- Deux points d'écart, et tout le reste caché dedans
- À soixante ans, la France sort du marché
- Le diplôme décide, et plus qu'ailleurs
- Travailler et se former en même temps
- Ce que ça change si c'est vous que ça concerne
À soixante et un ans, en France, vous avez un peu moins d'une chance sur deux d'être encore en emploi. Aux Pays-Bas, sept sur dix. Ce n'est pas une différence de tempérament national, ni de courage. C'est un écart de onze points avec la moyenne européenne, mesuré sur la même enquête, la même année, avec la même définition.
La Dares a publié en septembre 2026 une comparaison européenne des taux d'emploi. Le chiffre de tête est presque rassurant : 69 % des 15-64 ans en emploi en France en 2025, deux points seulement sous la moyenne de l'Union européenne. C'est en ouvrant la boîte que ça devient intéressant.
La France n'a pas un problème d'emploi en général. Elle a un problème aux deux bords : les jeunes qui entrent, les seniors qui sortent — et, au milieu, ceux qui ne sont pas diplômés du supérieur. Sur les 25-54 ans diplômés du supérieur, l'écart avec l'Europe est quasi nul. Sur les moins diplômés, il est de trois points. Sur les 60-64 ans, de onze. Si vous êtes en reconversion sans diplôme long, ou après 55 ans, ces chiffres parlent de vous — et ils disent où se joue la partie.
Deux points d'écart, et tout le reste caché dedans
Un taux d'emploi global, c'est une moyenne. Et une moyenne, par construction, écrase ce qui la compose. Celle-ci écrase beaucoup.
La France est à 69 %. Les Pays-Bas sont à 82 %, l'Allemagne et le Danemark à 77 %. Treize points d'écart avec le premier : ce n'est plus un réglage, c'est un modèle différent. Mais l'écart ne se répartit pas également sur les âges, et c'est tout le sujet.
Sur les 25-54 ans, la France est à 83 % — exactement la moyenne européenne. La tranche où l'on travaille le plus n'est pas le problème. Elle progresse d'ailleurs moins vite qu'ailleurs (+2 points en vingt ans contre +6 dans l'Union), mais elle tient son rang.
C'est avant et après que ça se gâte.
À soixante ans, la France sort du marché
Le taux d'emploi des 55-64 ans s'établit à 62 % en France, au dix-septième rang européen, cinq points sous la moyenne. Là encore, la moyenne ment : découpez la tranche en deux et le tableau se retourne.
À 55-59 ans, la France est à 79 %. C'est un niveau normal, dans la continuité des 25-54 ans, et comparable à ses voisins. Le décrochage n'est pas là.
Il est à 60-64 ans.
Source : Dares Analyses n° 38, septembre 2026, d'après Eurostat, Labour Force Survey, données extraites en juillet 2026 [consulté le 2026-09-17]. La valeur de la moyenne européenne n'est pas imprimée telle quelle dans la publication : elle est déduite de l'écart de onze points annoncé pour la France, d'où le « environ ».
Vingt-six points entre la France et les Pays-Bas, sur la même tranche d'âge, la même année. Et le plus troublant n'est pas le niveau : c'est la trajectoire. En vingt ans, la France a gagné environ trente points sur cette tranche — une progression considérable, qui a suivi les réformes des retraites successives. Sauf que les Pays-Bas en ont gagné quarante-sept et l'Allemagne trente-neuf, en partant déjà de plus haut. L'écart ne s'est pas réduit. Il s'est creusé.
Derrière, il y a une donnée simple et rarement citée : l'âge effectif moyen de sortie du marché du travail est d'environ 62 ans en France, contre 64 ans dans l'Union européenne. Aux Pays-Bas et au Danemark, il dépasse 65 ans — et ces deux pays combinent départ tardif et taux d'emploi élevé, ce qui casse l'idée que l'un se paierait par l'autre.
Un mot sur les femmes, parce que le chiffre est contre-intuitif : sur les 60-64 ans, l'écart entre la France et la moyenne européenne est plus faible pour les femmes (43 % contre 49 %, soit cinq points) que pour l'ensemble. La Dares l'explique par un taux d'emploi des femmes françaises déjà plus élevé que la moyenne pendant toute la vie active. Ce n'est pas une consolation, c'est une indication : le problème français de fin de carrière est moins un problème de genre qu'un problème de sortie.
