VAE : la condition d'un an n'existe plus

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Bannière vidéo : VAE, un diplôme grâce à votre expérience — mode d'emploi, par Benjamin Duplaa

« Je n'ai que huit mois sur ce poste, donc c'est mort. » Elle avait tout : quinze ans d'aide à domicile, un encadrement d'équipe qu'elle assurait depuis deux ans, et une lettre de son employeur prête à partir. Elle s'était arrêtée sur une phrase lue en ligne — il faut un an d'expérience minimum — et elle avait rangé le dossier.

Cette phrase était vraie. Elle ne l'est plus depuis le 23 décembre 2022.

VAE : comment obtenir un diplôme grâce à votre expérience ?

Ce que dit la loi depuis décembre 2022

La loi du 21 décembre 2022 a réécrit l'accès à la validation des acquis de l'expérience. L'article qui portait la durée minimale, le L6412-1 du code du travail, est abrogé. Ce qui le remplace, l'article L6411-1, ne parle plus de durée du tout : il vise « toute personne […] justifiant d'une activité en rapport direct avec le contenu de la certification visée ».

Le critère a changé de nature. Il était quantitatif — un an, 1 607 heures, on comptait. Il est devenu qualitatif : le lien entre ce que vous avez fait et ce que le diplôme atteste.

Service-public le dit sans détour : « Il n'est plus nécessaire de justifier d'au moins 1 an d'expérience. » Et la liste de ce qui compte s'est ouverte : activité professionnelle, bénévolat, responsabilités syndicales, mandat électoral, sportif de haut niveau, aidant familial. Un certificateur peut même retenir des activités de nature différente exercées sur la même période, ainsi que les stages et les périodes de formation en milieu professionnel.

Pour la femme du premier paragraphe, cela change la réponse. Ses huit mois d'encadrement ne se comptent pas tout seuls : ils s'ajoutent à quinze ans de terrain dans le même champ. La question n'est plus « combien de temps », mais « est-ce que ça recouvre le référentiel ».

Pourquoi l'erreur survit partout

Parce que personne n'a nettoyé derrière la réforme.

Le formulaire Cerfa de recevabilité et plusieurs pages secondaires de l'administration affichent encore « 1 an (1 607 heures) ». Le réseau Transitions Pro écrit noir sur blanc, en septembre 2026, que la « seule obligation » est de « justifier d'au moins 12 mois d'expérience en rapport direct avec la certification visée ». C'est faux au regard du texte en vigueur, et c'est écrit par un opérateur officiel.

Je ne le relève pas pour accabler qui que ce soit. Je le relève parce que c'est exactement ce qui se passe quand quelqu'un vérifie : il tombe sur une source sérieuse, périmée, et il renonce. Une source officielle peut être en retard sur la loi qu'elle applique. Le réflexe utile, sur un droit qui bouge, est de remonter au texte plutôt qu'à la page qui le résume — le même réflexe que pour vérifier qu'une certification est bien enregistrée avant de s'engager.

J'ajoute une chose sur ce site, parce qu'elle vaut mieux qu'un silence : neuf de mes propres pages affirmaient encore la condition d'un an au moment où j'écris ces lignes, dont deux qui renvoyaient en prime vers un portail dont le nom de domaine n'existe plus. Corrigées le jour même. Le vieux chiffre ne s'en va pas tout seul.

Ce que le jury regarde vraiment

Le parcours tient en deux pièces, et on les confond souvent.

La première s'appelle le dossier de faisabilité sur le portail France VAE. C'est elle qui ouvre la demande de recevabilité : vous y présentez votre projet, vos expériences, et ce qui les relie au référentiel. Le certificateur vérifie ce lien et notifie sa décision dans les deux mois suivant la réception d'un dossier complet. Si votre certification ne figure pas sur le portail, vous passez par le parcours classique et le vocabulaire redevient « dossier de recevabilité » — même étape, autre nom.

La seconde est le dossier de validation. C'est le travail long : décrire et analyser les activités réellement exercées, situation par situation, en face des compétences attendues. Le jury se réunit avant la fin du troisième mois qui suit son dépôt, et la décision vous est transmise dans les quinze jours.

Ce que le jury évalue, ce n'est pas votre ancienneté. C'est votre capacité à démontrer, sur des situations précises, que vous tenez les compétences du référentiel. D'où l'erreur de méthode la plus fréquente : commencer par raconter son parcours au lieu de partir du référentiel et d'aller y chercher les preuves. C'est la même logique que le raisonnement par blocs de compétences, et ce n'est pas un hasard.

