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À bac+2, la santé-social devance le master

Enquête Céreq 2024 : trois ans après, 93 % des diplômés santé-social bac+2 sont en emploi, contre 87 % des masters. Ce que le niveau de diplôme ne dit pas.

Bannière éditoriale : la valeur d'un diplôme tient autant à sa spécialité qu'à son niveau

La question qui revient à chaque fois

Elle avait posé son dossier sur la table sans l'ouvrir. Quarante-trois ans, onze ans dans la logistique, un projet d'aide-soignante qu'elle portait depuis deux hivers. Et cette phrase, presque en s'excusant : « Si je fais un bac+2, je vais me retrouver en bas de l'échelle, non ? »

C'est la question la plus fréquente que j'entends. Elle est rarement formulée comme ça. Elle arrive déguisée en « est-ce que ça vaut le coup », en « je ne veux pas repartir de zéro », en « autant viser plus haut tant qu'à faire ». Derrière, il y a toujours la même croyance : la valeur d'une formation se lit sur son niveau. Plus haut, mieux c'est.

Une publication du Céreq parue cet été vient déranger cette croyance. Pas en la contredisant frontalement — les hiérarchies scolaires tiennent, et elles tiennent même très bien. Mais en montrant qu'à l'intérieur de ces hiérarchies, une ligne échappe à la règle. Et cette ligne concerne exactement le type de formations vers lesquelles beaucoup d'adultes se reconvertissent.

Ce que mesure vraiment l'enquête

Le Céreq interroge, tous les trois ans, une génération entière de sortants du système éducatif. Les résultats publiés en 2026 portent sur les jeunes sortis en 2021, interrogés en 2024 — donc trois ans après leur sortie de formation initiale. Ils sont comparés à la Génération 2017, observée selon le même protocole.

Le tableau ci-dessous reprend leur situation à cette échéance de trois ans.

Plus haut diplômeEn emploiAu chômageEn emploi durableRevenu médian au 1er emploi
Sans diplôme43 %40 %41 %1 260 €
CAP-BEP65 %25 %55 %1 360 €
Bac71 %18 %56 %1 400 €
Bac+281 %13 %66 %1 480 €
Bac+2 santé-social93 %3 %79 %1 840 €
Bac+3/478 %13 %67 %1 530 €
Master87 %9 %71 %1 810 €
Ingénieur, commerce90 %7 %76 %2 130 €
Doctorat90 %6 %71 %2 410 €
Ensemble74 %16 %64 %1 530 €

Source : Céreq, enquête 2024 auprès de la Génération 2021, Céreq Bref n° 487-488 [consulté le 2026-08-04]. Situation observée trois ans après la sortie du système éducatif. Champ : ensemble des sortants, hors contrats de professionnalisation et résidents à l'étranger. « Emploi durable » désigne le CDI, l'emploi de fonctionnaire ou l'activité indépendante.

Deux lectures s'imposent avant d'aller plus loin. La première est brutale : sans diplôme, quarante pour cent des jeunes sont au chômage trois ans après, et leur revenu médian au premier emploi passe sous le SMIC mensuel net à temps plein, effet du temps partiel. La seconde est moins visible : l'emploi durable recule pour presque tous les niveaux. Il ne concerne plus que 64 % des jeunes en emploi, contre une part nettement supérieure dans la Génération 2017. Le marché n'est pas devenu plus accueillant. Il est devenu plus instable, y compris pour les diplômés.

La ligne qui dérange dans le tableau

Regardez la cinquième ligne. À bac+2, les diplômés de la santé et du social sont 93 % en emploi, avec 3 % de chômage et 79 % en emploi durable. Un master, deux à trois années d'études de plus, affiche 87 %, 9 % et 71 %. Un doctorat, 90 %, 6 % et 71 %.

Sur les trois indicateurs qui comptent quand on cherche du travail — trouver, ne pas rester dehors, tenir dans la durée — un bac+2 santé-social fait mieux qu'un bac+5 universitaire. Le seul indicateur où l'ordre attendu se rétablit est le salaire d'embauche.

Le Céreq ne le formule pas comme une anecdote. Les auteurs l'écrivent explicitement :

« les diplômes de la santé et du social de l'enseignement supérieur court occupent un rang à part : s'ils ne sont pas les plus valorisés symboliquement ou les plus identifiés comme "sélectifs", ils offrent pourtant des conditions d'insertion singulièrement favorables. »

Ils ajoutent une observation qui va dans le même sens : le doctorat offre des chances d'accéder à l'emploi stable « presque toujours inférieures à celles des diplômés de bac+5 hors université ». Et les titulaires d'un master universitaire se retrouvent plus exposés au déclassement que certains diplômés de niveau inférieur.

