Une personne entre dans un bureau de mission locale, de Cap emploi ou d'une structure d'insertion. Elle vient « pour un travail », ou parce qu'on lui a dit de venir. Le conseiller en insertion professionnelle a devant lui une demande, rarement un besoin formulé. Le titre professionnel CIP (fiche RNCP37274, niveau 5) donne un nom à ce qui se joue dans cette première heure : « Analyser la demande de la personne et poser les bases d'un diagnostic partagé ». C'est la deuxième compétence du référentiel. C'est aussi celle que le jury observe en direct, le jour de l'examen.
Le diagnostic partagé n'est pas un questionnaire rempli par le conseiller. C'est une lecture de la situation construite avec la personne : ses attentes, ses atouts, ses freins, les urgences éventuelles, puis des hypothèses de solution qu'elle valide elle-même. À l'examen du titre CIP, cette compétence est jugée dans un entretien de 30 minutes face à un comédien, suivi de 20 minutes pour écrire la synthèse et analyser sa pratique. Le jury regarde surtout une chose : la personne a-t-elle été associée, ou seulement interrogée ?
Ce que dit le référentiel
Le référentiel emploi, activités et compétences du titre (REAC, code TP-00403, validé le 1er décembre 2022) décrit la compétence en une suite d'actes : accueillir la personne, présenter le cadre de l'entretien, favoriser son expression, identifier avec elle ses besoins, ses attentes, ses atouts et ses freins, repérer les situations d'urgence, poser les bases du diagnostic, puis rechercher son adhésion et sa validation.
Il fixe cinq critères de performance. Je les reprends tels quels, parce que ce sont eux qui guident le regard du jury :
| Critère de performance (REAC) | Ce que cela veut dire en entretien |
|---|---|
| Les principes éthiques de la relation d'accompagnement et déontologiques de la structure sont respectés | Le cadre est posé : confidentialité, rôle du conseiller, limites de son intervention |
| Les techniques d'entretien mises en œuvre sont adaptées pour poser les bases d'un diagnostic partagé | Questions ouvertes, reformulation, silence tenu : la personne parle plus que vous |
| Les éléments nécessaires pour poser les bases d'un diagnostic sont identifiés | Situation globale explorée : logement, santé, mobilité, ressources, pas seulement le CV |
| L'adhésion et la validation de la personne sont recherchées de manière pertinente | Les hypothèses sont formulées avec elle et soumises à son accord |
| L'analyse de la pratique identifie les points forts et les axes d'amélioration | Après l'entretien, vous savez dire ce qui a marché et ce que vous changeriez |
Source : France compétences, fiche RNCP37274 et REAC TP-00403 joint à la fiche, fiche compétence professionnelle n° 2 [consultés le 2026-10-24]. La colonne de droite est ma lecture, pas le texte officiel.
Parmi les savoir-faire listés, deux me semblent dire l'essentiel. « Vérifier la conformité de la commande du prescripteur » : la personne arrive souvent envoyée par quelqu'un, avec une attente qui n'est pas la sienne. Et « Identifier son propre cadre de références et s'en distancier » : ce que vous auriez fait à sa place ne compte pas.
Ce que ce n'est pas : un questionnaire
Les équipes que j'ai dirigées, d'abord en Gironde puis à l'IFPA Poitiers, ont mené plus de 8 900 entretiens en 15 ans. La dérive que j'ai vue le plus souvent chez les conseillers débutants tient en une image : l'entretien qui ressemble à un formulaire. Diplôme, permis, dernier emploi, disponibilités. Toutes les cases sont remplies, et rien n'est partagé.
Un questionnaire produit un constat sur la personne. Un diagnostic partagé produit une lecture avec elle. La différence se voit à la fin de l'entretien : la personne peut-elle redire, avec ses mots, où elle en est et ce qu'elle va essayer ? Si oui, il y a eu diagnostic partagé. Si elle repart avec un rendez-vous et l'impression d'avoir été évaluée, il n'y en a pas eu.
Le référentiel le dit à sa manière : il demande de « respecter la décision – le libre arbitre de la personne ». Le conseiller propose des hypothèses. Il ne décide pas du projet à sa place.
Trente minutes face à un comédien
Le jour de l'examen, cette compétence est évaluée dans le bloc 1 du titre, avec une autre : « Informer une personne ou un groupe des ressources en matière d'insertion et des services dématérialisés ». L'épreuve suit un déroulé précis.
Source : fiche RNCP37274, modalités d'évaluation, et référentiel d'évaluation TP-00403 joint à la fiche [consultés le 2026-10-24].
Vous tirez au sort une fiche de scénario sans la lire : elle est remise au comédien, formé à l'improvisation, qui jouera la personne accueillie. Le jury vous indique seulement le type de structure. Vous avez 15 minutes pour vous préparer, puis 30 minutes d'entretien, pendant lesquelles le jury observe en retrait et n'intervient pas. Ensuite, 20 minutes pour rédiger la synthèse de l'entretien et préparer l'analyse de votre pratique, que vous présentez à l'oral avant les questions du jury.