Un bloc validé l'est à vie

Le jury rend une décision parmi trois : validation totale, validation partielle, non-validation.

La validation partielle fait peur, et une vieille règle y est pour beaucoup : on lisait autrefois qu'il fallait compléter dans les cinq ans, faute de quoi les parties acquises tombaient. Ce n'est plus le cas. France VAE l'écrit : « Les blocs de compétences attribués sont acquis à vie. » Vous recevez une attestation des parties obtenues, et vous décidez de la suite — travaux écrits demandés par le jury, formation ciblée sur les blocs manquants, nouvelle expérience, ou même une VAE sur un autre diplôme.

Dit autrement : une VAE partielle n'est pas un échec avec une date de péremption. C'est un diplôme entamé, que vous reprenez quand vous voulez.

L'accompagnement n'est pas obligatoire. Il change tout.

Le portail est clair : on peut mener sa VAE seul. L'architecte accompagnateur de parcours vérifie la pertinence du projet, conseille sur le choix du diplôme, aide à la rédaction, prépare l'oral et cherche les financements — mais rien ne l'impose.

Sauf que les chiffres régionaux disent autre chose.

En Nouvelle-Aquitaine, l'observatoire confié à Cap Métiers a suivi les 178 demandeurs d'emploi accompagnés en 2024 avec un financement de la Région. Résultat : 94 % poursuivent leur démarche à douze mois, contre 52 % sans accompagnement.

Situation Encore engagé à 12 mois
Accompagné 94 %
Non accompagné 52 %
Source : observatoire régional de la VAE, Cap Métiers Nouvelle-Aquitaine, données 2024, portant sur 178 demandeurs d'emploi accompagnés avec financement régional. Consulté le 14 septembre 2026.

Ce n'est pas un taux de réussite au jury : c'est un taux de persévérance. La VAE n'échoue presque jamais devant le jury. Elle échoue avant, dans les mois où le dossier reste ouvert sur un coin de table. Le vrai risque de ce parcours, c'est l'abandon — et c'est précisément ce que l'accompagnement traite.

Il faut dire l'autre moitié : cet accompagnement se finance mal en 2026. L'aide de France Travail est supprimée depuis le 8 mai, le forfait de 2 000 € de Transitions Pro est suspendu à la demande de l'État, et l'aide régionale néo-aquitaine l'est aussi pour raisons budgétaires. Il reste le CPF, et l'employeur. J'ai détaillé cet état des lieux dans le guide de parcours France VAE, et le simulateur de financement donne le détail selon votre statut, mois par mois.

Par où commencer en Nouvelle-Aquitaine

Un seul numéro, et il est gratuit d'accès : 05 57 57 55 66, celui du Point Régional Conseil VAE. Un conseiller vous reçoit quel que soit votre statut, vous aide à préciser le projet, oriente vers la bonne certification et vous met en relation avec les organismes valideurs.

C'est aussi un passage obligé si l'aide régionale rouvre un jour : c'est le PRC qui porte la candidature. En 2024, près de 3 950 personnes ont été reçues en entretien PRC en Nouvelle-Aquitaine, dont plus de 40 % de demandeurs d'emploi. Un peu plus d'une sur deux s'est ensuite engagée dans une VAE.

Trois choses à préparer avant d'appeler, et elles prennent une soirée : la certification visée et son référentiel, la liste de ce que vous avez réellement fait — y compris hors salariat —, et la question qui vous bloque. Si vous hésitez encore entre valider l'existant et repartir en formation, la page formation ou VAE pose l'arbitrage, et la VAE en détail reprend les conditions et la durée réelle du parcours.

Et si le projet lui-même n'est pas net, ne commencez pas par le dossier. Le bilan gratuit en 3 minutes sert à ça : savoir ce qu'on valide, et pourquoi.

On ne fait pas une VAE parce qu'on a assez d'ancienneté. On la fait parce qu'on sait faire quelque chose que personne n'a jamais écrit sur un papier. Huit mois ou quinze ans, ce n'est pas la bonne unité de mesure.

Sources : code du travail, articles L6411-1 et L6412-1 (abrogé), via Légifrance ; service-public.gouv.fr, fiche VAE vérifiée le 13 août 2026 ; vae.gouv.fr, pages jury, dossier de faisabilité et accompagnement ; Cap Métiers Nouvelle-Aquitaine, page « Validez vos acquis » et observatoire régional de la VAE ; transitionspro.fr. Consultés le 14 septembre 2026. Le financement de la VAE a bougé deux fois en 2026 : vérifiez l'état des aides avant de vous engager.

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