Cent cinquante euros. C’est ce que coûte aujourd’hui une formation payée avec votre CPF quand vous êtes salarié, depuis le 2 avril 2026. Presque personne ne vous l’a dit.
Pendant ce temps, vous allez lire partout que le CPF est mort. C’est faux. À ce jour, aucune règle nouvelle n’est applicable. Aucune.
Vous regardez la mauvaise annonce.
Révélée par la presse début septembre, une fiche du ministère a été présentée aux acteurs du CPF le 10 septembre, au lendemain de la publication de cet article. Elle n’est pas publiée. Selon la dépêche AEF info n° 756395 du 9 septembre 2026, rapportée par CPFormation, elle contient des pistes, pas des règles :
- un questionnaire préalable avant de mobiliser votre CPF, et une appréciation de la maturité de votre projet ;
- si le projet est jugé insuffisamment consolidé, une orientation vers le conseil en évolution professionnelle (CEP), qui n’aurait aucun pouvoir d’autoriser ni d’interdire votre formation ;
- une participation plus élevée en cas de refus de cet accompagnement, sans montant publié ;
- un parcours simplifié quand le projet est cofinancé (employeur, OPCO ou Région), prescrit par France Travail, ou qu’il vise un métier en tension, une VAE ou un bilan de compétences ;
- une contribution réduite envisagée pour les demandeurs d’emploi ;
- au moins 300 millions d’euros d’économies visées sur le CPF pour 2027.
Toujours selon CPFormation, plusieurs options sont écartées, dont l’autorisation obligatoire de l’employeur, la validation obligatoire par le CEP et le cofinancement systématique. Et gardez la nuance en tête : aujourd’hui, les demandeurs d’emploi ne paient pas la participation, les salariés si. La contribution réduite des demandeurs d’emploi n’est qu’une piste, qui n’existe dans aucun texte. Le projet de loi de finances pour 2027 sera présenté en Conseil des ministres le 1er octobre 2026. Ce que ça change pour préparer votre projet.
Mise à jour du 3 octobre 2026 : le projet de loi de finances pour 2027 (n° 3210, article 89), déposé le 1er octobre et pas encore voté, prévoit, en plus de la participation de base, une majoration pour les formations qui ne sont ni prioritaires ni cofinancées, sauf exceptions (dont la VAE et le bilan de compétences). Le texte ne fixe aucun de ces montants, renvoyés à un décret en Conseil d’État. Pour une formation validée sur Mon Compte Formation depuis le 2 octobre, la plateforme annonce un complément pouvant atteindre 200 €, à régler le cas échéant en 2027. Un demandeur d’emploi ne serait plus dispensé de la participation que dans certains cas, notamment pour une VAE, une formation prioritaire ou cofinancée ; sinon, il paierait la participation de base, jamais la majoration. L’exposé des motifs de l’article décrit un questionnaire de préparation du projet de formation ; à défaut, une orientation vers un conseil en évolution professionnelle, ou une participation plus importante. Il en attend 350 millions d’euros d’économies au titre du CPF en 2027. Le détail, situation par situation.
- Ce que le ministre a dit, exactement
- Ce qui n’est pas encore voté
- Ce qui s’applique déjà, et que personne n’a relayé
- L’effet est déjà mesuré
- Le vrai débat est politique
- Quatre gestes, cette semaine
La transformation du CPF en « compte professionnel de formation », annoncée le 16 juillet 2026, n’est inscrite ni dans une loi ni dans un décret. Deux réformes, elles, s’appliquent déjà — une participation de 150 € depuis le 2 avril et des plafonds par type d’action depuis février. La Dares a mesuré leur effet : 1 226 000 entrées en 2025, soit 11 % de moins qu’en 2024.
Je dirige un organisme de formation. Ces dossiers, je les vois passer toutes les semaines. Et je ne vous vends rien : je ne vous recommanderai aucune formation ni aucun organisme dans cet article.

Ce que le ministre a dit, exactement
Le 16 juillet 2026, le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou annonce qu’il veut changer une lettre. Le P de CPF : de personnel à professionnel.
Un mot. Mais qui déplace tout.
Aujourd’hui, vous mobilisez vos droits, vous décidez, vous partez en formation. Dans le schéma décrit par le ministre, un tiers vérifierait avant vous que votre projet est cohérent avec votre parcours. Sur le temps de travail, ce serait votre employeur. Hors temps de travail, un opérateur du conseil en évolution professionnelle.
Voilà ce qui a été dit. Maintenant, ce qui a été écrit.
