il complet ? Beaucoup de postes associatifs sont à temps partiel. Faites le calcul de votre revenu mensuel réel, pas du taux horaire.

Si vous ne savez pas encore vers quel métier aller, commencez par faire le point sur votre situation, puis par la page reconversion, qui pose les étapes dans l'ordre.

Le secteur associatif emploie près d'un salarié du privé sur dix dans la région. Il mérite mieux qu'une image : une décision prise en connaissance de cause, chiffres en main.

Sources : Recherches & Solidarités, « Associations en région, repères et chiffres clés 2026 — Nouvelle-Aquitaine », 19ᵉ édition, réalisée avec le soutien du ministère des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative, d'après URSSAF Caisse nationale et MSA (données 2025) et le baromètre des responsables associatifs 2026 [consulté le 2026-10-19] ; Cap Métiers Nouvelle-Aquitaine, « Le tissu associatif néo-aquitain confirme son dynamisme », 19/10/2026 [consulté le 2026-10-19].

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