Si vous êtes concerné, j'ai écrit ailleurs sur l'emploi après 55 ans et ce qui change vraiment — le chiffre européen ne fait que confirmer ce que le terrain montre.
Le diplôme décide, et plus qu'ailleurs
Voici le résultat qui devrait circuler, et qui ne circulera pas.
Sur les 25-54 ans, l'écart entre la France et l'Europe dépend entièrement du niveau de diplôme. Il se réduit à mesure que le diplôme s'élève, jusqu'à disparaître.
| Niveau de diplôme (25-54 ans, 2025) | Taux d'emploi UE27 | Position de la France |
|---|---|---|
| Peu ou pas diplômé (CITE 0-2) | 63 % | 60 %, soit trois points en dessous |
| Niveau intermédiaire (CITE 3-4) | 83 % | écart réduit |
| Diplômé du supérieur (CITE 5-8) | 90 % | écart quasi nul |
Soixante pour cent contre soixante-dix aux Pays-Bas, soixante-quatre en Allemagne. Dix points d'écart avec le premier, sur la population qui a le moins de marge de manœuvre.
Et il y a un effet de loupe qu'il faut connaître, parce qu'il masque le problème : la France compte 50 % de diplômés du supérieur chez les 25-54 ans, contre 41 % dans l'Union. Cette proportion plus forte tire la moyenne nationale vers le haut. Autrement dit, le 83 % français, identique à la moyenne européenne, est obtenu avec une structure de diplômes plus favorable. À structure égale, l'écart serait défavorable. Le chiffre rassurant est un chiffre composé.
C'est exactement ce que je vois dans les parcours : le marché français est dur avec ceux qui n'ont pas de titre à montrer, plus dur qu'ailleurs, et l'obtention d'une certification reconnue change la donne davantage ici qu'en Allemagne ou aux Pays-Bas. Ce n'est pas une injonction au diplôme — c'est une lecture du terrain de jeu. J'ai détaillé les voies praticables dans se reconvertir sans diplôme : sept chemins crédibles, et le panorama des titres accessibles aux adultes est sur la page métiers.
Travailler et se former en même temps
Sur les jeunes, la publication ne se contente pas de constater. Elle désigne un mécanisme, et ce mécanisme dépasse largement les jeunes.
Le taux d'emploi des 15-24 ans est de 35 % en France, huitième rang européen, à peu près la moyenne de l'Union. Il a progressé de quatre points en vingt ans quand l'Union en gagnait un — et cette hausse est entièrement concentrée depuis 2018, cinq points, que la Dares relie à la réforme de l'apprentissage. Une politique publique dont on peut lire l'effet dans une série statistique : c'est assez rare pour être noté.
Mais regardez ce qui sépare vraiment la France des pays de tête :
| Situation des 15-24 ans, 2025 | France | UE27 | Danemark | Pays-Bas |
|---|---|---|---|---|
| En emploi et en formation | 18 % | 17 % | 42 % | 58 % |
| En formation, sans emploi | 54 % | 57 % | 32 % | 20 % |
| En emploi, sans formation | 16 % | 17 % | 19 % | 18 % |
La ligne qui compte est la première. Les jeunes néerlandais ne travaillent pas au lieu d'étudier — ils font les deux en même temps, trois fois plus souvent que les jeunes français. Et la part de ceux qui sont en emploi sans aucune formation est presque identique partout. L'écart ne vient donc pas d'un rapport au travail différent. Il vient de l'articulation entre les deux.
Cette phrase vaut pour les adultes autant que pour les jeunes, et c'est là que la publication cesse d'être un document de statisticien pour devenir une indication pratique. Le modèle qui gagne n'est pas « je me forme, puis je cherche ». C'est « je me forme dans le travail ». C'est ce que permettent l'alternance, les périodes en entreprise d'un titre professionnel, et l'AFEST, qui forme en situation de travail sans quitter son poste. C'est aussi pourquoi un stage qui devient un poste n'est pas un coup de chance : c'est le mécanisme normal quand l'articulation existe.