Ce qui n’est pas encore voté
Rien qui ait force de loi.
À ce jour, cette vérification préalable n’est inscrite ni dans une loi ni dans un décret. Une fiche du ministère a bien été présentée aux acteurs du CPF le 10 septembre, mais elle n’est pas publiée. Depuis le 1er octobre, l’exposé des motifs de l’article 89 du projet de loi de finances pour 2027 décrit un questionnaire de préparation du projet de formation, mais ce texte n’est pas voté. C’est une intention, pas encore une règle.
On ne savait même pas, jusqu’au 1er octobre, par quel véhicule elle passerait : ce serait le projet de loi de finances pour 2027. La CFDT, dans son communiqué du 21 juillet 2026, considère qu’une mesure pareille remettrait en cause « non seulement un équilibre construit par les partenaires sociaux par les ANI de 2013 et de 2018 mais aussi la philosophie de la loi du 5 septembre 2018 » (communiqué de la CFDT). Autrement dit : pas un décret d’application, une réécriture de la loi.
Donc si vous avez un projet en cours, entendez bien ceci. Ne le suspendez pas. Le cadre actuel reste en vigueur. Suspendre un projet à cause d’une réforme qui n’est pas votée, c’est offrir des mois à quelque chose qui n’existe pas.
C’est l’erreur que je vois passer le plus en ce moment.
Ce qui s’applique déjà, et que personne n’a relayé
Voilà la vraie information de l’année. Elle est passée presque inaperçue.
| Ce qui s’applique | Depuis | Le texte |
|---|---|---|
| Participation forfaitaire de 150 € par inscription | 2 avril 2026 | Décret n° 2026-234 du 30 mars 2026 |
| Plafond 1 500 € pour une certification du répertoire spécifique | février 2026 | Décret n° 2026-127 du 24 février 2026 |
| Plafond 1 600 € pour un bilan de compétences, carence de 5 ans | février 2026 | Décret n° 2026-127 du 24 février 2026 |
| Plafond 900 € pour le permis du groupe léger | février 2026 | Décret n° 2026-127 du 24 février 2026 |
La participation a connu quatre montants : 100 € (mai 2024), 102,23 € (2025), 103,20 € (janvier 2026), 150 € (avril 2026). Cinquante pour cent d’augmentation en moins de deux ans (décret n° 2024-394 du 29 avril 2024, arrêtés du 26 décembre 2024 et du 30 décembre 2025, décret n° 2026-234 du 30 mars 2026 ; service-public).
Sur le bilan de compétences, il y a une condition qu’on oublie systématiquement : si vous en avez eu un financé sur fonds publics dans les cinq dernières années, vous n’y avez plus droit. Vérifiez-la avant toute démarche, pas après.
Et une précision qui éclaire tout le reste : la participation ne s’applique pas si vous êtes demandeur d’emploi inscrit (règle en vigueur ; le projet de loi de finances pour 2027, article 89, ne vous en dispenserait plus que dans certains cas, notamment pour une VAE, une formation prioritaire ou cofinancée), ni si votre employeur abonde votre dossier. Elle ne s’applique pas non plus si vous mobilisez des points de votre compte professionnel de prévention (C2P), ni si vous bénéficiez d’un abondement au titre d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle (AT-MP).
Retenez cette phrase, tout le reste en découle : les demandeurs d’emploi ne paient pas (règle en vigueur, que le projet de loi de finances pour 2027 restreindrait), les salariés si. Le détail des cas dans la fiche reste à charge CPF.
Concrètement : une certification affichée 2 400 € vous laisse 900 € à financer au-delà du plafond, plus les 150 € de participation. Soit 1 050 € de votre poche, pour une formation que vous pensiez financée intégralement.
L’effet est déjà mesuré
En 2025, 1 226 000 formations ont démarré via le CPF. Onze pour cent de moins qu’en 2024. C’est la Dares qui le publie, le 9 juillet 2026 (Dares Résultats n° 30).
Mais la moyenne cache l’essentiel, et la Dares le dit dans sa propre phrase : « La hausse des entrées en formation des personnes inscrites à France Travail (+8 %, après +14 % en 2024) limite la diminution constatée sur les autres profils à la suite de l’introduction de la participation forfaitaire obligatoire en 2024. »
Relisez-la lentement. Les entrées montent chez les personnes inscrites à France Travail. La baisse de 11 % est donc portée entièrement par les autres — c’est-à-dire, pour l’essentiel, par les salariés.
Et souvenez-vous de ce qui précède : les inscrits ne paient pas la participation (règle en vigueur, que le projet de loi de finances pour 2027 restreindrait). Les salariés, si.