Vous ne savez donc pas qui va entrer. C'est voulu : le métier est ainsi. L'épreuve ne mesure pas votre connaissance des dispositifs, que le déroulé complet de l'examen CIP détaille par ailleurs, mais votre capacité à ouvrir un espace où l'autre parle.
Ce que cela change selon votre parcours
Vous venez du travail social. Vous avez l'écoute et le sens du cadre. Le piège, pour vous, est l'inverse du questionnaire : un entretien chaleureux qui n'aboutit à aucune hypothèse. Le jury attend que l'entretien produise quelque chose.
Vous venez des ressources humaines ou du recrutement. Vous savez conduire un entretien structuré, mais un entretien de recrutement évalue un candidat. Ici, personne n'est évalué. Il faut désapprendre le réflexe du tri. Le parcours d'une reconversion vers le CIP à 45 ans montre bien ce déplacement.
Vous venez de l'enseignement ou du commerce. Vous avez l'aisance à l'oral, et parfois l'envie de conseiller trop vite. Le diagnostic partagé demande de retarder la solution. Une journée de conseiller en insertion montre la place qu'occupent ces entretiens dans le quotidien du métier.
Une compétence transverse revient dans tous les cas : l'écrit professionnel. La synthèse de 20 minutes doit être lisible par un collègue qui ne connaît pas la personne, sans jugement et sans approximation.
Ce que je propose : partager la synthèse
Le référentiel contient un savoir-faire précis : « Rédiger une synthèse de l'entretien et la partager avec la personne ». Or, à l'examen, la synthèse s'écrit après l'entretien, pour le jury, une fois le comédien sorti. Le partage avec la personne, qui est le sens même du mot « partagé », n'est pas observé à ce moment-là.
Je ne demande pas de refaire l'épreuve. Je propose deux choses plus simples :
- En formation, finir chaque entretien simulé par la synthèse dite à voix haute à la personne. Deux minutes, avec vos mots, et sa réaction. C'est là qu'on découvre ce qu'on a mal compris.
- En stage, demander à relire vos synthèses avec votre tuteur. Une synthèse que la personne ne reconnaîtrait pas est un constat, pas un diagnostic.
Je le relie à une conviction que je défends : l'entretien s'apprend mieux en présentiel, avec des pairs qui observent et un formateur qui arrête la scène au bon moment. Le référentiel prévoit aussi l'entretien à distance, et il a raison : c'est devenu une réalité du métier. Mais on apprend à lire un silence dans une salle avant de le lire dans une visio. J'en ai pesé les arguments dans formation à distance ou en présentiel.
Avant de choisir une formation CIP
- Lisez la fiche RNCP37274, liée plus haut, et vérifiez qu'une formation est bien inscrite au RNCP.
- Demandez à chaque organisme combien d'entretiens simulés vous ferez, avec quel retour, et s'ils sont filmés.
- Regardez la durée du stage : la fiche d'examen du bloc 1 impose un dossier tiré de périodes en entreprise d'au moins 70 heures. La page devenir conseiller en insertion professionnelle présente le métier et ses débouchés, et le salaire d'un CIP en 2026 vous dit ce que vous pouvez en attendre.
- Pour le financement, voyez les pistes de financement d'une reconversion et la page formation professionnelle pour adultes.
À Poitiers, la formation CIP de l'IFPA Poitiers dure 7 mois, 1 015 heures en présentiel, dont 630 heures en centre et 385 heures de stage en structure d'accompagnement, sans alternance ; les entretiens y sont travaillés en simulations filmées. La définition de cette compétence est aussi sur la fiche compétence de l'IFPA Poitiers. Je dirige l'IFPA Poitiers, et je le dis : lire cet article ne vous engage pas à y suivre une formation. Comparez au moins deux autres organismes ; pour un avis neutre, le conseil en évolution professionnelle est gratuit (mon-cep.org).
Si votre projet n'est pas encore arrêté, le bilan gratuit vous dit où vous en êtes : sept questions, trois minutes, sans inscription pour commencer.
Un diagnostic se construit à deux
Le titre CIP aurait pu appeler cette compétence « évaluer la situation de la personne ». Il a choisi « poser les bases d'un diagnostic partagé ». Chaque mot compte : des bases, pas une conclusion ; partagé, pas rendu.
C'est une compétence exigeante, parce qu'elle demande de se taire au moment où l'on croit avoir compris. C'est aussi celle qui donne sa dignité au métier : la personne repart avec une lecture de sa situation qu'elle a construite, et qu'elle peut défendre.
Sources complémentaires : arrêté du 21 novembre 2022 relatif au titre professionnel de conseiller en insertion professionnelle (JO du 1er décembre 2022), base légale indiquée sur la fiche RNCP37274 ; ifpa86.fr, page de la formation CIP, informations mises à jour le 25 septembre 2026 [consultées le 2026-10-24].