Cent cinquante euros. C’est ce que coûte aujourd’hui la moindre formation payée avec votre CPF, depuis le 2 avril 2026. Presque personne ne vous l’a dit.
Pendant ce temps, vous allez lire partout que le CPF est mort. C’est faux. À ce jour, aucune règle nouvelle n’est applicable. Aucune.
Vous regardez la mauvaise annonce.
- Ce que le ministre a dit, exactement
- Ce qui n’existe dans aucun texte
- Ce qui s’applique déjà, et que personne n’a relayé
- L’effet est déjà mesuré
- Le vrai débat est politique
- Quatre gestes, cette semaine
La transformation du CPF en « compte professionnel de formation », annoncée le 16 juillet 2026, ne figure dans aucun texte : ni loi, ni décret. Deux réformes, elles, s’appliquent déjà — une participation de 150 € depuis le 2 avril et des plafonds par type d’action depuis février. La Dares a mesuré leur effet : 1 226 000 entrées en 2025, soit 11 % de moins qu’en 2024.
Je dirige un organisme de formation. Ces dossiers, je les vois passer toutes les semaines. Et je ne vous vends rien : je ne vous recommanderai aucune formation ni aucun organisme dans cet article.

Ce que le ministre a dit, exactement
Le 16 juillet 2026, le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou annonce qu’il veut changer une lettre. Le P de CPF : de personnel à professionnel.
Un mot. Mais qui déplace tout.
Aujourd’hui, vous mobilisez vos droits, vous décidez, vous partez en formation. Dans le schéma décrit par le ministre, un tiers vérifierait avant vous que votre projet est cohérent avec votre parcours. Sur le temps de travail, ce serait votre employeur. Hors temps de travail, un opérateur du conseil en évolution professionnelle.
Voilà ce qui a été dit. Maintenant, ce qui a été écrit.
Ce qui n’existe dans aucun texte
Rien.
À ce jour, cette vérification préalable ne figure dans aucun texte. Pas de loi. Pas de décret. Pas de document de concertation rendu public. C’est une intention ministérielle, exprimée dans la presse.
On ne sait même pas par quel véhicule elle passerait. La CFDT, dans son communiqué du 21 juillet 2026, considère qu’une mesure pareille remettrait en cause « non seulement un équilibre construit par les partenaires sociaux par les ANI de 2013 et de 2018 mais aussi la philosophie de la loi du 5 septembre 2018 » (communiqué de la CFDT). Autrement dit : pas un décret d’application, une réécriture de la loi.
Donc si vous avez un projet en cours, entendez bien ceci. Ne le suspendez pas. Le cadre actuel reste en vigueur. Suspendre un projet à cause d’une réforme qui n’est pas écrite, c’est offrir des mois à quelque chose qui n’existe pas.
C’est l’erreur que je vois passer le plus en ce moment.
Ce qui s’applique déjà, et que personne n’a relayé
Voilà la vraie information de l’année. Elle est passée presque inaperçue.
| Ce qui s’applique | Depuis | Le texte |
|---|---|---|
| Participation forfaitaire de 150 € par inscription | 2 avril 2026 | Décret n° 2026-234 du 30 mars 2026 |
| Plafond 1 500 € pour une certification du répertoire spécifique | février 2026 | Décret n° 2026-127 du 24 février 2026 |
| Plafond 1 600 € pour un bilan de compétences, carence de 5 ans | février 2026 | Décret n° 2026-127 du 24 février 2026 |
| Plafond 900 € pour le permis du groupe léger | février 2026 | Décret n° 2026-127 du 24 février 2026 |
La participation était à 100 € en mai 2024, à 103,20 € au 1ᵉʳ janvier 2026, à 150 € depuis le 2 avril. Cinquante pour cent d’augmentation en moins de deux ans (service-public).
Sur le bilan de compétences, il y a une condition qu’on oublie systématiquement : si vous en avez eu un financé sur fonds publics dans les cinq dernières années, vous n’y avez plus droit. Vérifiez-la avant toute démarche, pas après.
Et une précision qui éclaire tout le reste : la participation ne s’applique pas si vous êtes demandeur d’emploi inscrit, ni si votre employeur abonde votre dossier. Les titulaires de points au compte professionnel de prévention et les bénéficiaires d’un abondement accident du travail en sont également exonérés.
Retenez cette phrase, tout le reste en découle : les demandeurs d’emploi ne paient pas, les salariés si. Le détail des cas dans la fiche reste à charge CPF.