Deux autres chiffres de la même publication, pour situer : les transports reculent de 21 % mais restent le premier domaine de formation, avec 40 % des formations réalisées en 2025 ; les formations à la création d’entreprise chutent de 60 %, la fin de l’éligibilité des formations non certifiantes étant passée par là.
Alors voilà ce que ça veut dire, et je pèse mes mots.
Le CPF n’a pas été fermé. Il est devenu payant.
Le filtre qui trie aujourd’hui, ce n’est pas la cohérence de votre projet. C’est votre capacité à sortir 150 € de votre poche.
Le vrai débat est politique
Le débat de fond n’est pas technique, et il mérite d’être posé honnêtement des deux côtés.
D’un côté, le CPF a été conçu en 2018 comme un droit individuel : vous décidez, vous partez. C’est la lecture que défend la CFDT, qui refuse que « les droits acquis par les salariés servent à financer des formations qui relèvent du plan de développement des compétences ».
De l’autre, les organisations patronales sont favorables à une vérification, en faisant valoir que ce sont les entreprises qui financent le dispositif. Ce n’est pas un clivage simple.
Ce que j’observe, c’est une chronologie : la contrainte budgétaire pesant sur la mission Travail et emploi précède l’annonce, elle ne la suit pas. Ce n’est pas une accusation, c’est un ordre des faits — et il explique pourquoi la date à surveiller est celle du projet de loi de finances, pas celle d’un entretien.
Je le redis parce que ça compte : je dirige un organisme de formation, l’IFPA Poitiers (Titres Pro CIP, FPA, TIP, TSSR), dont une partie des stagiaires mobilise le CPF. Je ne réalise pas de bilans de compétences. Une règle qui renchérit le CPF touche donc mon activité : lisez ce texte en le sachant. Je ne vous recommande ici aucune formation ni aucun organisme.
Quatre gestes, cette semaine
- Vous ne suspendez rien. Le cadre actuel reste en vigueur.
- Vous vérifiez votre solde et le plafond qui s’applique à votre type d’action. Avant de choisir, pas après.
- Si vous visez un bilan de compétences, vous vérifiez la carence de cinq ans avant toute démarche. C’est la première chose, pas la dernière.
- Si votre projet dépasse le plafond, la question du cofinancement se pose maintenant. Employeur, OPCO, Région ou France Travail selon votre statut : le simulateur de financement vous dit lequel vous concerne, sans rien enregistrer.
Et la date à surveiller, c’était le projet de loi de finances pour 2027. Déposé le 1er octobre 2026 et pas encore voté, il prévoit dans son article 89 une participation majorée pour les formations qui ne sont ni prioritaires ni cofinancées, sauf exceptions, et son exposé des motifs décrit un questionnaire préalable (voir la mise à jour en tête d’article). La prochaine date à surveiller, c’est son vote.
Une dernière chose, et c’est celle qui compte le plus. On vous a expliqué pendant des années que le CPF était votre droit, et qu’il suffisait de choisir. La vérité, c’est qu’un droit qu’on ne comprend pas ne protège personne.
Vous regardiez la mauvaise annonce. Maintenant vous savez laquelle regarder : pas la phrase d’un ministre dans un journal, la date d’un décret.
Pour aller plus loin
- Financer sa reconversion en 2026 — la vue d’ensemble, dispositif par dispositif.
- Réforme CPF 2026 : ce qui change pour les demandeurs d’emploi.
- CPF : faut-il utiliser tout son budget ?.
- Cumuler CPF et autres aides.
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Sources consultées le 9 septembre 2026 : Dares Résultats n° 30 du 9 juillet 2026, service-public.fr, communiqué CFDT du 21 juillet 2026. Mise à jour du 24 septembre 2026, sources consultées ce jour-là : article de CPFormation du 10 septembre 2026 rapportant la dépêche AEF info n° 756395 du 9 septembre 2026 (réservée aux abonnés) ; Dares Résultats n° 30, vérifié à nouveau sur le site de la Dares. Les montants et plafonds cités sont ceux en vigueur au 24 septembre 2026. L’annonce ministérielle du 16 juillet 2026 n’avait fait l’objet d’aucun texte publié au 24 septembre 2026, et la fiche présentée aux acteurs le 10 septembre n’est pas publiée. Sources de la mise à jour du 3 octobre 2026, consultées ce jour-là : projet de loi de finances pour 2027 n° 3210, article 89 et son exposé des motifs ; actualité de Mon Compte Formation du 2 octobre 2026.