Un chiffre confirme l'enjeu de la transition : le taux d'emploi des 15-34 ans sortis du système éducatif est de 71 % dans les trois ans suivant le diplôme en France, contre 76 % dans l'Union — cinq points de retard. Au-delà de trois ans, l'écart tombe à deux points. Le problème français n'est pas la valeur du diplôme. C'est le passage.
Ce que ça change si c'est vous que ça concerne
Une comparaison européenne ne dit rien de votre dossier. Mais elle dit dans quel décor il se joue, et trois choses en découlent concrètement.
Si vous avez plus de 55 ans. Le décrochage français commence à 60 ans, pas à 55. La fenêtre 55-59 est normale en France — 79 % de taux d'emploi. Ce qui veut dire qu'un projet lancé à 55 ou 56 ans ne part pas contre le vent : il part dans une tranche d'âge où le pays emploie normalement. C'est après que le système pousse dehors. Le calendrier compte donc davantage ici qu'ailleurs, et l'anticipation vaut plus qu'une reconversion à 61 ans menée dans l'urgence.
Si vous n'avez pas de diplôme du supérieur. Le marché français vous est plus sévère que la moyenne européenne — trois points sous l'Union, dix sous les Pays-Bas. Ce n'est pas une fatalité, c'est une information sur le coût d'entrée. Elle plaide pour une certification reconnue plutôt qu'une formation courte non certifiante : dans un pays où le titre pèse lourd, obtenir un titre professionnel change davantage votre position qu'il ne la changerait à Rotterdam. Les dispositifs qui le financent sont détaillés sur la page financement de la reconversion.
Si vous hésitez entre vous former d'abord ou travailler d'abord. La donnée européenne tranche, et pas dans le sens qu'on croit : ce n'est ni l'un ni l'autre, c'est les deux ensemble. Chaque fois qu'un montage permet de rester en activité pendant la formation, il vous rapproche du modèle qui produit les meilleurs taux d'emploi du continent. Les formules existent en France — elles sont simplement moins installées, donc moins proposées, donc à demander. Le panorama en est sur la page formation professionnelle pour adultes.
Un dernier mot sur ce que ces chiffres ne disent pas. Ils ne disent pas que la France travaille moins. Sur les 25-54 ans, le taux d'emploi à temps plein y est d'environ 70 %, comme dans l'Union — et supérieur aux Pays-Bas (57 %), à l'Autriche (60 %) et à l'Allemagne (61 %), qui compensent par un temps partiel massif. Le modèle néerlandais n'est pas « plus de travail », c'est « plus de gens qui en ont un peu ». Ce sont deux sociétés différentes, pas une bonne et une mauvaise. Ce qui reste indiscutable, en revanche, c'est le sort réservé chez nous aux deux bords : ceux qui entrent et ceux qui devraient pouvoir rester.
Si vous vous reconnaissez dans l'un de ces bords et que vous voulez poser votre situation à plat plutôt que de la subir, le bilan gratuit en 3 minutes sert exactement à ça : formuler la question avant de chercher la réponse.
L'étude complète, huit pages, douze graphiques et un encadré méthodologique : Dares Analyses n° 38 — Comment se situe la France à l'échelle européenne en matière de taux d'emploi ? (PDF, 8 pages). La page officielle de la publication, avec les données des graphiques en téléchargement, est ici : dares.travail-emploi.gouv.fr.
Source : Thibault Cruzet, « Comment se situe la France à l'échelle européenne en matière de taux d'emploi ? », Dares Analyses n° 38, septembre 2026, ministère chargé du Travail. Données Eurostat, Labour Force Survey, extraites en juillet 2026 sur une base actualisée en juin 2026 ; en France, l'enquête Emploi en continu de l'Insee en est la déclinaison. Page consultée le 17 septembre 2026. Les séries 2005-2025 comportent une rupture en 2021 liée à un questionnaire rénové : la Dares précise avoir comparé les évolutions non ajustées aux séries ajustées, avec moins d'un point d'écart.