Autrement dit : la hiérarchie des diplômes existe, mais elle n'est pas la même selon ce qu'on mesure. Elle est verticale et stable sur les salaires. Elle est beaucoup plus désordonnée sur l'accès à l'emploi et sur la stabilité. C'est précisément la nuance que le débat public efface quand il oppose « faire des études » et « ne pas en faire ».

Ce que ces chiffres ne disent pas de vous

Il faut être net sur un point, parce que c'est là que les articles sur ce sujet dérapent en général.

Cette enquête porte sur des jeunes en formation initiale. Des personnes sorties du système éducatif en 2021, à vingt ou vingt-cinq ans, observées trois ans plus tard. Ce n'est pas la situation d'une femme de quarante-trois ans qui quitte la logistique pour le soin. Elle n'a pas le même point de départ, pas le même réseau, pas les mêmes contraintes, et surtout pas le même passé professionnel — qui est un actif, pas un handicap.

Les taux du tableau ne se transposent donc pas à une reconversion adulte. Ce qui se transpose, c'est autre chose, et c'est plus utile : la structure du marché que ces jeunes rencontrent est la même que celle que vous rencontrerez. Les secteurs qui absorbent vite absorbent vite pour tout le monde. Les filières où l'on se bouscule à l'entrée se bousculent aussi pour vous. Le signal du Céreq ne vous dit pas quel taux vous obtiendrez. Il vous dit où la porte est large.

C'est aussi pour cela qu'un titre professionnel obtenu à quarante ans ne se compare pas mécaniquement à un diplôme initial : il s'ajoute à une expérience, il ne la remplace pas. La question de la reconnaissance réelle d'une certification reste, elle, exactement la même à tout âge — et elle se vérifie avant de s'engager, pas après.

Choisir un niveau, ou choisir une place

Ce que ces données changent concrètement, quand on prépare une reconversion professionnelle, tient en trois arbitrages.

Premier arbitrage : viser une place, pas un étage. La question utile n'est pas « quel niveau vais-je atteindre » mais « à la sortie, combien de personnes seront recherchées pour ce que je saurai faire ». Un bac+2 dans une filière qui manque de bras vaut mieux qu'un bac+5 dans une filière saturée. Le tableau ci-dessus en donne la démonstration chiffrée, sur données publiques.

Deuxième arbitrage : regarder la stabilité, pas seulement l'embauche. L'indicateur qui se dégrade le plus dans cette enquête est l'emploi durable. Une formation qui débouche vite sur un CDD de trois mois n'a pas la même valeur qu'une formation qui débouche un peu moins vite sur un poste qui tient. Sur les métiers accessibles en reconversion, c'est ce second critère qu'il faut instruire, et il ne figure jamais dans les plaquettes. À l'échelle d'un territoire, la question devient très concrète : les métiers qui recrutent en Nouvelle-Aquitaine ne sont pas ceux dont on parle le plus.

Troisième arbitrage : ne pas payer pour un niveau qui ne sert à rien. Monter d'un cran coûte du temps, de l'argent et de l'énergie. Si ce cran n'améliore ni l'accès à l'emploi ni la stabilité, il n'améliore que la ligne sur le CV. Les règles de financement d'une reconversion sont suffisamment contraintes pour qu'on ne dépense pas ses droits dans un étage décoratif. La différence entre une qualification et une certification mérite ici d'être posée à froid.

Un mot pour finir sur la femme du début. Elle a commencé sa formation d'aide-soignante en janvier. Elle n'est pas « en bas de l'échelle » : elle est dans la colonne du tableau où l'on trouve du travail. Ce n'est pas la même chose, et personne ne le lui avait dit.

Le diplôme protège encore. Mais il protège d'autant mieux qu'on a choisi le bon, pas le plus haut.

À retenir

Trois ans après leur sortie, 74 % des jeunes de la Génération 2021 sont en emploi et 16 % au chômage. Le niveau de diplôme reste protecteur : sans diplôme, le chômage atteint 40 %. Mais à bac+2, la filière santé-social devance le master sur l'emploi, le chômage et la stabilité. Pour une reconversion adulte, ces taux ne se transposent pas tels quels — la structure du marché qu'ils révèlent, si.

Faire le point sur votre projet avant de choisir un niveau de formation.


Source

Ilardi V., Lercari L., Merlin F. (2026). S'insérer dans un monde instable : le diplôme reste une valeur sûre. Enquête 2024 sur la Génération 2021. Céreq Bref, n° 487-488, 8 p. [Consulté le 4 août 2026.]