Connaître le salaire avant de postuler

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Bannière éditoriale : connaître le salaire avant de postuler — une recruteuse présente à un candidat une offre d'emploi affichant sa fourchette de rémunération

Le 10 septembre 2026, le Conseil des ministres a présenté un projet de loi transposant la directive européenne sur la transparence des rémunérations. Il crée quatre droits nouveaux, dont un qui concerne directement toute personne en reconversion : l'employeur devra communiquer la fourchette de rémunération avant l'embauche. Application prévue à partir de 2028 dans le secteur privé. Ce n'est pas pour demain, mais cela change la manière de préparer un changement de métier dès aujourd'hui.

Ce qui a été présenté le 10 septembre

Un seul texte était à l'ordre du jour : la transposition de la directive (UE) 2023/970 du 10 mai 2023, relative à l'égalité des rémunérations entre les femmes et les hommes par la transparence des rémunérations. Il a été porté par le ministre du Travail et des Solidarités et le ministre de l'Action et des Comptes publics, après plusieurs mois de concertation avec les employeurs et les organisations syndicales du privé et de la fonction publique.

Les chiffres posés par le Gouvernement à l'appui du texte :

Indicateur Écart constaté Source
Revenu salarial moyen femmes/hommes dans le privé, temps partiels compris −21,8 % INSEE, 2024
Écart à poste et temps de travail comparable, en équivalent temps plein 3,6 % Compte rendu du Conseil des ministres, 2026
Fonction publique d'État, à profil identique, données 2024 2,9 % INSEE, 2026
Fonction publique territoriale, à profil identique, données 2024 4,2 % INSEE, 2026
Fonction publique hospitalière, à profil identique, données 2024 4,7 % INSEE, 2026

L'écart moyen global est par ailleurs passé de 27 % à 22 % depuis la création de l'index français d'égalité salariale, selon le compte rendu du Conseil des ministres.

Ces 3,6 % ont un nom : l'écart résiduel. À travail égal, à poste comparable, il reste. C'est précisément ce que le texte cherche à attaquer.

Les quatre droits nouveaux que crée le texte

Le projet de loi ne se limite pas à des indicateurs pour les directions RH. Il ouvre des droits directement mobilisables par les personnes. Le compte rendu les énumère.

La fourchette de rémunération avant l'embauche. L'employeur aura l'obligation d'informer sur la fourchette de rémunération et les dispositions conventionnelles applicables avant l'embauche.

La fin des clauses de silence. Il deviendra interdit de prévoir une clause contractuelle empêchant un salarié ou un agent public de divulguer des informations relatives à sa rémunération.

Le droit de se situer. Chaque salarié pourra obtenir le niveau de rémunération moyen des personnes appartenant à la même catégorie.

Le renversement de la charge de la preuve. En cas de litige portant sur une discrimination fondée sur ces nouvelles obligations, ce sera à l'employeur de justifier.

Côté entreprise, le dispositif repose sur sept indicateurs. Dans le privé, les six premiers seront précalculés automatiquement à partir de la déclaration sociale nominative ; dans la fonction publique, le calcul tiendra compte des systèmes d'information propres aux employeurs publics. Le septième, lui, devra être construit au cas par cas : il mesure les écarts par catégorie de travailleurs exerçant un « travail de même valeur ». Au-delà d'un seuil fixé par décret, qui ne pourra pas dépasser 5 %, des actions correctrices s'imposeront, par le dialogue social, si l'employeur ne peut pas justifier l'écart par des critères objectifs non fondés sur le sexe.

Pourquoi cela concerne votre reconversion

Un homme de 44 ans quitte la logistique pour la maintenance industrielle. Il a passé huit mois à se former. Il décroche un entretien. Et là, il se retrouve face à la question qu'il redoute depuis le premier jour : « Quelles sont vos prétentions ? »

Il ne sait pas. Il n'a aucun repère dans ce métier. Il annonce un chiffre au hasard, trop bas parce qu'il se sent illégitime, ou trop haut parce qu'il s'accroche à son ancien salaire. Dans les deux cas, il négocie à l'aveugle.

C'est l'un des points les plus fragiles des parcours de changement de métier, et il est rarement traité. On travaille le projet, la formation, le CV, l'entretien. On ne travaille presque jamais la position salariale d'entrée dans un métier qu'on ne connaît pas encore de l'intérieur.

La transparence sur la fourchette change trois choses concrètes :

  1. Vous candidatez en connaissance de cause. Vous savez avant de postuler si le poste est compatible avec vos charges réelles. Vous arrêtez de perdre des semaines sur des offres qui ne tenaient pas économiquement.
  2. Vous négociez sur des faits, pas sur votre estime de vous. La fourchette devient un repère extérieur. Elle vous protège de votre propre tendance à vous sous-évaluer quand vous arrivez sans ancienneté dans un secteur.
  3. Vous pouvez arbitrer en amont. Comparer deux trajectoires, c'est comparer deux réalités de rémunération. C'est exactement le travail que demande un choix entre deux métiers de reconversion, et aujourd'hui cette information se devine plus qu'elle ne se lit.

Une nuance, et elle est importante : ce texte ne supprime pas la baisse de revenu fréquente en début de reconversion. Il la rend visible plus tôt. Ce n'est pas la même chose qu'un progrès de salaire — c'est un progrès de lucidité. La question du revenu pendant la transition, elle, reste entière, et se prépare avec les dispositifs existants : garder un revenu pendant sa reconversion en détaille les montages.

