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Comment hybrider les consciences politiques pour atteindre une nouvelle forme de République ?

Dernière mise à jour : 9 avr.

Notre système républicain est enlisé dans une crise profonde de légitimité et de confiance. Les citoyens ne se reconnaissent plus dans des institutions sclérosées, déconnectées du réel. Il est temps de réinventer en profondeur le projet républicain, d'hybrider les consciences pour faire émerger une nouvelle forme politique à la hauteur des défis de notre époque.


Comment hybrider les consciences politiques

La clé réside dans l'hybridation féconde des traditions et des perspectives. Plutôt que d'opposer les visions du monde, apprenons à les faire dialoguer, à tisser des ponts entre des réalités trop longtemps cloisonnées. C'est dans la rencontre des altérités, le frottement des consciences, que pourra jaillir une étincelle neuve, créatrice.





Tout d'abord, il nous faut réarticuler le lien philosophique et politique entre individu et collectif. Nos républiques ont trop souvent privilégié une conception atomisée de l'individu souverain, replié sur ses intérêts particuliers. À l'inverse, certains mouvements populistes récents prônent une absorption totale de l'individu par le corps social. La nouvelle République devra dépasser ce faux clivage pour penser de manière relationnelle et écosystémique l'inextricable interdépendance de la sphère personnelle et de la sphère collective.


Emmanuel Lévinas et sa philosophie de l'Altérité peuvent nous inspirer : c'est en reconnaissant fondamentalement autrui dans sa différence radicale que le Soi advient véritablement à l'existence. La relation éthique première est de prendre soin, d'accueillir l'étrangeté. À plus grande échelle, c'est dans l'écoute respectueuse des identités minoritaires, le souci sincère des plus fragiles, que la communauté politique se fortifie et prend conscience d'elle-même.


Une telle démarche appelle à revisiter nos hiérarchies de valeurs. Au culte moderne de la raison pure et de l'individu désincarné, préférons les chemins sinueux de la sensibilité et de l'expérience vécue. Les philosophies féministes ont beaucoup à nous enseigner sur l'importance fondamentale du care, du lien affectif, de l'attention prêtée aux existences marginalisées.


Le féminisme doit investir pleinement la réflexion politique, comme rempart contre les dérives patriarcales, les impérialismes de la raison instrumentale. L'éthique du care prônée par Carol Gilligan replace la sollicitude, l'empathie au cœur du projet républicain. Au lieu de décider par en-haut de manière technocratique, on favorisera la coopération, la prise de décision collaborative, le partage du vécu sensible.

Dans cette optique, nos institutions gagneraient à s'inspirer des modes de gouvernance anarchistes, horizontaux, qui depuis des siècles valorisent l'autonomie et la responsabilité individuelle au sein du collectif. À la pyramide hiérarchique, opposons le cercle, la décision collective non coercitive comme chez les Iroquois. Le respect des minorités, la recherche du consensus par la discussion patiente et l'inclusion de toutes les voix, même discordantes, doivent devenir la norme.

Loin d'un individualisme étriqué, cette philosophie anarchiste fait la promotion d'une liberté positive, féconde, qui s'épanouit dans le lien social émancipateur. "Pas de liberté véritable tant qu'il existe des êtres asservis par d'autres", martelait l'anarchiste russe Michel Bakounine. La nouvelle République ne saurait perdurer sans une profonde révolution culturelle vers plus d'autonomie individuelle et collective.


Comment hybrider les consciences politiques 2

Pour réinventer notre contrat républicain, réfléchissons également à la proposition d'un revenu universel inconditionnel. Une telle mesure de justice sociale massive, en sécurisant l'existence matérielle de chacun, permettrait de redonner du pouvoir d'agir aux citoyens, de les émanciper des rapports de domination économiques. C'est un levier politique essentiel pour restaurer l'égalité réelle, condition sine qua non d'une démocratie vivante.

Mais la réforme institutionnelle ne saurait suffire. Il nous faut opérer en parallèle un profond changement de paradigme civilisationnel. Nos modèles développementistes, extractivistes appuient sur la pédale d'accélérateur, creusant toujours plus les inégalités et la fracture écologique. Inspirons-nous des visions cosmologiques amérindiennes qui replacent l'Humain dans les maillons d'un vaste Tout interdépendant, fait d'êtres vivants dotés d'une forme de sensibilité et de spiritualité. Un rapport d'égalité et de respect doit être renoué avec la nature, cette "Terre-Mère" nourricière selon les peuples autochtones.



La philosophe Starhawk théorise un "pouvoir-avec" collaboratif qui tranche avec nos rapports de force verticaux actuels. C'est par un processus permanent de co-création attentive aux perspectives multiples, un art délicat de "danser ensemble" selon ses mots, que pourront émerger des solutions politiques légitimes et pérennes.

Dans un monde aux interdépendances planétaires, la seule République possible est cosmopolite, transculturelle. Elle doit apprendre à puiser dans les sagesses du monde, les visions du bien vivre andines, les philosophies taoïstes d'harmonie avec le flux de la Vie, les quêtes de justice climatique portées par les jeunes militants...Partout surgissent des résonances riches à entrecroiser.



Notre projet est ambitieux mais indispensable : construire une nouvelle forme républicaine radicalement démocratique, ancrée dans le respect de la pluralité des voix et des sensibilités. Une République émancipatrice, attentive aux plus fragiles, libérée des rapports de domination patriarcaux et capitalistes. Un vaste chantier d'hybridation des consciences, pour raviver la flamme républicaine d'égalité, de liberté, de fraternité.

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