Concrètement : une certification affichée 2 400 € vous laisse 900 € à financer au-delà du plafond, plus les 150 € de participation. Soit 1 050 € de votre poche, pour une formation que vous pensiez financée intégralement.
L’effet est déjà mesuré
En 2025, 1 226 000 formations ont démarré via le CPF. Onze pour cent de moins qu’en 2024. C’est la Dares qui le publie, le 9 juillet 2026 (Dares Résultats n° 30).
Mais la moyenne cache l’essentiel, et la Dares le dit dans sa propre phrase : « La hausse des entrées en formation des personnes inscrites à France Travail (+8 %, après +14 % en 2024) limite la diminution constatée sur les autres profils à la suite de l’introduction de la participation forfaitaire obligatoire en 2024. »
Relisez-la lentement. Les entrées montent chez les personnes inscrites à France Travail. La baisse de 11 % est donc portée entièrement par les autres — c’est-à-dire, pour l’essentiel, par les salariés.
Et souvenez-vous de ce qui précède : les inscrits ne paient pas la participation. Les salariés, si.
Deux autres chiffres de la même publication, pour situer : les transports reculent de 21 % mais restent le premier domaine de formation, avec 40 % des entrées ; les formations à la création d’entreprise chutent de 60 %, la fin de l’éligibilité des formations non certifiantes étant passée par là.
Alors voilà ce que ça veut dire, et je pèse mes mots.
Le CPF n’a pas été fermé. Il est devenu payant.
Le filtre qui trie aujourd’hui, ce n’est pas la cohérence de votre projet. C’est votre capacité à sortir 150 € de votre poche.
Le vrai débat est politique
Le débat de fond n’est pas technique, et il mérite d’être posé honnêtement des deux côtés.
D’un côté, le CPF a été conçu en 2018 comme un droit individuel : vous décidez, vous partez. C’est la lecture que défend la CFDT, qui refuse que « les droits acquis par les salariés servent à financer des formations qui relèvent du plan de développement des compétences ».
De l’autre, les organisations patronales sont favorables à une vérification, en faisant valoir que ce sont les entreprises qui financent le dispositif. Ce n’est pas un clivage simple.
Ce que j’observe, c’est une chronologie : la contrainte budgétaire pesant sur la mission Travail et emploi précède l’annonce, elle ne la suit pas. Ce n’est pas une accusation, c’est un ordre des faits — et il explique pourquoi la date à surveiller est celle du projet de loi de finances, pas celle d’un entretien.
Je le redis parce que ça compte : je dirige un organisme de formation. Je ne vous recommande aucune formation, aucun organisme, et je n’ai aucun intérêt à ce que vous en achetiez une.
Quatre gestes, cette semaine
- Vous ne suspendez rien. Le cadre actuel reste en vigueur.
- Vous vérifiez votre solde et le plafond qui s’applique à votre type d’action. Avant de choisir, pas après.
- Si vous visez un bilan de compétences, vous vérifiez la carence de cinq ans avant toute démarche. C’est la première chose, pas la dernière.
- Si votre projet dépasse le plafond, la question du cofinancement se pose maintenant. Employeur, OPCO, Région ou France Travail selon votre statut : le simulateur de financement vous dit lequel vous concerne, sans rien enregistrer.
Et la date à surveiller, c’est le projet de loi de finances de fin septembre. C’est là qu’on saura si la vérification préalable existe, ou si elle reste une phrase dans un journal.
Une dernière chose, et c’est celle qui compte le plus. On vous a expliqué pendant des années que le CPF était votre droit, et qu’il suffisait de choisir. La vérité, c’est qu’un droit qu’on ne comprend pas ne protège personne.
Vous regardiez la mauvaise annonce. Maintenant vous savez laquelle regarder : pas la phrase d’un ministre dans un journal, la date d’un décret.
Pour aller plus loin
- Financer sa reconversion en 2026 — la vue d’ensemble, dispositif par dispositif.
- Réforme CPF 2026 : ce qui change pour les demandeurs d’emploi.
- CPF : faut-il utiliser tout son budget ?.
- Cumuler CPF et autres aides.
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Sources consultées le 9 septembre 2026 : Dares Résultats n° 30 du 9 juillet 2026, service-public.fr, communiqué CFDT du 21 juillet 2026. Les montants et plafonds cités sont ceux en vigueur à cette date. L’annonce ministérielle du 16 juillet 2026 n’a fait l’objet d’aucun texte publié à ce jour.