Ce que ce texte n'est pas

Ce n'est pas l'accès au salaire individuel de votre collègue. Le droit créé porte sur le niveau de rémunération moyen d'une catégorie, pas sur la fiche de paie de quelqu'un.

Ce n'est pas une uniformisation des salaires. Le texte prévoit au contraire qu'un écart puisse être justifié par des critères objectifs non fondés sur le sexe. Ce qu'il interdit, c'est l'écart qu'on ne sait pas expliquer.

Le calendrier : rien avant 2028

C'est le point que la plupart des reprises de l'information laissent de côté. Vous ne verrez pas de fourchette salariale sur les offres d'emploi cet automne.

Étape Échéance annoncée
Boîte à outils européenne traduite en français courant octobre 2026
Maintien de l'index actuel dans le privé 2027
Nouveaux indicateurs, secteur privé à partir de 2028
Fonction publique, employeurs d'au moins 150 agents 2028
Autres employeurs publics 1er juin 2030

Le seuil d'assujettissement reste fixé à 50 salariés, contre 100 dans la directive, au nom du principe de non-régression, avec des obligations simplifiées entre 50 et 99 salariés ou agents.

Et rien n'est acquis : à ce stade, c'est un projet de loi présenté en Conseil des ministres. Il doit encore parcourir les deux chambres, et son calendrier parlementaire n'est pas fixé.

Ce qui n'était pas à l'ordre du jour

Par honnêteté, il faut le dire aussi : ce Conseil des ministres n'a rien annoncé sur le CPF, France Travail, l'apprentissage, la VAE ou le financement de la formation. Aucune mesure, aucune piste chiffrée.

Le vrai rendez-vous sur ces sujets, c'est la présentation du projet de loi de finances et du projet de loi de financement de la Sécurité sociale, attendue début octobre 2026. C'est là que se joueront les arbitrages qui touchent réellement le financement des parcours — ceux que détaille la page financement de la reconversion.

Ce que vous pouvez faire dès maintenant

N'attendez pas 2028 pour vous donner les repères que la loi finira par imposer.

  1. Construisez votre fourchette vous-même. Pour le métier visé, relevez cinq à dix offres réelles mentionnant un salaire. Notez les extrêmes et la médiane. Vous aurez un repère plus solide que la plupart des candidats. Sur certains métiers, le travail est déjà fait : c'est ce que font le salaire réel d'un conseiller en insertion ou les métiers qui paient 3 000 € net.
  2. Appelez trois professionnels du métier. Pas pour demander leur salaire : pour demander la fourchette d'entrée dans le secteur, débutant reconverti. La question passe très bien, et elle est presque toujours acceptée.
  3. Séparez deux chiffres. Le salaire dont vous avez besoin pour tenir. Le salaire que vous espérez. Tant que ces deux chiffres sont confondus dans votre tête, vous négocierez mal.
  4. Regardez l'index actuel de l'entreprise. Il existe déjà, il est public pour les structures d'au moins 50 salariés, et il reste en vigueur jusqu'en 2027. C'est un signal gratuit sur la culture d'une entreprise.

Un salaire ne se négocie pas avec du courage. Il se négocie avec de l'information. Le courage vient après, quand vous savez ce que vous demandez et pourquoi.

Questions fréquentes

Quand la fourchette de rémunération deviendra-t-elle obligatoire à l'embauche ? Le projet de loi prévoit une application des nouveaux indicateurs à partir de 2028 dans le secteur privé, après un maintien de l'index actuel en 2027. Le texte doit encore être examiné par le Parlement.

Est-ce que je pourrai connaître le salaire exact de mes collègues ? Non. Le droit créé porte sur le niveau de rémunération moyen des personnes appartenant à une même catégorie, pas sur une rémunération individuelle.

Mon entreprise compte 60 salariés, est-elle concernée ? Oui. Le seuil retenu est de 50 salariés, contre 100 dans la directive européenne, au titre du principe de non-régression. Les obligations sont toutefois simplifiées entre 50 et 99 salariés.

Cela s'applique-t-il à la fonction publique ? Oui. Les nouveaux indicateurs s'appliqueront à partir de 2028 pour les employeurs gérant au moins 150 agents publics, et à partir du 1er juin 2030 pour les autres employeurs concernés.

Est-ce que ça va faire monter mon salaire de reconversion ? Rien ne le garantit. Le texte rend la rémunération visible plus tôt, il ne la relève pas. Son effet sur une reconversion est un effet de décision : vous choisissez mieux, et plus tôt. Si votre projet n'est pas encore arrêté, la page reconversion pose le cadre avant la question du salaire.


Déclaration d'intérêt : je dirige un organisme de formation pour adultes. Cet article porte sur un texte législatif relatif à la rémunération et ne recommande aucune formation, aucun organisme ni aucun dispositif commercial.

Vous préparez un changement de métier et la question du revenu vous bloque ? Faites le bilan de clarté — trois minutes, gratuit — puis écrivez-moi si vous voulez qu'on regarde votre situation ensemble.

Soyez libre de vos pensées et de vos décisions, toujours.


Source primaire : Compte rendu du Conseil des ministres du 10 septembre 2026 — info.gouv.fr, consulté le 11 septembre 2026. Texte de référence : directive (UE) 2023/970 du 10 mai 2023.